L’image est saisissante. Nous sommes en deuxième période. Les Verts sortent enfin le public de cette séance d’ennui et brouillard.


Mirallas déborde sur l’aile gauche et, parce qu’il n’assume pas totalement l’héritage de Nicolas Marin, choisit de lever la tête avant de centrer en retrait. Son centre est précis, presque parfait.

 

L’offrande est pour Manu Rivière idéalement placé à l’entrée de la surface. Il arme une reprise de volée qui s’annonce imparable…. Et nous gratifie du plus beau balai de la décennie. Le coup de vent fut, dit-on, ressenti jusque derrière l’écran.

 

Aussi accroc aux Verts soit-on, même à cet instant où on vendrait son âme aux voisins d’outre A47 pour qu’un nul se métamorphose en victoire, il est difficile de réprimer un sourire voire un rire franc devant ce raté monumental.

 

 

Ce raté est unique parce qu’il est d’une perfection rare. Sur le même type de centre on a en général droit à tout : des reprises parfaitement exécutées façon Landrin servi par magic Féfé contre VA, des reprises ratées, parce qu’écrasées, dévissées, trop ou pas assez croisées, pire encore des ballons seulement effleurés, parfois aussi des reprises arrêtées par des gardiens aux envolées jérémiejanesques.

 

Manu se distingue de tous ces gestes communs !! Il a tout mis dans sa reprise, tout emporté sauf le ballon, qui, narguant notre attaquant a poursuivi gentiment sa course sans dévier d’un centimère de sa trajectoire initiale. S’il parlait, il aurait probablement lancé un goguenard « bien tenté !» à l’attaquant surpris puis honteux de son balai magistral.

 

Ce raté est une madeleine, de celles qui font l’universalité de ce sport : le gros plan sur le visage de Rivière une seconde après l’action dit tout de cette honte que tout footballeur de cour d’école ou de terrain vague a un jour ressenti en passant en une fraction de seconde du fantasme de la reprise de vélo pleine lunette à la réalité d’un abonnement longue durée au chambrage par ses potes.

 

Enfin ce raté de Manu face au Rennais est un délicieux hommage à Alain … Resnais et son Smoking No Smoking. Rivière en un si court instant saute d’une branche à l’autre sur l’arbre des possibles de la carrière d’un footballeur : Imaginez que sa reprise, d’un coup de pied parfaitement rectiligne se soit logée dans la lucarne de Douchez, s’ajoutant 3 jours après au ballon brillamment piqué dans le petit filet de Viviani. A 19 ans, Rivière n’aurait-il pas dans la foulée été annoncé sur les tablettes de tous ces clubs ayant rendez vous chaque printemps en quarts de finale de la C1 (non Jean-Michel, j’ai bien dit les quarts, inutile d’insister) ?

 

Mais Manu est rentré chez lui, des larmes plein sa bière. Il est passé à côté du ballon et de son match, est sorti sous quelques sifflets idiots et reste pour l’instant ce jeune prometteur qui doit encore bosser et guette avec angoisse le retour des titulaires blessés.

 

Eh Manu tu vas pas te tailler les veines ! Nous on a aimé la spontanéité du geste, et on oublie pas que tu étais sur ton mauvais pied.