Bernard Caïazzo s’est toujours imaginé en visionnaire et grand penseur du football.


A l’époque où il s’exprimait beaucoup – qui a dit que ça nous manquait ? – et où il faisait semblant de s’intéresser au sort des Verts alors enlisés en d2, n’étant qu’un candidat au rachat du club en ce mois de mars 2003, mais faisant déjà le malin, il avait lancé : « Le grand danger est que Bompard ne comprenne pas que le club a besoin d'autre chose. S'il reste, il finira comme Néron dans Rome en flammes et le club disparaîtra. »

18 ans après, que dire sinon un bien senti Tu l’as dit, bouffi !

 

Puisque la mémoire reste notre meilleure alliée à l’heure des (règlements de) comptes, rappelons au passage que quelques mois plus tard, son affaire faite, il avait écrit au maire une jolie lettre dans laquelle il s’engageait à ne pas faire de plus-value le jour où il revendrait ses parts du club.

Ca tombe bien, il est l’heure. Allez hop hop hop, faut pas trainer là, Monsieur !

Pas trainer là.

Car c’est fini. Les Verts vont, sauf miracle totalement improbable (pléonasme), mettre fin samedi au long supplice qu’aura constitué cette saison et ainsi refermer une page de 18 ans dans l’élite.

 

18 ans qu’on pourrait résumer hâtivement en une montée progressive dans la hiérarchie du foot français suivie d’une chute brutale (la 4ème place de Gasset ne date que de 3 ans !). 18 ans et 11 coachs. 18 ans et tant de directeurs généraux. 18 ans et les mêmes présidents, toujours, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il Saint-Étienne coupe d’Europe ! ou qu’il On veut une équipe digne de son public !

18 ans de stabilité donc, à la tête de l’ASSE avec, en théorie, tous les bienfaits que cela aurait dû engendrer : un savoir-faire dans la gestion du club qui s’affine, une influence grandissante dans les instances, une maîtrise chaque saison plus grande des clés de la réussite sportive et une connaissance affirmée des pièges grossiers à éviter.

 

Tout est dit. Je pourrais m’en tenir là non ?

Non. Par masochisme ou réflexe cathartique, reprenant mon petit Gainsbourg illustré, après avoir touché le point sensible je décide de m’y attarder.

D’ailleurs, à la réflexion, le masochisme ou la catharsis n’ont rien à voir là-dedans. Il s’agit surtout de détailler, d’argumenter, de montrer puis démontrer pour qu’enfin tout le monde et d’abord les principaux intéressés, enfin, réfléchissent, et qui sait ? dans un élan de lucidité, cheminent vers le seul choix qui s’impose : le départ, sans condition et sans délai.

 

On pourrait certes endosser encore une fois, une dernière, l’habit de l’avocat du(des) diable(s) et rappeler que sous la direction de Roro et Bozzo, le club a retrouvé l’Europe. On pourrait encore, par faiblesse ou fatalisme, considérer qu’un championnat ouvert suppose chaque saison que 3 équipes sur 20 chutent à l’étage en dessous. Et qu’il n’est donc statistiquement par déconnant que ce soit un jour notre tour. Même qu’on appellerait ça la glorieuse incertitude du sport si on veut y voir une noblesse, plus prosaïquement la lose si on veut y voir une malédiction, plus raisonnablement un aboutissement logique quand Brok et Chnok dirigent notre club.

Pis 3 sur 20, c’est 15% ! C’est pas rien 15% ! me soufflent, lasses, Valérie et Anne, autre doublette de choc récemment déchue et déçue.

On pourrait se dire tout cela. Mais en fait non. Non, car depuis si longtemps tous les suiveurs, qu’ils soient supporters passionnés ou fins connaisseurs du ballon, ont toujours eu l’impression dans les moments glorieux, d’une réussite ne tenant qu’à un fil et dans les moments de crise, d’une fin prochaine.

Tous avaient raison. Tous avaient vu clair. Depuis le début et cette charte qu’un élève de CM2 aurait pu pondre et qui, pour l’éternité, vaudra à son auteur le surnom de clown, nous pressentions que tout cela finirait mal.

Nous le pressentions au fond, malgré ces 18 saisons qui, insensiblement, ont pu nous laisser croire qu’on était là pour toujours, qu’on l’avait décroché ce statut de taulier de l’élite. Il y a eu, toujours, ces doutes originels et à côté, diffuse et insensée au regard de nos 17ème places (2009, 2010, 2020) cette croyance qu’on pourrait échapper au pire.

Mais voilà ite missa est comme dit le pirate d’Astérix lui aussi condamné à sombrer encore et toujours.

Il y avait eu pourtant cette sonnette d’alarme, cet avertissement de l’après Galette avec une situation rétablie par la grâce de JLG et d’un recrutement XXL. Personne, parmi les commandants de ce Costa Concordia du ballon, n’en a tiré aucune leçon. Non, bien au contraire, les mêmes erreurs se sont reproduites à un rythme accéléré.

Dans la vraie vie le commandant du Costa Concordia avait fui avant de sombrer. Dans notre malheur les clowns, eux, regardent le bateau couler en silence mais ne lâchent pas le gouvernail.

Anto, dont le départ en juin 2004 fut à la fois un déchirement et le péché originel de cette direction avait balancé une fois parti : « je n'ai pas de regrets car je n'aurais jamais pu travailler avec des gens comme ça ». Il n’est pas utile d’aller fouiller bien profond le passé pour se rappeler que tour à tour Galtier, Garcia puis Gasset ont eux aussi fini par ne plus pouvoir travailler avec des gens comme ça.

Bien entendu, au soir de cette saison personne n’imagine, face à ce terrible fiasco, exonérer les deux coachs et les joueurs qui nous y ont conduit. Les seules lunettes nettoyées par nos joueurs furent celles de Bernardoni, et l’incroyable et historique faiblesse de nos défenseurs restera pour longtemps un marqueur de cet annus horribilis.

Néron et ses pieds carrés ont achevé le club.

Au moins les joueurs auront-ils le bon goût de partir, pour la plupart, laissant ainsi la possibilité d’une page blanche et qui sait d’une belle histoire sportive à écrire. Car dans ce destin d’éternel maudit qui est le nôtre au moins pouvons nous nous raccrocher à notre faculté, historiquement démontrée, à nous relever de tout, toujours.

 

 

Pour les dirigeants, aucune certitude hélas. Pourtant pour ce projet table rase qui est notre seule lumière au bout du tunnel, leur départ, le plus rapide possible, est une absolue nécessité.  Sinon ? sinon, méfiance, quand on creuse à Sainté, on n’est jamais à l’abri de descendre encore plus bas qu’imaginé.