Parce que nous considérons, à Poteaux Carrés, qu’au-delà de son palmarès et de son histoire, ce qui caractérise d’abord Sainté est la passion unique qui fait vibrer le Chaudron et tous les stades en France, et parce que Green Angels et Magic Fans sont depuis plus de trente ans, les plus solides vecteurs de cette passion, nous lançons une pétition contre la menace de dissolution brandie contre toute logique par le Sinistre de l’Intérieur.


Lutter contre la violence est un projet louable, personne ne le conteste. On pourrait en revanche disserter longtemps sur ce qui gangrène le football, et on aurait peu de peine à démontrer que la violence est loin d’être la menace n°1.

On pourrait tout aussi longuement démontrer, pour y traîner nos guêtres, notre blues et notre ivresse depuis plus de 45 ans, que la violence n’est pas plus présente dans le Chaudron en 2025 qu’en 1980, et qu’il fait bon y venir en famille pour voir un bon match (parfois) et vivre des émotions incomparables (toujours).

Mais lorsque calcul politicien et bêtise crasse se conjuguent pour fomenter un si néfaste projet, l’urgence commande de servir à ces esprits simples une démonstration simple, presque scolaire, de l’aberration de leur initiative.

 

1/ Un momentum insensé

Il y a eu d’abord la surprise. L’incompréhension. Malgré une saison sportive parmi les pires qu’on ait connue, nul débordement n’a été relevé à Geoffroy comme dans les parcages à l’extérieur. Un élément remarquable, exceptionnel au sens premier du terme pour qui a de la mémoire et se souvient, que du bus du club contraint de faire marche arrière sur une bretelle d’autoroute en 1996 aux fumigènes lancés sur la tribune d’honneur en 2022, la colère des ultras peut être terrible quand l’équipe sombre.

Le comportement des Magic et Green est d’autant plus exemplaire que la Ligue, dans sa logique délétère du tout répressif, continue de son côté à distribuer généreusement des huis clos partiels du stade, 4 huis clos en 12 matchs joués à GG avant la réception du QSG, pour sanctionner l’utilisation festive de fumigènes.

Sanctions, répression, dissolution riment plus que jamais avec incompréhension : dans quel monde, dans quelle société, punit-on ceux dont le comportement s’améliore ?

 

2/ Le refus suicidaire de dialoguer

Par son retrait symbolique des discussions avec la DNLH (Division Nationale de Lutte contre le Hooligansime), l’Association Nationale des Supporters (ANS) vient de faire le constat amer de l’impossibilité de tout dialogue constructif avec le ministère. Rien de neuf, hélas, dans cette impression depuis de trop longues années qu’un dialogue de sourd, éminemment regrettable, se joue entre les supporters et les politiques, ces derniers ne voyant les premiers que comme des hooligans décérébrés et ne concevant comme approche du sujet que celle de la répression collective systématique.

S’il était nécessaire de démontrer à quel point cette vision très courte vue des supporters est aussi fausse que contre-productive, il suffirait de rappeler à nos gouvernants le fiasco absolu de leur gestion de la finale de Ligue des Champions au stade de France et le traitement honteux des supporters des Reds. L’image déplorable donnée par la France à l’occasion d’un événement d’envergure mondiale aurait dû servir d’électrochoc.

On aurait pu espérer que de ce triste épisode naisse un salutaire sursaut, qu’enfin un peu de subtilité s’insère dans la gestion des supporters en France. Las, rien n’a changé, et à Sainté plus qu’ailleurs on est parfaitement placé pour déplorer que les mêmes remèdes inefficaces sont utilisés pour soigner ce qu’il faudrait un jour cesser de ne voir que comme une maladie : la passion des supporters.

 

3/ Le rejet incompréhensible de ce qui rassemble, de ce qui fait société

On le déplore, on en rirait presque tellement c’est parfois caricatural, si ça ne nuisait pas à nos groupes : le traitement par les médias, tous les médias, y compris ceux supposés s’intéresser à la question, du mouvement ultra en général de nos deux groupes principaux en particulier reflète très mal la réalité de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font.

