Alexander Söderlund a fait un match plein à Bordeaux, avec un penalty et une grosse occasion ratés en première période et un but et une passe décisive en deuxième - il a donc eu droit aux encouragements de ses coéquipiers à la pause et aux éloges de son entraîneur après le match.


On ne change pas un système qui gagne


Vu la composition des Verts avec Cohade et Corgnet sur la feuille de match, ainsi qu'un seul ailier de métier, on avait des doutes sur le système tactique choisi par Galtier. Mais ces doutes ont été vite dissipés au coup d'envoi : le même système qu'à Rennes a été reconduit, c'est donc le retour en grâce du 4-1-4-1 (ou 4-3-3 si on veut) dans le jeu stéphanois:
 

Sur cette capture d'écran on voit bien le bloc stéphanois, ainsi que Clément qui est positionné entre les deux lignes, même s'il n'a pas d'adversaire à cet endroit là.


Quant aux Girondins, ils avaient joué les derniers matchs dans ce même système, mais Sagnol a voulu changer, en espérant que son milieu prendrait le dessus. Les Bordelais ont donc commencé en 4-2-3-1, avec le duo Chantôme - Arambarri devant la défense et Plasil en "10" devant eux. Ça n'a pas marché, nos vieux briscards, partiellement rajeunis, ont bien contrôlé le milieu. Au point qu'un changement de système et de joueurs a été nécessaire à la pause, les Girondins passant en 4-3-3 aussi, avec Plasil et Vada devant Chantôme placé en sentinelle. Ça a failli marcher, Bordeaux a contrôlé le milieu du terrain, la différence étant aussi visible dans les statistiques de deux joueurs: dans une mi-temps Arambarri a joué 25 ballons pour faire 18 passes, dans l'autre mi-temps Vada a joué 47 ballons pour 43 passes.
 
Pour mieux illustrer l'évolution du match, les deux graphiques ci-dessous montrent par tranche de 15 minutes la possession du ballon (Bordeaux vs ASSE) et le pourcentage des passes réussies par les deux équipes:
 

 

On peut ainsi voir que le 2ème quart d'heure a été l'exception à la règle, avec une large possession stéphanoise, les Girondins étant vraiment embêtés dans la construction (seulement 48% de passes réussies!). Qu'est-ce qui s'est passé? Après une entame de match très efficace de la part des Verts, Bordeaux est très vite revenu au score et l'espoir aurait pu leur donner des ailes... sauf qu'on a pris le contrôle du match et on les a privé de ballon. Pendant seulement 15 minutes, mais largement suffisant pour les calmer et gérer le match.

On peut aussi remarquer que les deux premiers quarts d'heure de la 2ème période ont été largement contrôlés par Bordeaux, allant jusqu'à 87% des passes réussies. Cette domination est même plus accentuée si on regarde les tirs stéphanois : si en première période on a tiré 11 fois (6 cadrés), en deuxième on a été en difficulté, on a été bien dominés (même si stérilement), en tirant qu'un seule fois (Roux frappe sans espoir à la 61ème)... jusqu'à la fin du 2ème quart, quand dans 4 minutes et 2 actions coup sur coup (deux tirs, les deux cadrés, deux buts) on a mis fin à la domination bordelaise en tuant le match, tout simplement.


Ou, comme disait Galtier en conférence de presse, "on a su planter le banderilles au bon moment".

Le jeu dos au but


Les Verts ont donc pu s'appuyer sur un bloc solide, bien en place, capable de défendre sans se mettre en danger, mais aussi de prendre le contrôle du match quand il le fallait. Mais dans ce match on n'a pas que bien défendu, on a aussi très bien attaqué, en étant plutôt efficaces avec nos occasions, mais surtout en s'en procurant plein. Pour être dangereux offensivement à partir d'un tel bloc, les Verts ont usé d'un jeu vertical, en se projetant rapidement vers l'avant. Ils ont pu ainsi s'appuyer sur une combo de feu : avant-centre dos au but, ailiers rapides et milieux précis dans leurs passes. Un très bon exemple est le deuxième but stéphanois : pressing et récupération de Söderlund, remise en retrait pour Corgnet, ballon en profondeur dans la course de Tannane. Ou bien le quatrième but : conservation du ballon dos au but par Söderlund, passe en profondeur dans la course de Roux.

Mais comme ces exemples sont visibles dans le résumé de la rencontre, j'ai choisi un autre, à la 47ème minute. Tout part d'une touche bordelaise, le bloc stéphanois est assez bas (les défenseurs sont sur la ligne de 16m). Gros pressing autour du ballon de Tabanou (13), Pajot (5) et Clément (6), ce dernier arrive à le récupérer.


 
A noter la position des "milieux", Tannane (4), Cohade (10) et Roux (9), alors que Söderlund n'est même pas à l'écran. Clément ne se précipite pas, mais effectue une passe vers l'avant pour trouver Söderlund (23) le dos au but. Celui-ci sert comme point d'appui, nos deux ailiers démarrant une longue course.

 
La remise de Söderlund est pour la course de Roux, malheureusement le défenseur girondin avait bien lu le jeu et intercepte. Ça ne sera que partie remise, mais néanmoins le bloc stéphanois a bien pu remonter pendant que Söderlund gardait le ballon (3 secondes).

 
Pas satisfait d'avoir eu sa passe interceptée, le norvégien presse le défenseur, Pajot serrant aussi vers le ballon :

 
Ce pressing porte ces fruits, le ballon est récupéré par les Verts et arrive dans les pieds de Cohade (10). Les deux ailiers sont toujours dans une bonne position suite à leur premier appel, pendant que les défenseurs stéphanois se retrouvent à 35m de leur but maintenant :

 
Les appels sont vers la profondeur, Cohade remonte avec le ballon et finit par faire une merveille de passe à Tannane, qui est fauché dans la surface, sans que l'arbitre intervienne :

 
A noter que Söderlund n'avait pas fini son action, après avoir gardé le ballon avec un défenseur sur le dos, après avoir essayé de lancer Roux, après avoir pressé pour récupérer le ballon, il était de nouveau dans la surface, prêt à le recevoir...

L'apport de Söderlund


Notre avant-centre norvégien nous a montré plusieurs facettes pendant ce match. Il peut faire une première période pauvre d'un point de vue individuel (déchets dans la finition), mais riche d'un point de vue collectif. Et comme il s'est bien fondu dans le groupe, ses coéquipiers ne l'ont pas laissé tomber à la pause. Ensuite, en deuxième période, il a planté les banderilles (but et passe décisive), montrant qu'il peut avoir un apport individuel aussi.
 
Non, notre avant-centre norvégien n'est pas le plus fin technicien. Non, il ne cadre pas tout ses tirs, il rate même des occasions franches ou des penalties. Non, il ne gagne pas tout ses duels. Mais il remet souvent le ballon à ses coéquipiers, il joue pour les autres. Il met des buts improbables, mais tellement importants. Il presse sans arrêt, sans jamais fatiguer (il a fait son 3ème match plein dans une semaine). Et il se bat comme un malade, en faisant des fautes et en subissant aussi, pesant lourdement sur la défense. Est-ce qu'il est le meilleur avant-centre du championnat ? Non. Est-ce qu'il est important pour notre équipe ? Mais bien sûr qu'il l'est, surtout dans ce système qui nous a amené deux victoires à l'extérieur consécutives !