AR87/Lorient 0 - 1 ASSE
Un manque de réalisme frappant qui ternit une bonne performance d'ensemble.
Jouer l'intégralité d'un match - à quarante secondes près - en supériorité numérique, c'est un cas rare et théoriquement un avantage de premier ordre. Théoriquement. D'abord parce que Sainté n'a pas toujours su gérer ces situations-là, et qu'il n'y a pas besoin de remonter très loin en arrière pour retrouver des cas où les Verts se sont montrés plus empruntés à 11 contre 10 qu'à 11 contre 11 ; ensuite parce que la configuration du match a largement amoindri le handicap lorientais. Avant de revenir sur ce dernier point, plantons le décor.
Attaque-défense
Le 4231 est reconduit, avec Eysseric dans le rôle du meneur. Cela confirme qu’il devrait s’agir du système de base pour la saison à venir. Autre constatation : Polomat est préféré à Brison pour le poste de latéral gauche, ce qui peut étonner puisque Paprika avait jusqu’alors systématiquement été préféré comme doublure de BAE. Le test s’avère plutôt réussi pour le jeune défenseur qui disputait ses premières minutes en Ligue 1.
Lorient se présente dans un système comparable, et est réputé friable dans le dos de sa défense. A Saint-Etienne, on ne se pose pas de question : on cherche la profondeur d’entrée de jeu ; en 40 secondes, la défense lorientaise panique deux fois et le gardien Lecomte est logiquement exclu. Son remplaçant Chaigneau se montrera décisif immédiatement (claquette sur le coup-franc tiré par Polomat), mais aussi plusieurs autres fois au cours du match.
En effet, la rencontre est globalement une attaque-défense à l’avantage des stéphanois, qui se créent pas loin de dix occasions de but très nettes. Mais entre les arrêts de Chaigneau (sur KMP, sur Hamouma…) et les frappes non cadrées alors que les filets frissonnaient déjà (Roux par deux fois, Corgnet, KTC…), le spectre de la défaite a plané au dessus du Moustoir. Lorient s’est d’ailleurs procuré une superbe occasion d’ouvrir le score par Guerreiro (26’) et aurait pu profiter de deux gros moments de flottement et de fébrilité des stéphanois, en fin de première mi-temps et autour de l’heure de jeu (le temps que la greffe de Corgnet entré à la place d’Eysseric prenne). On saluera d’ailleurs la volonté des lorientais qui, utilisant à fond les qualités individuelles de Moukandjo, Guerreiro, Ndong et Mesloub, n’ont pas hésité à sortir quand le jeu le leur permettait – jusqu’à encaisser un but en contre (87’) !
Ne pas surestimer la supériorité
Je disais en ouverture qu’il ne fallait pas exagérer l’avantage de la supériorité numérique, et donc considérer la performance offensive stéphanoise comme minimale voire médiocre. Pourquoi ? Par la combinaison de deux facteurs.
Premier élément : voilà le bloc lorientais en phase défensive.
Les dix joueurs, dans une position caractéristique du 442, sont très bas et compacts. Qui profite donc de l’espace libéré ? Les défenseurs centraux stéphanois – Mustapha Sall, sur la photo. Or, si Sall a bien tenté quelquefois de dépasser son rôle, ni lui ni Pogba n’ont été capables de vraiment apporter au jeu. L’apport d’un Loïc Perrin aurait ici pu se révéler décisif.
Lorient a donc choisi de délaisser le pressing sur la charnière stéphanoise ; mais cette dernière ayant peu participé au jeu, les stéphanois n’ont clairement pas optimisé leur avantage.
En revanche, les Verts se sont montrés assez performants dans l’utilisation de l’espace entre les lignes.
La première image a été prise à la 14', la seconde à la 84'. On retrouve ces caractéristiques type :
- l’avant-centre qui occupe la charnière adverse
- un ailier qui étire la défense sur un côté
- deux joueurs, le 10 et un ailier, qui se rendent disponible dans une zone située directement derrière l'avant-centre
A partir de là, plusieurs combinaisons ont été proposées : le 10 qui plonge dans l’espace laissé par l’ailier qui dézone ; une remise sur le côté pour un triangle ; un simple appui, la balle revient au milieu qui change le jeu, etc. Parfois le danger peut venir d’une simple déviation, comme sur cette action, où à la 64' Corgnet en une touche lance Hamouma dans l’espace qui centrera en bout de course à merveille, donnant à Roux une balle de but phénoménale…
Au final, les Verts auraient probablement mérité une victoire plus large - en tout cas moins douloureuse - qui aurait permis d'appréhender Milsami beaucoup plus sereinement.