Les protégés de Laurent Batlles sont sur le point de démarrer leur nouvelle saison, en Ligue 2, dans un système tactique peu habituel, qui nécessite quelques explications.


Comme il y a deux ans avec Troyes en deuxième division, l'entraîneur stéphanois semble vouloir utiliser un système tactique qu'on peut décrire comme 3-5-1-1, ou même 3-1-4-1-1 si on veut être plus précis :
 
 
Une défense à 3. Deux pistons, les seuls joueurs de couloir. Un milieu à 4 disposé en losange, avec un milieu défensif (sentinelle), un offensif (le "10") et deux relayeurs. Et un seul avant-centre.
 
Ce système est une combinaison de deux autres, plus classiques, le 3-5-2 et le 4-4-2 losange, le but étant  de s'appuyer les points forts de chacun. 
 
Dans un 4-4-2 losange la densité axiale permet un pressing efficace dans le coeur du jeu et un jeu de possession, la proximité des milieux offrant plusieurs circuits de passes possibles. Par contre, dépeuplé dans les couloirs, le système nécessite une couverture efficace de la part des milieux relayeurs (ou avant-centres) pour soutenir les latéraux. En phase défensive, l'adversaire peut se créer des espaces dans le bloc en renversant le jeu régulièrement - le système n'est pas fait pour bien couvrir toute la largeur du terrain au niveau des milieux. En phase offensive, le jeu peut être facilement neutralisable dans l'axe si les latéraux, les milieux relayeurs ou les offensifs n'apportent pas suffisamment de solutions sur la largeur.
 
Dans un 3-5-2 classique il y a une bonne couverture de la largeur, soit au niveau des défenseurs (défense à 5), soit au milieu (défense à 3, milieu à 5). C'est un système qui offre des garanties à la perte du ballon, car il y a une sentinelle devant les défenseurs et l'espace dans le dos des latéraux peut être couvert par les défenseurs. Comme tout système à un seul joueur par couloir, il y a un risque d'infériorité numérique sur les ailes, défensivement et offensivement. En fonction des profils utilisés ce système peut devenir très défensif, avec seulement deux joueurs offensifs sur le terrain, livrés à eux-mêmes dans les 20 derniers mètres.
 
Dans un 3-1-4-1-1 on retrouve ainsi les caractéristiques du losange au milieu, un système qui prône un jeu de possession, combiné avec la sécurité défensive à la perte du ballon offerte par une défense à 3. Par contre, les inconvénients qui découlent de la présence d'un seul joueur de couloir restent bien présents. La capacité des pistons à bien tenir et animer leur côté et la compensation des milieux deviennent critiques pour ne pas s'enfermer dans l'axe en phase de possession et ne pas subir dans les couloirs sans le ballon.
 
Ce niveau système des Verts implique l'utilisation d'un seul avant-centre et non deux comme dans les deux autres systèmes classiques. Ceci permet d'avoir plus de sécurités défensives par rapport à un 4-4-2 losange ou plus de possession qu'un 3-5-2. Mais moins de présence devant les buts, sauf si les pistons et milieux se projettent.

Les rôles clés

Tous les postes sont importants, bien sûr. Mais pour que cette approche tactique soit une réussite, il faut des joueurs capables de bien animer leurs rôles respectifs. 
  • L'avant-centre doit être efficace, car il peut souvent se retrouver seul dans la surface. Sinon, on risque d'assister à une large possession stérile
  • Les deux joueurs de couloir sont des ailiers, pas de défenseurs. C'est assez rare qu'ils descendent au niveau de défenseurs (pour une défense à 5), ils ont surtout un rôle offensif, soit pour déborder et centrer, soit pour rentrer dans le coeur du jeu et épauler leur avant-centre dans la surface. Néanmoins, ils doivent tenir seuls leur couloir, la capacité de répéter les efforts est importante, comme dans tout système à base de pistons
  • Les défenseurs doivent bien s'entendre, car ils sont obligés de couvrir à 3 toute la largeur du terrain, donc de bien coulisser ensemble. De plus, comme ce système prône une possession dans la moitié adverse, donc une défense haute, il est important qu'ils arrivent à bien gérer les transitions défensives
  • Les milieux sont la clé de l'animation offensive, car l'idée est de concentrer le jeu dans l'axe, avec une maîtrise technique importante. La capacité à multiplier les appels et à combiner dans des petits espaces sans perdre le ballon est critique. Mais ils sont aussi très importants pour combler les "manques" de leurs coéquipiers:
    • une projection vers l'avant, pour apporter le surnombre nécessaire autour de la surface
    • des relayeurs qui peuvent s'excentrer pour bloquer les couloirs
    • une sentinelle capable de bien couper les angles de passe, car ses défenseurs risquent d'être écartés
Le mercato n'est pas encore fini, dans les deux sens, des départs et des arrivées, il est encore tôt pour dire si l'effectif stéphanois est bien constitué pour animer ce système. De toute façon, il faudra du temps pour le peaufiner, il n'est pas facile à maîtriser. Et même quand ça sera le cas, il aura toujours des points faibles, qui semblent être assumés par l'entraîneur, comme il nous le déclarait en novembre dernier : "la faiblesse du système que j’ai mis en place, mais c’était assumé, c’est le déséquilibre. Vu comme on jouait offensivement, on était par moment en gros déséquilibre derrière"
 
Il faudra donc avoir de la patience pour voir les principes de jeu voulus se mettre graduellement en place, mais aussi de la confiance dans le staff pour faire les ajustements nécessaires si c'est pas le cas. En attendant, on espère que les informations ci-dessus permettront aux supporters des Verts de mieux comprendre les matchs de leur équipe, en commençant par le premier de la saison, ce samedi.
 
Allez les Verts !