C’est l’époque dira-t-on dans un soupir composé à part variable de colère et de fatalisme. On ne peut que la blâmer, l’époque, et surtout ceux qui non seulement ne luttent pas contre cette tendance, mais surtout l’alimentent et l’amplifient. Mais au fait quelle tendance ? 


La versatilité, l’incohérence, le verbe fort et haut, le mot choc et l’avis définitif, l’effet de manche et la moquerie facile plutôt que la nuance, l’humilité et la profondeur d’analyse.

Et, surtout, comme une cerise sur le gâteau étouffe-footeux qu’on nous sert tous les dimanches soir sur une chaîne cryptée et tous les matins dans un canard boîteux, l’auto-contradiction sans vergogne dans le commentaire, en un mot, la fuite dans les idées.

Cette tendance bien de notre époque donc, on pourrait juste s’en émouvoir, mais halte là, stop, veuillez ranger votre véhicule, couper le moteur, on ne rit plus. Car c’est Sainté qui est touché. Et comme aurait pu dire ma grand-mère si elle était née de l’autre côté de la Méditerrannée et si elle avait supporté les Verts, Toucher à Sainté, c’est péché !

Sainté touché ? Oui. Par la grâce jusqu’en mai dernier. Par les critiques et les quolibets depuis. Selon l’expression désormais consacrée, on peut le dire, on assiste en ce moment à un drôle de Sainté-bashing. Rappel des (mé)faits :

 

Notre club, l’ASSE, celui qu’on (les médias, Dréossi, Triaud…) citait en exemple au printemps dernier. Celui qu’on louait pour son modèle de rémunération précurseur, celui dont l’ascension sportive était considérée comme inéluctable car si parfaitement réfléchie a incarné en un match aller / retour tous les maux du foot français. Dans un mélange de condescendance pour le foot Danois (nourri par une ignorance crasse du foot de clubs étranger dès lors qu’il ne s’agit pas d’Angleterre, d’Allemagne, d’Italie ou d’Espagne) et d’incapacité à seulement lire la composition alignée par Galette contre Esbjerg, les consultants gominés et/ou mal rasés ont tiré à vue sur Sainté, pas foutu de jouer le jeu de l’Europa League. Conviction forcément renforcée et commentaires lapidaires forcément justifiés au vu des déclarations d’un capitaine Perrin trop prudent, trop mesuré, trop bien élevé aux yeux de ces tenants du foot spectacle qui ne jurent que par la morgue zlatanesque lorsqu’il s’est agi d’évoquer les visées vertes sur une éventuelle 3ème place. Sainté insulte son histoire, Sainté insulte le football.

 

Il y a notre club, il y a son président. Hier, on vantait son attachement sincère au club, son bon sens paysan. Paysan, le mot est lâché. De Haute Loire, avec l’accent du cru. L’accent est à double tranchant. Jacquet l’avait expérimenté en 1998. Quand ça gagne, l’accent est attachant, l’accent est sincère, l’accent respire l’authentique, la saine sueur, le courage, et le travail bien fait. Quand ça ne gagne plus l’accent traduit la plouquerie, l’ac’sent mauvais, l’accent est laborieux, l’accent est bien brave, l’accent n’a pas inventé l’eau tiède, l’accent est ridicule. Depuis la virée verte sur la crotte d’azur, depuis les sièges arrachés et les bourre pifs échangés, Romeyer a perdu son charme aux yeux des médias. Son apparence nuit. Si on s’autorisait la rancœur et l’humour déplacé, on pourrait trouver cela amusant de la part de journalistes dont la largeur d’esprit est inversement proportionnelle à celle des costumes, et dont les cheveux longs peinent à masquer les si courtes idées. Ah, tiens, je me suis autorisé ! Pierre, Vincent, Bernard, vous ne m’en voyez pas désolé.

