Avant de recevoir le club de son coeur dimanche en Coupe de France, l'ancien goleador stéphanois Patrice Garande s'est longuement confié aux potonautes. Un entretien à écouter dans la potothèque ou à lire ici !

Que te reste-t-il de tes vertes années ? (Greenwood)

Tout ! (Rires) Que des bons souvenirs ! En arrivant à 14 ans à Saint-Etienne, j'ai eu la chance de vivre toute l'épopée de l'intérieur. Je me rappelle du premier match que j'ai joué, c'était en lever de rideau d'un match de Coupe d'Europe contre les Glasgow Rangers [ndp2 : le 22 octobre 1975]. C'est là où j'ai découvert ce qu'était Saint-Étienne, moi qui suis lyonnais d'origine [ndp2 : il est né à Oullins]. Je suis tombé amoureux de ce club, de ce public, de la passion qu'il y avait autour de cette équipe. Mon premier entraîneur fut M. Jean Oleksiak, en cadets, puis, en centre de formation, M. Robert Philippe : c'est lui qui m'avait fait venir à Saint-Etienne, il m'avait fait passer un test. Cette première partie-là, j'ai eu la chance de côtoyer la grande équipe de Saint-Etienne de l'intérieur. Ensuite, il y a eu une deuxième phase où je suis revenu au club en même temps que Robert Herbin. J'ai passé deux ans et demi fantastiques : c'était l'épopée avec Philippe Tibeuf, John Sivebaek, Casta, El Haddaoui, Patrice Ferri et toute cette bande-là.

Quel est ton meilleur souvenir sous le maillot vert ? (cedric26)

Justement, cette première année du retour où on a loupé l'Europe pour pas grand chose : on a dû finir 4ème ou 5ème du championnat [ndp2 : 4ème] C'était en 87-88, l'année où John Sivebaeck est arrivé. Pour moi, cette saison-là avait été très forte. Avec Philippe, devant, on marquait beaucoup de buts. Je ne me souviens plus exactement combien on en avait mis chacun [ndp2: Garande en avait mis 17 et Tibeuf 12]. On formait une doublette très complémentaire. Oui, cette saison-là a été un souvenir très marquant pour moi.

Tu as évoqué tes années au Centre de formation, Tu as été obligé de quitter le club, car il y avait la concurrence des 2 Laurent, Paganelli et Roussey, puis de Johnny Rep. Comment as-tu vécu cette période ? (José)

Très mal. C'était un déchirement pour moi, mais je voulais tellement être pro que je savais que je n'avais pas le choix. Sur le plan mental et affectif, c'était très difficile de quitter Saint-Étienne. Quand j'ai quitté Saint-Étienne, je suis parti avec Hervé Revelli, qui entraînait en Suisse, en 1ère division [ndp2 : au CS Chênois]. De joueur de centre de formation qui jouait en CFA, je suis passé à un joueur de 1ère division en Suisse. Donc, sportivement, ce n'était pas mal. A l'époque, on m'avait dit que je ne serais pas pro : effectivement, il y avait l'éclosion de Laurent Paganelli, de Laurent Roussey. Il y a Johnny Rep qui arrivait, Michel Platini est arrivé dans la foulée. Il y avait très peu de places, c'était compliqué à digérer !

Entre tes deux expériences stéphanoises, tu as pu obtenir du temps de jeu : tu t'es illustré notamment à l'AJ Auxerre, et tu as été champion olympique en 1984 avec l'équipe de France. Quels souvenirs gardes-tu de cette aventure olympique ? (deadken)

Un souvenir fantastique, parce que, pour moi, c'est la plus grande compétition au monde. Ça réunit tous les sports, toutes les nationalités, toutes les cultures. On a vécu un truc fabuleux sur le plan humain. Quand, en plus, on revient avec une médaille d'or, c'est absolument génial. Il faut remettre les choses dans leur contexte : on a été la première équipe de sport collectif à ramener une médaille d'or. Ça a correspondu à un changement des mentalités françaises par rapport à la compétition : on avait annoncé, dès le départ, qu'on y allait pour gagner la médaille d'or et on l'a fait. L'Equipe de France avait été championne d'Europe quelques semaines avant, en France. Ça a mis fin au complexe qu'on pouvait avoir : on n'était pas simplement les champions des matches amicaux. Les résultats au niveau de l'équipe nationale ont commencé là, elle a été décomplexée. Les clubs, ensuite, ont eu des résultats sur le plan européen. Pour moi, ces jeux olympiques restent un souvenir exceptionnel : avoir vu Carl Lewis, Moses, Mary Lou Retton ! Au village olympique, on côtoyait tous ces gens, franchement, c'était un rêve.

