Masquant au moins temporairement l’analyse sportive du match face à Monaco, l’anniversaire des Green Angels et ses conséquences, si tristement prévisibles, divisent et fragilisent l’ASSE.
Chacun d’entre nous vit son rapport à Sainté à sa façon. De celui dont le soutien au club n’est jamais affiché dans la semaine, et à peine plus marqué les rares fois où il se déplace au stade à celui qui ne rate aucun match, met un point d’honneur à animer les tribunes et vit vert toute la semaine, il y a sans doute mille nuances.
Ce qui s’est passé samedi, cette fête exceptionnelle par son ampleur et par sa rareté, a fortement impacté le cours du match, et pèsera, au vu des sanctions déjà annoncées, dans le dénouement de cette effrayante course au maintien. Convenons d’abord pour éviter les amalgames faciles et pénibles, que ce fut une célébration et non pas des incidents, et que les seuls débordements furent festifs et jamais violents.
Ce préambule étant posé, comme souvent concernant les ultras et leurs actions, trois tendances se dessinent.
Les légalistes d’abord, tenants d’une ligne qu’on qualifiera de dure, considèrent que tout fumi allumé est une entorse au règlement, que nul n’est censé ignorer la loi, et qu’il est donc sinon souhaitable, au moins logique de punir. Pour eux les GA ont commis une faute d’autant plus impardonnable qu’ils étaient prévenus à la fois de la nature interdite de leurs actions, et des sanctions qui ne manqueraient pas de tomber.
A l’opposé, les libertaires, ultras et soutiens inconditionnels des ultras, pensent que leur liberté ne s’achète pas, que faire la fête n’est pas un crime, et qu’il n’y a aucune raison de se plier dans un stade à des contraintes supérieures à celles qu’on connaît dans la rue. Moralement, il leur semble que leur cause est juste, et qu’à ce titre rien ne justifie de se plier au diktat de la Ligue. Pourquoi faudrait-il céder à tous ces hypocrites qui tantôt se pâment devant le spectacle des tribunes, puis jouent les vierges effarouchées au premier mini-débordement ?
Les pragmatiques, enfin, raisonnent d’abord en fonction de l’intérêt du club. Ils n’ont rien contre les fumis, admettant que les accidents qu’ils ont occasionnés se comptent sur les doigts de la main depuis des décennies. S’ils peuvent parfois s’en agacer quand ils leur masquent trop longtemps le terrain, ils en apprécient le spectacle et considèrent au fond qu’ils participent de l’ambiance d’un stade qui vit et vibre, et donc de la spécificité du Chaudron. Mais au vu à la fois ce que ces fumis coûtent au club (les amendes, le manque à gagner lié aux huis clos), de la tristesse qu’ils ressentent devant un match privé de ses kops, et de la perte sportive que constitue l’absence d’un soutien populaire pour l’équipe, ils en concluent que les ultras devraient ne plus en allumer ou à dose homéopathique, à des moments intelligemment choisis.
Si on devait diviser le peuple vert, peut-être trouverait-on à parts égales ces trois avis représentés. Peut-être même, tempête sous un crâne, trouverait-on des sups qui balancent entre deux, voire trois postures, selon la situation sportive du club notamment.
Sûrement, longtemps après, je me souviendrai, du froid puis de la tristesse qui m’ont enveloppé samedi soir, seul en Henri Point. Je me rappellerai aussi avoir au cours du même match d’abord adoré les GAs pour ces somptueux tifos, puis les avoir respectés pour cette capacité à se mobiliser alors que leur club leur donne si peu de motifs de fierté depuis trois ans, enfin les avoir condamnés quand ils chantaient de plus belle durant la longue interruption au mépris du malheur prévisible auquel leurs feux d’artifice contribuaient, puis détestés quand ils ont cru bon de scander qu’ils enculaient l’un des nôtres au motif qu’il s’adonnait au tragique de répétition. Moi aussi pourtant je l’ai maudit Kolo, mais en silence. A la fois en colère, évidemment, mais conscient qu’il était indécent de tirer sur l’ambulance, que derrière le joueur, l’homme était probablement abattu dans des proportions qu’on n’imagine pas.
Durant cette longue et surréaliste interruption où une ola puis des Saint-Etienne, Coupe d’Europe ! étaient lancés par les MF, j’ai eu le temps de ressasser. De me dire qu’il fallait que tout cela finisse le plus vite possible. Que je voudrais déja être à ce moment où le bruit de la chute de l’épée de Damoclès enfin s’est tu, et a laissé la place aux projections sur la saison prochaine, dusse-t-elle nous conduire à Rodez, Pau ou Quevilly.
Comme Kolo au fond, je n’ai plus qu’une envie : que ce supplice s’achève.
Mais il reste quatre matchs. Quatre sombres perspectives, quatre occasions d’en vouloir à la terre entière. Et puis parce qu’on finit toujours par dérouler la même pelote, se dire que les Green ne sont pas responsables du niveau de l’équipe, que Kolo n’est pas responsable de la compo de départ et de la confiance aveugle, irréelle même, que lui accorde -au cou- son coach, que ce dernier n’est pas responsable des plots qu’il a en défense et de la situation déjà presque désespérée dont il a hérité en décembre, que Puel avant lui n’est pas responsable de la vente suicidaire des bijoux de famille au mépris de toute ambition sportive….
Après la colère, après la tristesse, après le néant viendra le temps de l’analyse et de la réconciliation : nous nous rejoindrons tous, tenants de la loi, de la morale, et défenseurs du club, autour du même constat, de la même injonction : Direction Démission !