On dit souvent qu'une finale ça ne se joue pas, ça se gagne. Mais parfois le rapport de force est tellement disproportionné que le visage montré devient presque plus important. Et les Verts peuvent être fiers de ce qu'ils ont montré lors de la finale de Coupe de France.
Dans sa conférence de presse d'après-match, le manager stéphanois était bien évidemment content de l'investissement de ses joueurs et de l'approche tactique : "Ils sont professionnels, investis et appliqués. Les options prises ont été bonnes (...) On les a gênés dans la relance tout en ayant des occasions et de la qualité technique (...) En deuxième période, on a su s’adapter, faire un front uni et essayer d’être propres dès la récupération. On a également réussi à les mettre en danger".
Ces options prises concernent le choix des joueurs, remplaçants inclus, mais aussi la manière dont ceux-ci ont imposé un jeu qui ne convenait pas à leurs adversaires. Pour le système de jeu, le staff stéphanois a fait le choix d’un 4-2-3-1 classique, avec Hamouma en avant-centre et Boudebouz en « 10 » et avec Bouanga sur l’aile gauche et Maçon plus haut que d’habitude à droite :
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A part le latéral droit (re)converti ailier, l’autre différence importante avec les matchs de préparation a été Kolo, qui a dû jouer latéral gauche et non défenseur central, suite à la blessure de Silva et la méforme de Trauco. L’image ci-dessus est importante aussi parce qu’elle montre l’animation offensive parisienne. Si théoriquement c’est un 4-2-4, les deux ailiers sont souvent très axiaux, entre les lignes adverses – un 4-2-2-2 en quelque sorte. L’adversaire doit à la fois empêcher les transmissions de passe dans l’axe vers ces deux joueurs et bloquer les couloirs pour les deux latéraux offensifs.
1. Possession, maîtrise, domination
Une autre solution pour empêcher le PSG de développer son jeu est de garder le ballon. C’est ce que les Verts ont fait au début du match, et non seulement avec le but de défendre. Ils ont produit du jeu, ils ont mis à mal la défense adverse et se sont procurés plusieurs occasions. Et malgré un but encaissé contre le cours du jeu, ils n’ont pas baissé les bras et ont continué avec leur plan initial, comme dans cet exemple :
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Un long ballon parisien est récupéré facilement par la défense et Kolo monte balle au pied dans son couloir. Il lance Bouanga plus haut, qui repique vers l’axe et utilise Hamouma en point d’appui. Avec le relais de Camara derrière, le ballon est envoyé de l’autre côté, vers Maçon – les Stéphanois se font facilement des passes et cherchent à passer dans les couloirs, où les ailiers ne font pas souvent l’effort de défendre. Malheureusement, la passe de Camara est interceptée par les Parisiens, qui essayent de partir en contre…
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… sans succès, Fofana arrêtant l’offensive. Maçon et Camara ne jouent pas sur l’aile droite, où Debuchy allait proposer une solution, le dernier préfère temporiser pour donner du temps à l’attaque de se mettre en place :
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Contre une autre équipe, temporiser veut aussi dire donner du temps au bloc défensif de se former, mais pas contre le PSG. Malgré le temps pris par les défenseurs et milieux centraux à combiner dans le rond central, Debuchy reste libre à droite, l’ailier gauche adverse ne se replie pas – c’est un avant-centre qui essaye de bloquer le couloir, mais il n’arrive pas à couper la passe de Fofana, ni à empêcher le latéral stéphanois de centrer :
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Le centre à destination de Bouanga est repoussé par un défenseur et le ballon est dégagé en catastrophe par un milieu – les Verts récupèrent facilement le ballon par M’Vila et une nouvelle attaque commence :
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Toujours cette préparation dans le rond central, en dehors du bloc adverse, cette fois-ci enfin formé proprement, en 4-2-4, un bloc très bas suite à la longue possession des Stéphanois, qui passent toujours par un côté :
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Kolo monte balle au pied et trouve Hamouma entre les lignes, qui lance Bouanga dans la surface, d’où il rate malheureusement son face-à-face avec le gardien adverse, qui repousse son tir. Des attaques simples, basées sur une possession et une maîtrise très agréables quand on connaît la qualité de l’adversaire.