Quelle image conserves-tu de Rust, sacré comme toi à Los Angeles ? (aloisio)

Albert ? Un pro, un personnage, je ne peux pas dire timide, mais assez réservé qui peut être d'apparence un peu froide, vu de l'extérieur lorsqu'on ne le connaît pas, mais un garçon attachant. J'ai eu un très bon contact avec lui. C'était un vrai pro : lui, il avait fait les deux compétitions. Il était deuxième ou troisième gardien pendant le Championnat d'Europe et ensuite, il avait enchaîné avec les Jeux. Oui, j'ai un très bon souvenir d'Albert.

Etais-tu animé par un sentiment de revanche au moment de retrouver l'ASSE en 1987 ? (barre transversale)

Je dirais plutôt que j'ai ressenti une grande fierté. Les transferts de l'époque, ce n'était pas les transferts de maintenant. A un moment donné, que l'ASSE me dise que je ne serai pas pro parce qu'il y avait plus fort que moi, ça a été une belle déception et qu'ensuite, l'ASSE me rachète pour me faire revenir, ça a été une grande fierté. L'esprit de revanche, non, ça n'a pas été plus loin, j'étais tellement heureux, c'était le top.

Quelle était ta relation avec Herbin à ton retour en 87 alors que tu l'avais connu dans les années 70 au club (Emerald77)

Quand j'étais au centre de formation, je n'avais pas beaucoup de relations avec Robert Herbin. Je m'entraînais beaucoup avec les pros, mais mes entraîneurs ont été Monsieur Oleksiak, Robert Philippe, et Guy Briet qui était le responsable du centre de formation. Lors de ma première partie de carrière chez les Verts, j'entretenais juste avec Robert Herbin les relations que peut avoir un jeune joueur du centre avec un entraîneur pro. Je regardais ce mec avec de grands yeux, c'était une icône à Saint-Etienne. Quand je l'ai retrouvé en 1987, j'avais fait des choses avant ! J'ai notamment joué cinq ans à Auxerre où j'ai été meilleur buteur du championnat. J'étais un pro avec de l'expérience. Lui était parti, il revenait aussi à Saint-Etienne. On a eu des relations normales. Elles étaient plutôt bonnes au départ, ça s'est un tout petit peu gâté par la suite… J'étais à Nantes quand Saint-Etienne est revenu me chercher. J'ai pu faire un parallèle, j'ai mesuré la différence de culture entre les deux clubs. Cette rivalité entre Nantais et Stéphanois était réelle en termes d'identité de jeu. On ne jouait pas du tout au foot de la même façon. La passion autour des deux clubs était complètement différente. Pour moi, c'était un vrai bonheur de revenir à Saint-Etienne car ça correspondait plus à mon tempérament et à ce que je recherchais dans un club.

Merci d'avoir honoré le maillot vert de si belle façon, Patrice ! Tu nous as fait rêver (je pèse mes mots) avec tes potes en 87-88 ! Rentres-tu encore dans ton costume de Dupont ? En d'autres termes, as-tu gardé la ligne ... verte ? (Emerald77)

Non, je ne rentre plus dedans ! (rires) En fait, ça fait plusieurs années que j'essaye de remettre la main sur ce reportage et sur cette cassette où on nous voit avec Philippe Tibeuf jouer les Dupont et Dupond. Je n'arrive pas à la retrouver. J'en profite pour lancer un appel aux supporters. S'il y en a un qui l'a enregistré et qui peut me l'envoyer, ce serait super. J'aimerais montrer ça à mon fils pour qu'il se fende la gueule un petit peu. En tout cas c'était sympa et marrant. Moi, ce qui me plaisait à Saint-Etienne, c'était ça : cette relation avec le public, le contact avec les supporters. Je n'ai jamais retrouvé des supporters comme ça ailleurs. C'était fabuleux ! Ils étaient tout le temps là, derrière nous. Tout le temps ! Quand on perdait, il y avait de la tristesse, de la colère… Moi, j'adorais ça. Quand on s'entraînait, il y avait toujours beaucoup de monde. Ce qui m'a toujours marqué le plus, et ce qui nous joueurs nous donnaient beaucoup de force, c'est qu'à l'époque, quand on sortait du vestiaire pour s'échauffer, on s'échauffait derrière la tribune. Il y avait un synthétique et un terrain à côté. Il fallait traverser toute la foule pour aller s'échauffer. Et après quand on revenait il fallait à nouveau retraverser la foule pour regagner les vestiaires. C'était un truc incroyable, ça ! Incroyable ! J'adorais ça.

