David Guion revient pour nous sur la prestation des Verts contre son équipe girondine hier à Vichy (1-1) avant de nous présenter les nouveaux joueurs stéphanois Victor Lobry et Mathieu Cafaro, qu'il a entraînés plusieurs saisons au Stade de Reims.
David, qu’as-tu pensé de la prestation des Verts contre ton équipe ce mercredi à Vichy ?
La première des choses, c’est que cette équipe stéphanoise a déjà de la quantité. Laurent a pu faire tourner pas mal à travers ce match-là. On s’aperçoit qu’il commence à se dégager un 13-14 qui sera solide car ce sont des garçons qui ont pratiquement tous joué en Ligue 1 si on regarde bien. Maintenant, on sait que les caractéristiques de la Ligue 2 sont assez différentes. En tout cas Sainté aura sur le papier une très belle équipe.
Trois ans avant Laurent Batlles à l’Estac, tu as été sacré champion de L2 avec le Stade de Reims. En quoi ce championnat a des caractéristiques différentes de la Ligue 1 ?
C’est différent car le combat athlétique est très présent, des équipes comme Saint-Etienne et Bordeaux seront très attendues. C’est différent aussi car c’est un championnat exigeant physiquement. En Ligue 1 aussi mais il ne faut pas de relâchement quand on veut comme Saint-Etienne remonter.
Tu as souligné que beaucoup de joueurs ont évolué en L1 à Sainté mais certains d’entre eux comme Mahdi Camara vont très probablement partir. Par ailleurs, les trois premières recrues stéphanoises (Dylan Chambost, Anthony Briançon, Jimmy Giraudon) ont surtout un vécu couronné de succès en Ligue 2.
Oui, c’est vrai. Ce sont de bons profils pour la L2. Non seulement ils connaissent ce championnat, mais ils sont montés avec Troyes et Nîmes. Ces garçons connaissent ces exigences-là. C’est important ce vécu pour transmettre même aux garçons de Ligue 1 qui n’ont pas ce vécu là ou aux jeunes joueurs qui ont leur chance à l’ASSE.
Ton équipe nous a fait souffrir en première mi-temps mais as-tu été marqué par certaines séquences de jeu des Verts à Vichy?
Les deux équipes de Saint-Etienne – Laurent a aligné une équipe en première mi-temps et quasiment toute une nouvelle équipe en seconde période – ont essayé de mettre du monde à l’intérieur du jeu. Pour faire ça, il faut que l’équipe ait une dominante technique à l’intérieur du jeu et qu’elle ait le ballon. Ça va être tout le travail de Laurent je pense dans les semaines qui vont arriver.
Je sais que Laurent aime mettre du monde et du nombre à l’intérieur du jeu avec un jeu en losange, que ce soit à 5 ou à 4. Il faudra donc que ces garçons-là prennent beaucoup de responsabilité dans le jeu, nous on l’a vu hier. Si par contre ils ont peu moins le ballon comme on l’a vu lors de la première mi-temps, ça devient un peu plus difficile.
A peine enrôlés par Sainté, deux de tes anciens joueurs rémois ont assisté depuis les tribunes à ce match de préparation : Victor Lobry et Mathieu Cafaro. Tu connais le premier depuis dix ans !
Effectivement ! Quand je suis arrivé à Reims en 2012 pour diriger le centre de formation et entraîner la réserve, cela faisait déjà plusieurs années qu’il était au club. Je suis très heureux de ce qui lui arrive. Hier soir quand j’ai revu Victor, tout de suite je lui ai dit, presque en lui disant bonjour : « Qu’est-ce que je t’avais dit ? » Il m’a immédiatement répondu : « J’y arriverai avec le temps. »
Victor est un garçon que je connais très bien, je l’ai connu pendant pratiquement toute sa formation, sachant qu’il était déjà au club et au Pôle Espoirs de Reims lors de sa préformation. Avec Victor, on a gagné beaucoup de choses ensemble. Je l’ai eu plusieurs saisons avec moi en réserve et il a aussi fait partie de l’équipe finaliste en Gambardella en 2014 contre Auxerre.