2. Solidité défensive
Avoir concédé l’ouverture du score n’a rien changé à l’approche stéphanoise, mais jouer à 10, si. Les Verts ont bien subi dans les 20 minutes de la 1MT qui ont suivi le carton rouge de Perrin, mais ils ont bien bloqué les attaques adverses, comme dans cet exemple à la 40e :
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Moukoudi est entré en défense centrale et Maçon est sorti forçant donc Hamouma à retrouver une place d’ailier. Un bloc 4-4-1 bas, qui laisse le ballon à l’adversaire, qui le garde avec les milieux et les défenseurs centraux le temps de trouver un des 4 offensifs entre les lignes. Ces offensifs essayaient d’étirer le bloc des Verts, mais sans réel succès :
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L’ailier gauche reçoit le ballon sur son côté, mais sans autres solutions, il repique balle au pied vers l’axe et joue avec les milieux. Le ballon est envoyé à l’opposé, mais le jeu à deux dans le couloir ne crée pas de déséquilibre, les Verts sont en place :
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Comme Hamouma doit suivre le latéral gauche et ne peut pas suivre ses coéquipiers qui coulissent, Boudebouz recule de la pointe du bloc et se met à côté des milieux – tout est bon pour empêcher cette passe verticale qui trouve les meneurs de jeu parisiens dans l’axe entre les lignes, la clé de leur animation offensive. Le ballon est donc gardé par les milieux et les défenseurs…
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… et la seule solution pour ces Parisiens de toucher le ballon est de décrocher, de sortir du bloc serré des Verts. Des échanges de passes sans danger et donc un nouvel essai de passer par un côté :
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Sans succès, une longue attaque du PSG qui échoue, ses joueurs n’arrivant pas à prendre le dessus d’un bloc en infériorité numérique.
3. Neyou, la plaque tournante au milieu
Le discours des staffs aux vestiaires a changer la physionomie du match. Même réduits à 10, les Verts ont repris le contrôle du jeu, aidés aussi par le choix des Parisiens de défendre leur avantage et chercher les contres. Des contres arrêtés par les belles performances de Jessy Moulin et sa défense, avec un Fofana impérial. Mais si on avait déjà vu ces joueurs sortir des prestations de haut niveau, c’était la première apparition avec l’ASSE en match officiel pour Neyou, entré à la place de Camara. Et il a bien réussi ses débuts, comme par exemple à la 60e :
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Les Verts récupèrent un long ballon parisien grâce à Debuchy et Fofana est chargé de la relance après un échange de passes avec lui et M’Vila. Il s’appuie sur son gardien…
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… qui n’hésite pas à lui redonner le ballon, malgré le pressing adverse. Cinq joueurs du PSG pressent haut, les 4 défenseurs et 2 milieux stéphanois doivent trouver une solution. Elle vient de Neyou – sa conduite de balle est très efficace, tout comme son ouverture pour Kolo à gauche :
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Si les 4 défenseurs adverses étaient pris par les 3 offensifs stéphanois (Khazri avait entré à la place d’Hamouma), la projection de Kolo apporte le déséquilibre, c’est un 4-contre-4. Malheureusement, Bouanga, servi plus haut à gauche, ne réussit pas le dribble contre son adversaire direct et temporise ensuite. Il joue en arrière avec le même Neyou…
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… mais sa passe est mal ajustée et oblige son coéquipier à se battre pour garder la possession. Ce qu’il arrive à faire, avant de distribuer de nouveau parfaitement le jeu, cette fois-ci de l’autre côté, pour la montée de l’autre latéral :
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Encore une fois la partie haute du bloc adverse est complètement passée, les défenseurs doivent se débrouiller seuls. Malheureusement, la reprise de volée de Bouanga passe au-dessus. Une belle action de la part de Verts, qui sont facilement arrivés à déséquilibrer leurs adversaires, tout en étant en infériorité numérique.
Conclusions
Ce n’est pas la victoire du QSG qui restera dans les mémoires, il y en a tellement qu’un trophée national de plus ne change rien. Les footix parisiens, simples supporteurs ou travaillant pour un journal ou une télé, se rappelleront plutôt la blessure de leur meilleur joueur sur un tacle malheureux du capitaine Perrin. Mais ce que les Stéphanois doivent retenir de ce match est la qualité de la prestation proposée. L’équipe a tout donné et a tellement maitrisé les débats, même en infériorité numérique, que le match aurait pu facilement tourner dans l’autre sens. Il y a de quoi être fier par rapport à cette finale, mais il y a surtout de quoi être confiant pour la nouvelle saison.