Peux-tu nous parler de ta complémentarité avec Philippe ? (José)

Nos jeux étaient très différents donc très complémentaires justement ! Je pense que le condensé des deux – toutes les qualités de Philippe plus les miennes – aurait fait un joueur exceptionnel ! (rires) Philippe était un garçon qui adorait décrocher, prendre le ballon, dribbler, centrer… Il était capable d'éliminer ses adversaires, il allait vite et prenait bien la profondeur. Moi j'étais plutôt un joueur de surface, un finisseur, un buteur. On était complémentaires car on était assez intelligents pour comprendre très vite les qualités de l'autre. On jouait l'un pour l'autre au lieu de se tirer la bourre. Notre grande force, ça a été ça. A nous deux, on a dû mettre de 30 à 35 buts.

Es-tu resté en contact avec lui ou avec d'autres coéquipiers stéphanois? (asse55)

Non, Philippe et moi on s'est perdu de vue. La vie fait que je suis parti à Lens de mon côté. Philippe est resté, il a eu cette grave blessure. Au tout début de mes départs, je suis resté en contact avec Castaneda car tout le monde sait que j'étais très proche de Jean. Mais après c'est pareil, chacun a mené sa vie professionnelle. Jean a été à Marseille. Il est parti dans les Emirats ou je ne sais pas quoi, ensuite il a entraîné à Istres ou je ne sais pas où [ndp2 : El Gato a officié à Istres avant d'entraîner le club qatari d'Al Rayyan]… A l'ASSE, je sais qu'il y a encore Jean-Philippe Primard qui entraîne la réserve.

Gardes-tu un souvenir ému du mythique Jean-Pierre François ? (poteau gauche)

On se côtoyait pas mal en dehors, c'était un bon mec. Je me rappelle que c'est Pierre Garonnaire qui l'avait fait venir. Je crois que Bordeaux avait découvert en Suisse Philippe Fargeon. Garou, qui était le précurseur des directeurs sportifs d'aujourd'hui, voulait trouver quelqu'un. Il me semble que Jean-Pierre François venait de Carouge. On a passé de bons moments avec Jean-Pierre, on a suivi sa carrière dans la chanson. Mais j'ai très vite perdu contact avec lui.

Lors de la saison 1987-1988, tu as marqué 17 pions. Aucun autre joueur stéphanois n'a égalé ce score depuis en D1. Aubame va le faire cette saison ? (poteau droit)

Il en est à combien ? Huit buts, c'est ça ? Il faudrait faire une deuxième partie de saison exceptionnelle, quand bien même il ne va pas à la CAN. Il a les qualités en tout cas. Moi, j'aime beaucoup ce joueur. J'ai joué avec son père au Havre. C'est un vrai attaquant mais ce sera compliqué de marquer 9 buts sur la deuxième moitié de championnat. Ce n'est pas un joueur de surface, il a besoin d'espace, de prendre la profondeur. Il peut jouer dans l'axe comme sur les côtés, il a une grosse activité dans son jeu. Je lui souhaite d'égaler mes 17 buts, pour moi c'est l'un des éléments forts de cette équipe. Si Saint-Etienne a baissé de pied depuis quelques temps, c'est peut-être parce que lui est moins bien.

Quel est LE joueur stéphanois que tu aimerais dans ton équipe ? (cedric26)

Heu…y'en a trop (rires) !!! Allez, je vais en citer deux. Devant, Pierre-Emerick Aubameyang, évidemment. Et puis je prendrais bien Jérémy Clément. A mon avis, c'est un joueur méconnu qui est très important dans le système stéphanois et dans la tenue de cette équipe. Il a un rôle prépondérant au milieu. C'est un bon joueur, technique, qui est capable de jouer vers l'avant, qui a un bon volume de jeu, qui est aussi pour la récupération. Pour moi c'est un joueur complet ! Je pense que s'il continue comme cela, il va prendre une autre dimension dans quelques temps.