Tu sais, quand on est formateur et directeur de centre, il y a des gamins qu’on a vraiment envie de voir réussir. Victor était de ceux-là. Mais il avait une maturation lente donc c’était difficile pour lui. Il n’était jamais mis en avant parce que sa maturité était encore un petit peu en retard par rapport aux autres. Il y avait toujours des garçons qui étaient plus mûrs que lui dans le jeu. Mais on a beaucoup répété à Victor d’être patient. Il s’est entraîné quelquefois avec les pros. Moi je l’ai pris quand j’ai récupéré les pros aussi. Mais il y avait encore un fossé trop important lié à sa maturité retardée.
Mais comme Victor est un garçon très déterminé, très volontaire... Je lui ai dit : « Victor, il faut que t’aille te faire une expérience, aller chercher de l’expérience deux ou trois ans au niveau amateur et je suis convaincu que tu vas rebondir. Tu vas arriver au monde pro un peu plus tard que les autres, c’est ton chemin ! Il y en a qui sont mûrs à 17, 18 ou 19 ans, toi ça arrivera un peu plus tard. Peut-être à 22 ou 23 ans, après avoir joué quelques saisons en amateur. »
C’est exactement ce qui se passe. Après avoir joué à Limoges, Tours et Avranches, Victor s’est affirmé au Pau FC et jouera désormais pour Sainté. Quand on s’est vu hier, il m’a dit : «J’y suis, arrivé coach, par contre ça a été un peu long ! » Chacun a son chemin, Victor a mis le temps et aujourd’hui il est dans un grand club français. Vous allez découvrir un garçon avec un état d’esprit exceptionnel, qui a beaucoup de volume et va vraiment tout donner pour le maillot vert, j’en suis convaincu !
Victor est un milieu de terrain polyvalent ?
Je te le confirme, il est capable de jouer partout au milieu de terrain. De par son volume, de par sa technique, je le faisais jouer en 8. Victor aime courir, il était capable de faire du « box to box » comme on dit. Et avec son pied gauche, il était très intéressant. Ça lui permettait aussi de remplir son bagage technique à tous les niveaux. Comme il manquait un tout petit peu de vivacité dans la densité il était par moment un peu en difficulté. Je pense qu’il s’est amélioré là-dessus aussi.
A Pau j’ai vu que Didier Tholot le faisait jouer plus haut. Victor n’a pas obligatoirement de grandes qualités de finisseur mais il sera toujours là pour amener du surnombre dans la surface, il arrivera en deuxième rideau. Il arrivera éventuellement pour se proposer ou pour faire des fausses pistes pour ses partenaires. Victor est vraiment un coéquipier, c’est véritablement un joueur d’équipe.
Quelles sont les qualités fortes de Victor mettrais-tu en exergue ?
Sa qualité forte, son parcours en témoigne, c’est qu’il ne renonce jamais. Ça c’est la première chose. Victor a du caractère, il a du volume. Et techniquement, il a toutes les bases qu’il faut. Ce n’est pas un énorme joueur technique mais il a tout ce qu’il faut.
Que lui a-t-il manqué à Reims pour passer pro ?
Il manquait un peu de changement de rythme, il était un peu monocorde. Victor faisait un peu tout à la même allure en fait. Il lui manquait encore de s’épaissir, tout simplement, et de se créer de l’expérience à travers des matches d’adultes. Parfois on faisait des matches, il n’était même pas fatigué à la fin. Il lui manquait clairement quelque chose à ce moment. Mais c’était un bon jeune qui a su en N2 puis en N1 se montrer pour avoir sa chance dans le monde pro. Sa grande force a été de ne pas renoncer. Beaucoup renoncent mais quand Victor est parti de Reims à 22 ans, il est allé chercher de l’expérience.
