... avant de complètement craquer et encaisser six buts à Lorient...
Le titre et l'introduction disent tout, et Pascal Dupraz dans son analyse d'après match cible explicitement l'investissement de ses joueurs, qui se sont cru arrivés. Pourtant, tactiquement, c'était bien vu, car les Verts ont étouffé leurs adversaires. Littéralement, les Lorientais ne sont pas sortis de leur propre moitié avant d'encaisser le premier but et le pressing haut et la possession du ballon (60% pour l'ASSE jusqu'à la 25e minute) ont permis aux Stéphanois de mener 2-0 sur la pelouse d'un concurrent direct.
Alors, qu'est-ce qui s'est passé à partir de cette 25e minute pour que tout s'écroule ? Tout simplement, les Verts ont arrêté de jouer : passes ratées et duels manqués ont fait basculer la possession dans le camp adverse - 64% entre le deuxième but stéphanois et le premier but lorientais, jour et nuit avec le début du match. Ce qui en soi n'est pas un problème, sauf que les protégés de Pascal Dupraz n'avaient l'air de vouloir former un bloc équipe pour bien défendre.
La comparaison avec le match précédent, contre Marseille, s'impose. Le même système de jeu, un 5-2-3, avec quasiment le même 11 de départ, seulement deux changements effectués, Moukoudi prenant la place de Camara en défense et Aouchiche celle de Zaydou au milieu. Par contre, le bloc équipe n'a pas été le même. Contre Marseille, Bouanga et Nordin tenaient les couloirs, aidant les milieux à couvrir toute la largeur - un 5-4-1 donc. Contre Lorient, ça n'a pas été le cas, les Verts ont refusé de former un bloc et leurs adversaires ont bien profité des espaces.
Par exemple, à la 25e minute, on voit bien l'opposition tactique 5-2-3 contre 4-3-3 :
Les 3 attaquants lorientais sont surveillés par les trois défenseurs centraux, mais les milieux stéphanois ne servent à rien, car les deux relayeurs adverses se sont excentrés, dans la zone des pistons. Et comme Bouanga et Nordin pressent les centraux adverses, les couloirs sont libres et le latéral gauche peut monter avec le ballon.
Il joue plus haut, avec son milieu axial - excentré. Un attaquant décroche, suivi par Moukoudi avec un peu de retard, ce qui lui permet de se retourner. Il n'y a pas de déséquilibre, les deux autres attaquants sont pris par Mangala et Nadé, mais aucun Stéphanois n'arrive à bloquer le déplacement avec le ballon. Ainsi, Gourna, Aouchiche et Moukoudi sont éliminés...
.. et Nadé quitte son adversaire pour bloquer la progression. Mangala couvre, la passe en profondeur est parfaite... et Bernardoni retarde l'échéance.
Un autre exemple, quelques minutes plus tard, voit de nouveau le latéral gauche progresser dans son couloir, sans opposition. Sur cette action Moukoudi et Nadé avaient changé de place (en suivant leurs adversaires directs), mais sinon les Verts sont en place :
Le Lorientais excentré à gauche est un attaquant, pas un milieu axial comme dans l'exemple précédent. Il reçoit le ballon et joue en arrière avec sa défense. Le but est de changer de côté pour faire coulisser les Stéphanois...
... surtout la paire au milieu. Car Aouchiche et Gourna sont seuls sur leur ligne et il y a des adversaires à l'opposé, un milieu axial et le latéral. Les Verts coulissent...
... mais pas très bien. Les trois offensifs ne s'occupent pas des milieux derrière eux. Kolo est au marquage du latéral (normal, c'est le seul joueur dans le couloir), mais change d'avis et sort ensuite sur le milieu axial qui s'excentrait lui aussi, dans le dos de Gourna. La passe est en profondeur, dans le dos du piston stéphanois, c'est Moukoudi qui doit couvrir, mais il est trop court. Et sur une simple phase de possession et changement de côté, le tour est joué :
Mangala et Nadé suivent le seul attaquant adverse qui se projette dans la surface, il n'y a personne pour prendre l'autre attaquant, qui reste en retrait, les milieux n'ont pas fait l'effort. Heureusement, il rate sa frappe... avant d'inscrire un doublé plus tard.
Conclusions
En plus des éléments contraires comme la blessure de Crivelli à l'échauffement ou les deux cartons jaunes pris en 36 secondes par Neyou 6 minutes après son entrée en jeu, l'abandon des joueurs est le plus inquiétant. Perdre chez un concurrent direct est mauvais, perdre si lourdement et en affichant ce visage, est terrible. Mais surtout, c'est le discours de Pascal Dupraz d'après match qui inquiète le plus, car si les joueurs ont abandonné et n'ont plus envie de se battre, c'est fini. Le prochain match, à domicile contre Brest, montrera s'il a raison ou s'il y a encore un peu d'espoir pour le maintien...