Comment juges-tu la première partie moitié de saison de l'ASSE ? (aloisio)

Très bonne... jusqu'au derby. Il y a un avant derby et un après derby. Avant le derby, j'aime beaucoup le jeu de l'équipe, l'état d'esprit, la façon dont Christophe la fait jouer, ce qu'il amène au club. Cela se sent !!! L'équipe joue, elle est bien équilibrée, elle met du rythme. Elle pratique un foot qui me plaît. En plus, il semble y avoir un état d'esprit à l'intérieur du club qui est sûrement à la fois dû à Christophe, sa façon de voir les choses, d'animer son groupe, à la qualité évidemment des joueurs sur le plan technique mais aussi sur le plan humain. Il me semble qu'il y a des bons mecs mais aussi une certaine stabilité, un staff en place depuis pas mal de temps qui fait que l'équipe a des résultats.

Après le derby… C'est marrant, il y a des similitudes avec la saison dernière. L'A.S. Saint-Etienne était aussi dans une période très bonne jusqu'au derby. Elle avait perdu le derby à la maison et après elle s'était écroulée. Cette année, c'est pareil. Je ne sais pas si c'est une coïncidence… De l'extérieur, c'est comme si on avait l'impression que la validation de tout ce que ces joueurs ont fait avant, toute la qualité technique de cette équipe, y compris le staff, que la validation, cela passait par une victoire à domicile face à Lyon. A partir du moment où il n'y a pas eu victoire, il y a quelque chose qui se casse alors que cela ne reste qu'un match. Evidemment, c'est un derby, il y a une passion autour de cela mais… Je ne sais pas si dans la façon d'aborder ce derby… C'est bizarre de montrer autant de qualités contre le PSG que ce soit là-bas ou à domicile en coupe de la Ligue et puis après "plonger", redescendre d'un cran comme ils l'ont fait….

Je n'ai pas vu tous les matchs des Verts depuis mais il me semble que dans tous les matchs que Saint-Etienne a joués après le derby, même s'ils les ont perdus, il y avait un contenu à chaque fois. Ce n'est pas une équipe qui prend des valises, qui passe à la rue et où il n'y a plus rien.
Cette équipe a toujours une âme, toujours quelque chose mais après le derby, il y a quelque chose qui se passe et qui m'interpelle. Je trouve cela dommage. Je vais faire hurler les gens, mais peut être que le derby… On s'en fout du derby ! Enfin, je veux dire, dans le résultat…Je ne sais pas comment l'expliquer, il y a quelque chose d'assez marrant… La saison passée, c'était pareil !! Ils perdent le derby à domicile et après ils n'ont pas les résultats qu'ils devraient avoir. On sentait qu'il y avait quelque chose de cassé dans l'équipe après ce match-là.

Quel est ton pronostic pour la coupe de la ligue ? A quelle place vois-tu les Verts en fin de championnat ? (Nanard)

Ils ont les moyens de finir quand même dans les cinq premiers par la qualité de l'effectif, par l'état d'esprit, par la façon de jouer. En plus, ils ont pris deux joueurs qui vont leur apporter. Enfin, y'en a un c'est déjà fait et un autre devrait suivre rapidement.

Sans faire injure à Caen et à Toulouse, les esprits de la plupart des supporters stéphanois sont déjà tournés vers la demi-finale de la Coupe de la Ligue contre Lille le 15 janvier dans le Chaudron. Penses-tu que les fans des Verts vont pouvoir enfin investir le Stade de France ? (cedric26)

En tout cas, c'est une opportunité pas unique mais extraordinaire !!! Cette équipe a les moyens de se qualifier pour la finale, c'est une certitude. Après, je pense que ce qu'ils ont vécu avec les derbys, les défaites, la façon d'aborder les matchs… Tout ça doit leur servir. C'est une demi-finale, il faut peut-être l'aborder différemment pour pouvoir passer. Christophe va faire ce qu'il faut mais cette équipe a suffisamment de qualités pour battre Lille, qui reste malgré ses difficultés une très bonne équipe. Cela sera compliqué mais ce serait fantastique.