Didier Tholot nous a dit qu’il avait fait jouer Victor Lobry en 10. A ton avis, à quel poste Laurent Batlles va l’utiliser ?
Si Victor joue en 10, ce ne sera pas obligatoirement un garçon qui va se transformer en deuxième attaquant. Par contre, en 10, il va revenir dans le bloc, il va revenir aider les partenaires. Victor c’est un 10 milieu de terrain, ce n’est pas un 10 attaquant. S’il faut se mettre sur une sentinelle adverse et amener après du surnombre, là c’est parfait ! La sentinelle, vous ne la verrez pas et Victor amènera du surnombre. Pour qu’exploite vraiment ses qualités, je pense qu’il prendra un côté du losange mis en place par Laurent.
Victor a 27 ans mais c’est encore un jeune joueur dans le monde pro, il s’apprête à jouer sa 3e saison de L2. Tu le vois à terme évoluer plus haut ?
Oui, oui, Victor a les qualités et la trajectoire d’un joueur qui a de bonnes chances de jouer dans l’élite. Imagine le caractère qu’il faut pour qu’à 27 ans, on le retrouve enfin dans un grand club français. C’est qu’il a beaucoup bossé, Victor travaille beaucoup. Avec ce caractère-là, il va continuer à avancer d’autant plus qu’il va être entouré de très bons joueurs. Plus il sera entouré de bons joueurs, meilleur il sera ! Victor est en train de monter, à chaque fois il monte des échelons et se met à niveau. Comme à Saint-Etienne il y aura encore des meilleurs joueurs, je pense qu’il peut encore franchir un palier.
Quels sont ses axes de progression ?
Victor a déjà bien progressé à Pau mais je pense qu’il doit encore travailler au niveau de ses changements de rythme. Je pense qu’il est également perfectible dans la surface. De temps en temps, il a tendance à se précipiter. Victor doit avoir un peu plus de relâchement dans les vingt ou trente derniers mètres.
Victor Lobry a quitté le Stade de Reims en 2017 et n’aura donc pas joué avec Mathieu Cafaro, arrivé cette année-là en Champagne à l’âge de 20 ans.
Tout à fait. Mathieu a eu un parcours très différent de celui de Victor car il est passé pro au TFC à 19 ans et c’est à cet âge-là qu’il a joué avec Toulouse ses premiers matches de L1 [sous les ordres d’un certain Pascal Dupraz, ndp2]. On l’a récupéré car à Toulouse il s’est retrouvé en difficulté suite à un problème extrasportif [il a été licencié pour avoir été impliqué avec Edouard Odsonne dans une sombre histoire de tir avec un pistolet air soft ayant blessé un passant, ndp2].
Sa première année au Stade de Reims, il a fallu mettre Mathieu dans les exigences de travail. Il devait surtout rattraper quelques retards qu’il avait au niveau physique, au niveau athlétique. Il n’a dû faire qu’une ou deux apparitions cette saison là avec moi en Ligue 2, Mathieu jouait régulièrement avec la réserve en National 2. Il se trouve que j’avais une équipe qui marchait très, très bien car on a fini la saison champions de France de L2. Il n’y avait pas énormément de place à se faire car les 12 ou 13 étaient vraiment très performants.
S’il n’a pas réussi à gratter beaucoup de temps de jeu la première saison, il a su s’imposer la saison suivante en Ligue 1. En Ligue 2 on avait Marvin Martin qui était très présent dans le vestiaire, il était très présent auprès de Mathieu aussi. Je pense qu’il lui a fait du bien dans son travail. Il a beaucoup, beaucoup bossé. Lui aussi a eu une grosse volonté pour renverser les choses. Il a eu sa chance, il l’a saisie.
