Les hasards de la vie professionnelle tutoient parfois l’improbable. Comme une rencontre lilloise avec un jeune Amiénois supporter de Monaco. Récit compassionnel…


Peut-être avez-vous déjà accueilli au boulot, un jeune ado de 13 ou 14 ans effectuant un stage de découverte du joyeux monde du travail. Peut-être avez-vous du trouver un stage similaire pour votre enfant. Enfin, vous voyez, quoi. J'y ai été une nouvelle fois confronté, pas plus tard que la semaine dernière. En général, il faut faire le dos rond, se dire que c’est un mauvais moment à passer auprès du petit boulet.


Faut expliquer au nain, pour la 725e fois de sa carrière, en quoi consiste le métier de journaliste, détailler le pourquoi et le comment de ce que l’on fait, le traîner partout… Le pire, c’est que malgré l’ennui inhérent à ce genre de stage, le gamin peut tout à fait se plaire à vos côtés et demeurer en extase devant vos propos forcément positifs (faut pas dégoûter la jeunesse). Je repense à mon fils, qui, fin 2009, a ainsi pu fracasser des poussins sur un coin de table pour les besoins de la science et de la sécurité alimentaire. Pour lui, c’était du caviar. Mais je m'égare du Nord.

 

En général, à l’arrivée du gamin, faut faire le mort. Il y aura bien un collègue compatissant pour le prendre sous son aile. Mais fatalement, vient le moment de l’emmener en reportage. Le boulet de la semaine se prénommait Romain. Petit brun vif, débrouillard, très autonome et super motivé pour « faire journaliste quand je serai grand ». Collégien à Amiens, il n’a donc pas hésité à se faire héberger une semaine chez sa grand’ tante de Lille. J’emmène Romain pour une conférence de presse qui s’annonce des plus passionnantes sur l’aménagement du territoire. Dans la Xsara (verte) qui nous sert de voiture de service, j’entreprends de lui expliquer que cela ne va pas être sexy pour lui, mais qu’au moins, il verra Cambrai au moins une fois dans sa vie.

 

Quand deux mecs sont dans une voiture, il ne peut se passer que deux choses : du sexe ou du foot ! Avec Romain, je vous rassure, ce fut foot ! Nous en étions à parler de nos petits clubs respectifs, lorsque, empruntant la voie de desserte d’une station service, histoire de faire le plein, Romain m’annonça que depuis 2004, soit l’année de sa dernière couche-culotte, il supporte l’AS Monaco.


Comme tout le monde, je m’attendais à ce qu’il me réponde l’OL, l’OM voire le PSG ou le RCL. Mais un petit Amiénois supporter de Monaco, voilà qui était singulier. Et de lui rappeler que le prochain adversaire de Néné et consorts était l’ASSE, en lui expliquant mon amour pour le plus grand club de foot du monde. Vendredi soir, Romain prend définitivement congé de nous. Je lui dis au revoir et lui lance : « Allez Monaco, mais pas dimanche ! Les verts vont gagner 2-0 ».

 

Alors Romain, dimanche, j’espère que tu as pensé à moi. En tout cas, dès le premier boulet de notre Blaisou, j’ai imaginé ta tête. Puis Gonzalo et Manu ont achevé de déboulonner le Rocher. J’ai rit à gorge déployée, j’ai savouré. Et j’ai songé à ta tristesse. Cette victoire, Romain, je te la dédicASSE.

 

Sans rancune l’ami !