Est-ce que Romain Hamouma a progressé depuis son arrivée à Sainté ? Comme juges-tu sa première moitié de saison sous le maillot vert ? (asse55)

Plutôt bonne ! Quand on arrive dans un club, ce n'est jamais facile de s'intégrer aussi vite qu'il l'a fait. Il a réalisé de bonnes choses. Romain a une marge de progression incroyable. Il a des qualités de vitesse, il a des qualités techniques. Il prend la profondeur, il centre bien devant le but. C'est un garçon qui peut s'améliorer, marquer plus de buts que ce qu'il fait. Je disais toujours à Romain qu'il fallait ne pas être toujours au même rythme. Il court toujours à fond même quand il a vingt mètres devant lui. Il va à deux mille à l'heure tout le temps. Il doit essayer de varier les rythmes pour surprendre un peu plus. Plus on prend de l'âge, moins on va vite ! Il faut qu'il ait une palette supplémentaire dans son jeu. A Caen, il était très bon. En plus c'est un joueur qui est attachant, travailleur. Sous son aspect un peu timide, il a une vraie personnalité, un vrai caractère. Je suis très heureux de sa réussite. Il va encore progresser et amener beaucoup de choses à l'ASSE.

Que penses-tu de Christophe Galtier ? (cedric26) Quelles qualités et quels défauts sont caractéristiques de Christophe Galtier ? (Olaf)

Je dis toujours qu'une équipe ressemble à son entraîneur. Quand on voit jouer cette équipe de Saint-Etienne, elle ressemble à son entraîneur. A travers les interviews et tout ce qu'on peut voir, on sent bien que c'est un gagneur, un gros travailleur. Il est ce que j'aime. Il est à la fois exigeant au quotidien avec ses joueurs et à la fois profondément humain et très proches d'eux. Pour un marseillais, il a bien mesuré la culture stéphanoise (rires) Il fait un très bon boulot. Cela se sent, se voit. Ce qui me plaît chez lui, c'est sa mentalité, il aime gagner les matches, il joue pour les gagner. Sa grande force, quand je vois ses équipes, c'est qu'elles sont toujours bien équilibrées. Il arrive à mettre les joueurs aux meilleures places pour qu'ils s'expriment, à les convaincre même quand c'est un peu plus compliqué. Quand Brandao arrive et qu'il décale Aubame sur un côté, il a des vrais arguments et cette force de persuasion. Il arrive à convaincre le joueur que l'équipe sera meilleure là et que le joueur va pouvoir s'exprimer et être aussi bon. C'était le cas !

Comme lui, tu as longtemps été adjoint avant de devenir numéro 1. Penses-tu avoir d'autres points communs avec Galette ? (poteau droit)

Je ne le connais pas assez personnellement pour dire précisément mais je pense qu’on se ressemble beaucoup sur l’exigence que l’on peut avoir au quotidien avec le groupe, sur tout ce que j’ai décrit sur lui avant aussi. Je suis comme lui, tous les matches je veux les gagner. Après, on est aussi dans deux clubs différents, avec deux cultures de foot différentes, avec la passion autour du club qui est aussi différente. Je me retrouve quand même beaucoup dans ce qu’il peut faire ou dire, et dans sa façon de gérer son équipe.

Es-tu strict, copain ou paternaliste avec tes joueurs ? (Emerald77)

Dans le travail, dans le métier, je suis exigeant avec les joueurs, avec le staff – et avec moi - car je pense que c’est comme ça qu’on peut réussir, mais aussi profondément humain. Etre copain avec les joueurs, c’est un terme que je n’aime pas car il faut une barrière entre les joueurs et l’entraîneur. Mais ça n’empêche pas d’avoir de bonnes relations, de rigoler, de déconner quand il faut mais quand on est au boulot, on est au boulot ! Je suis comme ça, je le dis toujours aux joueurs : « y’a rien de plus important que votre métier, le foot, le club, l’équipe ». La seule chose qui passe avant tout ça, c’est la santé, les proches et la famille. A partir de là, un joueur peut tout me demander, mon portable est ouvert 24h/24 mais pour des vrais priorités : il ne faut pas me demander un après-midi pour aller récupérer à Paris une voiture que l’on vient d’acheter ! (rires) Je m’en tape de ça !