Mathieu est un garçon intéressant car lorsqu’on voit son physique, on est loin d’imaginer ça mais c’est un joueur qui met énormément d’intensité dans tout ce qu’il fait. Il est capable de sprinter, il est capable de répéter les sprints, il est vraiment capable de déséquilibrer par de la répétition de sprints son adversaire. Techniquement, il a vraiment un don de pied qui lui permet d’être très performant sur les frappes. Il a un très bon profil.
Tu le faisais jouer à quel poste ?
Nous on était en 4-2-3-1 ou en 4-4-2 et il jouait dans le couloir gauche. Comme Mathieu a beaucoup de volume et beaucoup d’intensité, il animait au Stade de Reims le couloir gauche offensif, ça lui permettait de centrer mais aussi beaucoup de revenir intérieur et de se mettre en position de frappe, de s’ouvrir des angles. C’est surtout dans ce registre-là que je l’ai fait jouer. Je l’ai aussi fait un peu jouer en relayeur la dernière saison car j’avais besoin d’une touche technique à ce poste. Mais je le préfère quand il est face au jeu que dos au jeu.
Alors une première saison convaincante en L1 (34 matches, 24 titularisations, 7 buts en 2018-2019), Mathieu Cafaro a eu du mal à confirmer (13 matches, 12 titularisations, 1 but en 2019-2020). T’expliques ça comment ?
Il a plusieurs explications. Il y avait de la concurrence, il a été un peu moins en réussite. C’est vrai que cette saison a été plus difficile pour lui. Il faut souligner aussi qu’il avait eu des problèmes au genou en début de saison, du coup il a été indisponible un mois et demi je crois. Forcément, ça l’a ralenti et ça explique qu’il ait eu du mal à enchaîner et à retrouver un temps de jeu à hauteur de ses espérances. Mais la saison d’après, ma dernière au Stade de Reims, il a dû jouer une trentaine de matches de L1, la grande majorité en tant que titulaire.
Quelle est sa qualité forte ?
Mathieu est un garçon imprévisible dans la dernière partie de terrain, il est capable de déclencher des gestes décisifs. Et ça c’est important dans notre football. Après, c’est un garçon qui a besoin d’être dans le défi, d’être toujours dans la remise en cause pour qu’il soit performant. Je pense que sur ces deux ou trois dernières années. Il s’est marié et il m’a dit hier qu’il allait avoir son deuxième petit. Je pense que tout ça lui fait du bien. Son prêt à l’étranger aussi a dû lui apporter de la maturité. J’ai regardé un ou deux de ses matches avec le Standard, je l’avais trouvé bon. Je pense que c’est un garçon qui arrive à maturité maintenant. Je le vois bien faire une très belle saison.
Quels sont ses axes de progression ?
Mathieu va toujours dépendre du collectif, il faut vraiment qu’il soit inscrit là-dedans. Mathieu est capable d’aller vite, il est capable d’éliminer qui il veut, il est capable de marquer des buts. Maintenant, à lui d’être exigeant avec lui-même pour rester dans ce qu’il sait très, très bien faire. Parce qu’encore une fois, c’est un joueur pétri de qualité. Il a du volume, il sait répéter les efforts. A lui d’être ambitieux et de faire encore plus pour bouger encore les lignes. J’espère pour lui qu’il commence à comprendre tout ça et à arriver à maturité.
Pour conclure, que peux-tu nous dire sur la personnalité de Victor et Mathieu ?
Très sincèrement, ce sont deux très bons gamins, deux très bons garçons. Mathieu, c’est un petit espiègle (rires), un petit malin, mais dans le bon sens du terme. Il n’y a pas de souci. Il voit tout, il est malin comme tout. Dans un groupe il n’y a pas de problème, il est capable de mettre l’ambiance. Victor, alors lui, c’est une crème. Tout va toujours bien, il sera toujours de bonne humeur. Victor, il est heureux de faire du foot. Vu son parcours, il va avoir les yeux qui brillent tous les matins.
Merci à David pour sa disponibilité