 

Il y a notre club, il y a son président, il y a notre stade. Rappelez vous l’ouverture du kop nord et les commentaires gourmands des journalistes devant le plus beau kop de France, la plus belle ambiance de la Ligue 1. Et chacun de saliver devant la perspective de le voir enfin achevé ce stade. Il l’est presque aujourd’hui et chacun a oublié les tribunes pour ne plus voir que la pelouse. Ah cette pelouse …Quelle insulte au football, quelle honte, quelle bande d’incapables. Qu’importe les causes, rien à péter de l’altitude, des travaux, des galeries de mine, des spécificités stéphanoises , du coût exorbitant pour l’entretenir. Quoi ? L’an dernier ce même temps, ce même particularisme climatique rendait le club et ses joueurs-pelleteurs si sympathiques à toute la France du foot (Girard excepté) un soir de Sainté-Montpellier. Mais là c’est plus drôle du tout, c’est un scandale, que fait l’ONU ?

 

Il y a notre club, il y a son président, il y a notre stade, il y a ses supporters. Avec de belles images de fumis sur les plaquettes de la Ligue qu’on adule ou dans les promos de la Ligue 1 sur Anal +. Ahhhh, nos supporters. Si beaux, si fidèles, si grands au SDF ou défilant dans les rues en avril dernier. Mais ça, mon bon Monsieur c’était avant. Ces supporters, parlons en. Oui mais pas comme ça aurait dit Jane à Serge. Non pas comme ça. On ne peut pas les appeler supporters enfin ! Des hools, des sous hommes, des bêtes, des décérébrés qui ont mis le pays à feu et à sang. Affrêtez donc les jets, osez les jugements hâtifs, osez le spectaculaire, généralisez l’arbitraire. Qu’on en finisse avec l’ultra-violence. Aseptisons ! De l’ordre, de la discipline. On veut de l’ivresse mais pas dans n'importe quel flacon. Travail, famille, poterie !

 

Ah j’oubliais l’essentiel. Pour jouer au foot il faut, il faut, il faut … des footballeurs. Car qui jeter en pâture à l’homo-consultanus, quand il a encore faim après avoir bouffé du Chapron, du Kalt ou du Ennjimi ?
Bon sang mais c’est bien sûr ! Brandao ! Brandao ? Le Brandao adulé pour sa culture de la gagne et son sens du collectif ? Non. Disparu. Perdu de vue. Ca devait être son frère. Non, le Brandao dont on parle viole les femmes (et les petits enfants probablement). Bon ça on s’en fout, passe encore. Mais pire encore, ma bonne dame, ce Brandao est véritablement dangereux. Dangereux car mauvais, violent, frustre et inélégant. Dangereux car pas conforme à nos si confortables idées reçues, celles qui nous arrangent et habillent les concepts oh-hisse éculés que nous servent les cons-sultants à longueur d’émission : un brésilien se doit d’être habile techniquement, jouer au foot comme on danse la samba, sécher les entraînements et ne jamais s’abaisser à faire le pressing (pourquoi pas défendre aussi ?) bref faire le spectacle. Quoi ? Son but dimanche était somptueux ? On s’en fout. Deschamps en avait fait un homme de base de son onze à Marseille ? On s’en fout, c’était pas Deschamps c’était son frère.

 


Un jour quelqu’un m’a dit (sans doute Carla, euh Carlo, celui qui a piqué la moitié de son trophée de meilleur trainor de Ligue 1 à Galette) que les millionnaires qataro-russes étaient une bénédiction pour notre bon vieux championnat.
Mis à part que leur arrivée à tué tout suspense concernant les deux premières places de L1, et qu’il a rendu encore plus cons les sultans (serait-ce possible alors ?) et anciens joueurs grassement payés pour nous dire qu’on joue mal, ça a changé quoi en fait ?

Le pire serait que ces bouffons aient une quelconque influence sur nous, l’auto-proclamé peuple vert. Qu’un jour sous l’effet du temps qui glisse et est un salaud (c’est quelqu’un qui me l’a dit) nous devenions versatiles. Que par exemple, au hasard, nous brûlions demain ce Galette vénéré hier. Rassurez-moi, on vaut mieux que ça hein ?