Comme l’a joliment expliqué l’athlète paralympique Milena Surreau, dans une société qui se fragmente de plus en plus chaque jour, le stade, notre stade est un phare dans la nuit. La nuit dans laquelle s’enfonce une société qui craque de tous côtés. On se divise, on s’invective, on se fracture, on se replie, chacun derrière son petit écran à défendre son petit intérêt. Celui qui a vécu le printemps 2024 et ses 8 guichets fermés consécutifs le sait : nul autre lieu dans notre département que le Chaudron n’a rassemblé dans la communion, la fierté, l’espoir et la joie 40 000 personnes, de milieux sociaux si différents, tous les quinze jours. Dans quel domaine atteint-on un tel niveau d’ivresse collective, sans connaître aucun débordement ? Si on peut pointer du doigt des actes répréhensibles, quand il y en a, que pèsent-ils au regard de ces 8x40 000 personnes se déplaçant pendant deux mois dans une fête répétée ? Quand certains, bien à l’abri dans leurs grosses commissions, font le décompte des fumigènes et des bourre-pifs, ne devrait-on pas leur opposer la mesure de la croissance du BIB, le Bonheur Intérieur Brut généré par ces mémorables soirées à GG ?

Pourquoi, de la Ligue jusqu’au ministère, ne trouve-t-on pas le même zèle pour saluer toutes les initiatives solidaires portées par les Magic et les Green, contre le Cancer, la Précarité et autres fléaux de nos sociétés ?

Pour ceux qui, comme nous, par passion pour ce club, et sans faire partie de ces groupes, suivons de près leur actualité chaque semaine, ne pas voir en eux d’abord et avant tout des animateurs positivement engagés pour leur club, mais au-delà, pour leur ville ne peut, au choix qu’être mis sur le compte de l’incompétence ou de la malhonnêteté intellectuelle.

 

4/ Le syndrome du pompier pyromane

Quand on prétend défendre l’ordre et la sécurité comment peut-on proposer une mesure qui générera le désordre ? Comment peut-on imaginer qu’une dissolution ne serait pas vécue comme une énième injustice, une déclaration de guerre ? Quoi de mieux que ce sentiment d’injustice, ce goût amer de l’acharnement pour mettre le feu aux poudres ?

Nos groupes sont matures, ont de l’expérience. Savent quand ils ont fauté. Savent aussi quand ils font des efforts, comme c’est le cas cette année. Et observent ce qui se passe ailleurs. Observent ainsi ce supporter stéphanois passé à tabac par une dizaine de courageux supporters lyonnais à sa sortie des cours en février dernier. Observent les saluts nazis en tribunes, les débordements racistes récurrents à 60 km de là. Comment comprendre dès lors cette menace de dissolution ? Comment ne pas voir un nauséabond deux poids, deux mesures ? Quelle en est la logique ? Y aurait-il d’un côté une complaisance assumée à l’égard de dérapages racistes odieux et de l’autre une sévérité hallucinante à l’endroit d’associations qui peuvent légitimement penser que leurs efforts pour maîtriser tout risque de débordement, pourtant efficaces, ne sont pas reconnus ?

Qui imagine que le peuple vert acceptera sans broncher une telle injustice ? Qui osera dire que la mèche n’a pas été allumée par celui qui prétend maîtriser le feu ?

Après-demain, les Verts reçoivent le PSG, dans un match dont on aurait déjà eu du mal à percevoir l’enjeu sportif en temps normal. Le football français et ses tristes dirigeants ont depuis longtemps vendu leur âme au diable et bradé l’intérêt de la compétition contre de chimériques retombées. Tout cela avec la bénédiction de ces mêmes Politiques bien moins regardants sur la prise en main du sport n°1 en France par un état étranger que sur quelques turbulences en tribune.

Ne pas tout faire pour s’opposer à cette dissolution serait à la fois accepter que l’honneur et la grandeur de ce club soient piétinés mais également entériner l’acte de décès de notre déja bien malade football populaire.

Ce foot qu’on aime, et dont il subsiste encore contre vents, marées et branlées quelques traces, les plus belles, derrière les buts, debout, torse nu sur les grilles de Geoffroy.

Oui, en signant cette pétition, chacun de nous l’affirme haut et fort : on sera toujours là.