Hier matin, je partais au boulot sous les rayons d’un soleil enfin franc, léger sur mon vélo, en roue libre et vibrant sur les pavés, tel un flahute survitaminé.
Soudain un voile est venu recouvrir mon excursion vers la tour promise.
Le changement climatique n’y était pour rien, non. Juste une pensée, une seule qui botta sans ménagement le cul à l’humeur légère pour installer une gravité bien poisseuse : dans une semaine, à la même heure, on saura.
Dans une semaine on se réveillera, plein d’espoir ou définitivement abattus. Dans une semaine, au lendemain du déplacement à Bordeaux on se lèvera avec, c’est évident, le sentiment que le verdict est tombé…
…Ou pas ! me direz-vous, car on peut tout imaginer, y compris deux matchs nuls samedi contre Brest et mercredi en Gironde qui nous laisseraient sans doute au milieu du gué, avec la quasi garantie que la 17ème place est devenue une illusion, et l’espoir encore de conserver notre médiocre 18ème place.
En fait, le foot, et c’est son charme, est ainsi fait que les pronostics sur l’issue finale sont aussi fluctuants que les positions d’un candidat sur l’âge du départ à la retraite. Il suffit pour s’en convaincre de ré-écouter toutes les conclusions définitives que les consultants les plus expérimentés ont tirées depuis quatre mois concernant Sainté.
Tour à tour condamnés, puis sauvés, puis bien mal embarqués, les Verts, et notre moral avec, tanguent si bien qu’à ce stade, bien malin celui qui peut avec certitude savoir comment tout cela se terminera.
Esclaves de nos émotions d’après-match, nous ne savons que trop combien les conclusions fermes, définitives et irrévocables sont sans valeur.
Alors si on ne sait rien, si même les milieux autorisés disent tout et son contraire, Coluche, l’enfoiré, nous susurre d’outre-tombe qu’on devrait être autorisé à fermer notre gueule.
Bon.
Ok. Que je ferme ma gueule, pas de problème.
(Silence)
(Puis toute petite voix) Nan parce qu’il y a des mecs, tu leur dis de fermer leur gueule, et ils continuent à parler. Les mecs. Alors que moi…
(Silence)
N’empêche, j’en tente une.
De conclusion définitive, j’veux dire…
Avec une telle défense, on est sûr de descendre.
Des fois que certains ne seraient pas convaincus, j’ai quelques billes pour stigmatiser nos boulets de derrière : après 31 journées, les Verts ont encaissé 61 buts. J’arrondis, comme mon vendeur de pommes au marché, ça nous fait du 2 buts par match. Et avec ça il prendra quoi ? Ben un bon coup au moral pour commencer, car dit comme ça, déjà ça calme. Mais, attendez, c’est pas là, c’est pas là !! Trifouillant dans ma mémoire, je constate avec effroi que parmi les descentes que j’ai vécues, aucune ne nous avait à ce point fait exploser les pires records en la matière : en 1984, 18è et barragiste, l’ASSE de Carrot and co n’avait encaissé « que » 52 buts en 38 matchs. Douze ans plus tard, celle de Manucci et cie avait fini 19è et encaissé 59 buts.
En 2001 enfin, 17è (sur 18) l’équipe de Fellahi (ah Fellahi … quel sacerdoce de supporter ce club) avait bouclé l’exercice des faux passeports avec 56 pions dans ses filets.
Il faut remonter à la saison 1966 pour trouver une défense verte plus poreuse, avec 62 buts à l’issue du championnat. Ne pas exploser ce millésime alors qu’il nous reste 7 matchs à disputer semble illusoire. Alors on relance encore la machine à explorer le temps et on s’arrête à 1947. Oui 1947 ! La 4ème République, Vincent Auriol, Ignace Tax, Winston Churchill, Kader Firoud, Staline, René Alpsteg.
La pire défense de notre histoire en première division avec 84 buts encaissés, mais une 11è place, car l’attaque avait été à la hauteur avec 71 buts inscrits.
Mais revenons à nos … chèvres qui n’étaient pas nées en 1947. Ni en 1966. Si si je vous assure Mangala n'était pas né en 1966. Il n’avait encore ceinturé personne, même pas son cordon à l’époque. S’agissant d’établir des vérités, parmi les penseurs du foot, il en est un qui, lui, est autorisé à l’ouvrir, sa gueule, rapport à son palmarès c’est Alex Ferguson. Un jour il a balancé ceci à un journaliste : avec une bonne attaque, on gagne des matchs, avec une bonne défense, on gagne des titres. Paf ! Aussi efficace qu’un corner des Hammers, tout est dit Sheringham !
Sur mon vélo, commençant légèrement à transpirer sous l’effet conjugué du pédalage (aucune descente n’est infinie, message d’espoir à méditer au passage) et du stress de fin de saison, je me suis dit qu’on pouvait tenter d’inverser la proposition, ce qui pourrait donner : avec une mauvaise attaque, on gagne peu de matchs, avec une mauvaise défense, on descend.
Voilà, CQFD. Pour ceux qui auraient encore des doutes et des penchants maso, jetez un petit coup d’œil dans le rétro à nos deux derniers matchs qui, pour le coup, l’ont illustrée avec fracas.
Illustrée quoi ? Ben la théorie sur la défense. Tain ces lecteurs, c’est comme la défense verte face aux attaques lorientaises, y en a trois qui suivent. M’en fous j’ai les noms ! rétorque Dupraz, lucide sur les errances de son arrière garde. Evidemment qu’il les a, lui qui dans son pari de Pascal avait décidé de les recoucher sur la feuille de match au Moustoir malgré les trous d’air de Geoffroy cinq jours plus tôt. Pari de la confiance renouvelée à ses cadres, dont deux d’entre eux avaient déja largement sombré dans le Chaudron. Au passage -clouté- je me confesse à moi-même que j’étais pas loin de le valider son pari, considérant que, dans sa logique de management des hommes, dans sa volonté de diffuser de la confiance à ses joueurs, l’idée était cohérente.
Si je le croisais au feu la maison -verte- qui brûle, je lui dirais que c’était bien essayé, que j’y ai cru, qu’on y a cru, que le tout est désormais de ne pas s’entêter.
J’ajouterais en m’impatientant devant le petit bonhomme rouge, qu’à la veille de ces deux matchs essentiels, sinon définitivement décisifs, il le sait au fond de lui, lui dont les hommes et le système ont dramatiquement failli, qu’on descendra si rien ne change derrière. Je lui parlerais de ce choix à faire. Ce choix que tous les entraîneurs de toutes les équipes de toute l’histoire du foot ont un jour dû faire : sacrifier les coupables pour éviter de sombrer définitivement, ou compter sur leur supposée (qui a dit illusoire ?) force de caractère pour relever le challenge.
Enfin, le feu passant au vert, remontant sur mon biclou, je prendrais congé en lui lançant que je prends le pari, que cette fois-ci il renoncera au statu quo.