Tu as repris une équipe qui est descendue. Certaines rebondissent vite, d'autres peinent et peuvent même risquer une deuxième relégation successive. Quels sont les premiers chantiers à gérer pour se remettre en ordre de marche ? (Olaf)

Le premier chantier c’est de recréer une dynamique, un projet, et de remettre les joueurs tout de suite dans quelque chose de nouveau. Quand on descend comme ça, c’est un choc et un traumatisme pour tout le monde que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du club. Il faut remettre le tout en place et faire une analyse très rapide de l’état psychologique des joueurs restés là puis convaincre d’autres joueurs de venir adhérer à ce projet. La difficulté, c’est tout de suite ça : recréer une dynamique.

Peux-tu nous décrire rapidement le style de jeu habituel de Caen ? (Olaf)

On a un style de jeu vers l’avant, le plus possible au sol. On essaye de pratiquer un football offensif. Il faut trouver un équilibre entre l'attaque et le défense pour ne pas se faire contrer, mais on s'efforce d'être le plus offensif possible quand on a le ballon. On a des principes de jeu offensifs comme défensifs mais dans le système, on joue beaucoup avec une seule pointe et un joueur derrière en 4-2-3-1. On a aussi déjà joué en 4-4-2 et même à 5 derrière. J’essaye de donner aux joueurs une palette la plus large possible. On en discute entre nous. Quand je fais l’équipe, je pars toujours de devant, et non pas de la défense puis j’essaye de trouver un système où les joueurs peuvent s’exprimer et dans lequel ils ont des repères.

Dans ton effectif actuel, quels joueurs peuvent faire une bonne carrière en L1, sinon plus ? (Olaf)

On en a plein ! On a un effectif avec des jeunes joueurs et des joueurs confirmés. On ne va pas citer tous les joueurs, mais par exemple, on a un petit jeune – qui s’appelle Raphaël Guerreiro – qui s’est imposé au poste de latéral et qui venait du centre de formation.

Je voulais justement te demander ton avis sur ce joueur. Tu lui vois un gros potentiel ? (asse55)

Oui ! Pour moi, il a largement le potentiel pour jouer en Ligue 1 mais le plus dur commence pour lui. Il vient de faire 6 mois, il n’était pas connu et maintenant y’a des sélections qui vont arriver et il va devoir faire un choix entre la France et le Portugal. C’est toujours pareil, quand un petit jeune comme ça débute, au début on regarde avec bienveillance mais comme je lui ai dit, maintenant, il ne sera plus considéré comme un jeune et par notre public, mais aussi par nos adversaires. Il a des qualités, il n’est pas très athlétique parce qu’il n’est pas très grand mais il a des qualités techniques et surtout d’intelligence tactique très au-dessus de la moyenne.

A la fin de l'entretien que tu nous avais accordé en juillet au sujet de Romain Hamouma, on avait évoqué d'éventuelles retrouvailles dès cette saison en Coupe à Geoffroy-Guichard. Ce coquin de sort a bien prévu un match entre Sainté et Caen, mais il aura lieu à d'Ornano. Aurais-tu aimé jouer le match dans le Chaudron ? (cedric26)

Ah, non, non ! (Rires) Au contraire. Je suis très content de le jouer à la maison, devant notre public, ça fait toujours du monde quand Saint-Etienne vient, comme de partout… On s’est déjà déplacé deux fois donc dans la préparation de mon match, je suis content de le jouer à d’Ornano. Voilà, maintenant en tant qu’entraineur n°1, revenir à Saint-Etienne un jour, c’est sûr que ce sera un évènement spécial, ça me fera quelque chose. Mais je préfère les jouer à la maison.

Entre une équipe stéphanoise qui a mal fini l'année 2012, et Caen au contraire qui a fait le plein de confiance et qui a l'avantage du terrain, peut-on estimer que la différence de division sera insignifiante ? Je ne suis pas loin de vous voir favoris de ce match, es-tu dans le même état d'esprit ? (Nanard)

Ah non… Favoris de ce match ? Non ! C’est sûr que non ! Il ne faut pas oublier qu'il y a une division d’écart. La position au classement… Après ce sont des matchs de coupe, l’écart entre les deux équipes s’amenuise, c’est tellement particulier… On n’aborde pas ces matches là comme les matchs de championnat. Y’a 90 minutes voire 120 avec le cas échéant des tirs aux buts et après il ya un qualifié et un éliminé. Donc psychologiquement c’est différent. Et puis il y a toujours une passion autour des matchs de coupe qui est différente du championnat. A Saint-Etienne, il y a une passion qui est constante pour tous les matchs, quelle que soit la compétition. Alors que chez nous, on sent bien que la coupe peut générer quelque chose autour du club, de l’engouement. C’est un match important. C’est comme ça qu’on va le prendre. Maintenant, un premier match après la trêve, c’est toujours compliqué mais on a des échéances importantes derrière donc ça peut, ça doit générer une dynamique positive dans la continuité de notre fin d’année.

