Touché par l'ambiance délétère qui régnait à Geoffroy-Guichard samedi soir, le potonaute philippe26 nous offre un texte magnifique. Merci à lui !


Elle est bien loin l'époque où les derniers cracheurs de poussière noire et les prolos de la Manu venaient à Geoffroy-Guichard en procession, comme on va à la mer, voir les bateaux qu'on n'achètera jamais...


Elle est bien loin cette époque où les tribunes avaient une autre odeur, les joueurs de moins belles voitures, et les supporters moins de haine... Je marchais à peine quand déjà mon grand-père m'emmenait dans ce stade, et les dimanches étaient magiques. Nos Verts n'étaient pas des stars mais leur sueur plaisait au peuple, tant elle correspondait Ã  l'effort qu'on sait ingrat, à l'argent qu'on sait rare, aux joies que l'on veut saines. J'ai appris à aimer ce Club, parcequ'il était différent, mais qu'en plus on gagnait... Mais même aux soirs des défaites, l'orgueil serrait les poings dans les poches, et l'humilité nous rappelait son exigence.

 

Mais qu'est ce que j'aime ce Club... C'est ma ville, c'est mon histoire. Mon grand père s'en est allé, puis mon père après lui, mais toujours dans les tribunes une part de leur rêve que je sais permanente.

 

Hier soir, j'étais au stade, comme tous les matchs depuis 40 ans. Mon fils juste à coté avec son écharpe bien accrochée autour du cou. Du haut de ses 13 ans il n'a pour seul repère que ce que lui raconte son père, quelques photos usées et les souvenirs qu'on rabache juste pour qu'on ne les oublie pas.

 

Hier j'ai eu peur pour lui. Non pas comme au soir d'un match contre Manchester où j'avais à peu près son âge, et que les Anglais nous chargeaient après trop d'arrogance et de bière. Non, j'ai eu peur d'un mouvement de foule, après que certains aient cru bon d'en faire taire d'autres parmi nous.

 

Plus grave qu'un match perdu. Plus important qu'un recrutement raté. Plus pathétique que des joueurs perdus dans un maillot trop grand pour eux. Infiniment plus troublant que des banderoles qu'on oubliera aussi vite qu'on aura voulu les tendre, nous perdons notre identité. Prenons garde de ne pas dilapider ce précieux héritage que nos anciens nous ont legué. Mais n'est il pas déja trop tard ?


J'aurais bien voulu savoir ce qu'il y avait dans les yeux de mon fils, devant ce spectacle pitoyable, mais je n'ai pas osé le lui demander. Le pire serait qu'il pense que ce n'est finalement pas si grave. Ca n'est qu'une équipe de football... Je voudrais tellement que tous les enfants dans le stade continuent de percevoir ce Club comme il le mérite.

Aux joueurs de faire leur boulot. Soit. Mais à nous, et au stade tout entier, de ne pas briser les rêves et détruire définitivement la légende. Le danger n'est pas que dans notre classement, mais chacun le sait-il ?

 

Philippe26