Comment t'attends-tu à voir évoluer Sainté dimanche : presser haut, défendre bas pour mieux contrer, prendre le jeu à son compte ? (Nanard)

Je m'attends à ce que les Verts jouent comme ils ont l’habitude de le faire… Voilà ! Ils vont jouer leur jeu, je ne vois pas l’équipe de Saint-Etienne rester derrière comme certaines équipes de L2 le font ici à domicile. Après, on parlait de la philosophie de Christophe Galtier, je le vois mal dire à ses joueurs de rester derrière et de contrer. C’est sûr qu’il y a beaucoup de vitesse devant., c’est une équipe qui est très dangereuse dans ce domaine-là. Mais elle est aussi capable de faire des choses en attaqua placée. Ils vont venir là pour jouer leur jeu. Moi je dis toujours à mes joueurs en coupe de France, tant que l’on ne prend pas de but on est qualifié. En Coupe de France ou en Coupe de la ligue d’ailleurs… Après, il y a une échéance au bout qui est inéluctable et irréfutable. Y’aura un éliminé et un qualifié. Ce n’est pas comme en championnat, où on prend trois points ou un point, où on peut faire des compositions d’équipe suivant le moment de la saison, l’état psychologique des joueurs. En coupe il faut gagner. Ça m’étonnerait que Christophe et ses joueurs viennent là avec l’idée de ne pas jouer et de laisser le match. Je n'y crois pas un seul instant.

As-tu préparé un plan spécial contre l'ASSE ? Attaches-tu beaucoup d'importance au jeu de l'adversaire ou insistes-tu davantage sur les qualités intrinsèques de ton équipe (Olaf)

On étudie le jeu de l’adversaire. Moi je le présente aux joueurs, surtout l’animation du système, les forces et les faiblesses de l’équipe. Nous, on ne change pas notre jeu, nos principes de jeu restent les mêmes tout le temps. On peut mettre en place un plan de jeu pour essayer d’appuyer sur les faiblesses de l’adversaire ou de contrecarrer les forces de l’adversaire. Tous les entraîneurs font ça. Contre Saint-Etienne, on va d’abord s’appuyer sur ce que l’on sait faire. La pire des choses ce serait de changer… Ce serait aberrant de tout changer.

Quelle importance revêt la coupe pour Caen, compte tenu de votre place en championnat et de l'importance de la remontée en Ligue 1 ? (Parasar)

L’objectif prioritaire c’est le championnat, c’est une certitude. Maintenant la coupe… Je l’ai dit, on prend les matchs les uns après les autres. Les deux premiers tours, on a joué des équipes de DH. On n'allait pas se faire éliminer par des équipes de DH donc on a fait ce qu’il fallait. Là, on se retrouve dans un cas de figure où on n’est pas les favoris. Saint-Etienne est favori, on va jouer le match pour se qualifier. Justement, moi j’attends de ce match là que cela crée une dynamique tout de suite positive pour l’équipe. Si par bonheur, on arrive à se qualifier, c’est sur qu'il y’aura des moments ou il y’aura trois matchs à gérer dans la semaine. Mais bon, moi je ne sais pas faire, je ne peux pas demander à mes joueurs de rentrer sur le terrain en se disant "la priorité c’est le championnat et on s'en fout".. Non, non, on verra bien.

Vas-tu faire tourner ton équipe en te disant que, de toute façon, Caen n'ira pas en finale, contrairement à Sainté ? (Greenwood)

Là, on sort de dix jours de vacances donc tous les joueurs sont frais et reposés. Je n'ai pas à faire tourner, non, non ! Je vais mettre la meilleure équipe possible.

Dimanche combien de pions vont marquer le duo Mollo-Hamouma à Malherbe ? (Nanard)

(Rires) Je ne sais pas, j'espère zéro !

Perso ça me ferait plaisir de revoir un duo de "tueurs" comme celui que tu formais avec Tibeuf. T'en penses quoi ? (Nanard)

Je leur souhaite d’en mettre plein mais alors qu’ils attendent le match d’après, qu’ils les gardent pour Lille.

Toi qui l'as connu à Caen, que penses-tu de Yohan Mollo d'un point de vue footballistique ? Quels sont ses points forts (cedric26)

Ses points forts : la vitesse, la technique, sa qualité de centre. Les coups de pied arrêtés aussi, il est très bon. Ce sont les qualités de Yohan quand il est dans un bon jour. Quand il est un peu euphorique, il est capable de faire des trucs de fou !

Quels sont ses points faibles ? (cedric26)

Quand il était là, j’essayais de lui faire comprendre à certains moments de simplifier un son jeu parce qu’il peut avoir tendance à tomber dans l’excès de dribbles, de feintes qui parfois ne servent à rien. D’un autre coté, c’est ce qui fait aussi sa force. Mais il faut qu’il trouve un équilibre. Je pense que Yohan a besoin de se stabiliser dans un club pour véritablement éclater et progresser. Chez nous il était simplement prêté, il ne savait pas trop de quoi serait fait son avenir. Après il est parti en Espagne, à Grenade. Ensuite il est venu à Nancy, maintenant il est à Saint-Etienne… A l'ASSE, c'est juste un prêt, mais je pense que le public de Geoffroy-Guichard va adorer. Je suis sûr que le public va adorer. Si Christophe arrive à canaliser Yohan dans cette relation qu’il va avoir avec le public justement. Si Yohann arrive à simplifier son jeu et s'efforce d’être efficace avant tout. Pour moi il peut s’imposer dans cette équipe et réaliser de très bonnes choses.

Que peut-il apporter à Sainté Tu le vois s'imposer dans quel registre, à quel poste? (poteau droit)

Là où il est le plus fort, c’est sur le côté gauche mais il peut jouer aussi à droite. Moi je me rappelle qu'avec Franck Dumas, on l’avait fait jouer également tout seul attaquant. Dans un registre un peu particulier, nous on l’avait mis là par rapport à sa vitesse face à une charnière qui était un peu lourde donc il prenait la profondeur sans arrêt. Il avait posé beaucoup de problèmes aux adversaires. Mais là où il est le plus fort, c’est sur le côté gauche.

Quid de son état d'esprit ? (Parasar) Est-il difficile à gérer ? (asse55)

Non ce n’est pas un garçon qui est difficile à gérer mais Yohan, c’est un affectif. En plus il a gardé beaucoup d’amertume de son passage à Monaco… Il a fait quelques déclarations un peu maladroites. Dans la vie, il est comme dans son jeu. Il est instinctif, il est spontané alors parfois ça sort et puis il regrette après. Mais c’est aussi un garçon qui a aussi du caractère, qui a beaucoup d’ambitions. Je pense qu’avec le temps et en mûrissant il va canaliser tout ça.

Tu nous promets de ne pas énerver Brandao dimanche car en cas de carton jaune, il sera suspendu pour la demi-finale face au LOSC ! (asse55)

(Rires) Encore faut-il savoir s’il va jouer ! J'étais sûr qu'il allait jouer car au début je pensais qu'Aubame allait à la CAN. Promettre de ne pas l'énerver... Comment je pourrai promettre un truc pareil ? C'est pas possible ! Nous, on ne joue pas pour énerver les joueurs. Déjà s’il joue, on va s’appliquer à bien le neutraliser dans les règles du foot. Brandao, il s’énerve pas facilement je pense…

Quels sont tes voeux pour Caen et l'ASSE en 2013 ? (Olaf)

Le meilleur pour nous, ce serait la montée ! Mais je n’aime pas trop au moment des vœux parler de ça… Il ne faut pas qu’on le souhaite, c’est à nous d'aller la chercher. Cela dépend de nous. Moi mes vœux c’est avant tout la santé parce que sans ça on ne peut rien avoir dans tous les domaines. Pour répondre à ta question, pour les deux équipes, l’Europe pour les Verts et la montée pour nous ce serait génial !

Nous on te propose une bonne santé et un bon Sainté. Si on te dit : la montée pour Caen et les deux coupes pour Sainté, tu signes de suite ? (aloisio)

Ah oui, je prends tout de suite !


Merci à Patrice pour sa disponibilité et aux potonautes Sisse11, Stéphanois, asse55 et LeForezLibre pour la retranscription.