Les Verts c’est comme la musique. On a chacun nos époques dorées, nos idoles disparues. Et même si on ne se détourne ni des uns, ni de l’autre, il est très tentant de considérer que c’était mieux avant.
Comme on s’en voudrait de (trop) passer pour un vieux con, alors on essaye de vivre avec son temps. Mais si ce temps est à vomir on a le droit de préférer ses vieux vinyles non ?


Dans le genre qui achève de nous convaincre que tout ça n’a plus aucun intérêt, l’annonce de jeudi concernant le milliard (et demi pour être précis) versé par un fond d’investissement luxembourgeois est un modèle d’efficacité.

En ce tout début de printemps où nous sommes accaparés par la stressante course au maintien des Verts, il faut admettre qu’on a du mal à se projeter au-delà du mois de mai. On n’avait certes pas vu d’un bon œil les premières fuites concernant la répartition du magot aux clubs, mais sans doute atteints du syndrome de Munich (le Munich de 38, pas celui de 76) qui amène lâchement à considérer qu’un malheur incertain ne mérite pas qu’on s’affole, on était vite retourné à nos histoires de genoux qui vrillent, de chevilles qui grincent et de poignets qui craquent. Bref trop occupés à savoir qui de Sacko, Khazri et Hamouma sera revenu sur la pelouse le plus tôt, on en a négligé les lendemains qui déchantent.

Profitons à ce stade pour ouvrir une parenthèse pour préciser, à toutes fins utiles, que si nous, pauvres supporters bien incapables de faire autre chose que de payer une place, beugler un bon coup et puis au bout sourire béatement ou se lamenter éternellement, ne pouvons pas voir plus loin que le Nantes-Sainté du 21 mai prochain, on aimerait bien être sûr que quelqu’un pense à l’après et à la page blanche que sera notre club et plus précisément notre effectif à l’aube de la prochaine saison. C'est un chantier à l'ampleur aussi inédite que vertigineuse qui attend le club.

Munich donc… Au moins Daladier avait-il pris l’avion et tenté de négocier là où on est à peu près sûr que ni Bozzo ni Roro n’ont jugé bon d’aller défendre notre bout de gras auprès de la Ligue et de son (fa/fu)meux collège de Ligue 1. Le délégué, Jean Pierre Caillot, accessoirement président d’un club qualifié de petit par cette instance a osé lâcher à l’issue du conseil de classe un aussi surréaliste que pathétique « tout le monde a regardé au-delà de son cas personnel ».
Sachant que pendant que son Reims, mais aussi Lens, Nantes, Bordeaux, Montpellier, Sainté et d’autres allaient récupérer 33 millions, Rennes, Nice, Monaco, Lille ont démontré en obtenant plus de deux fois plus (80M) qu’ils avaient joliment regardé au-delà de leur cas personnnel. Sans parler des Vilains et de Marseille (90M) et du QSG (200M), modèles exemplaires d’altruisme.

Même dans l’ultra libérale société britannique, la Premier League a l’intelligence de distribuer droits TV et autres mannes financières de façon nettement plus équitable qu’en France. Notre foot est lui malade de la bêtise de tous ses dirigeants qui continuent à financer un club qatari dont les budgets indécents ont juste abouti à tuer tout suspense dans les compétitions nationales aussi sûrement qu’à faire rire l’Europe entière chaque fois que le printemps se pointe. Quel intérêt a cette Ligue à enrichir encore ce club qui piétine chaque année toujours plus les valeurs collectives et l’intérêt de ce sport ? Après le scandale Médiapro n’y avait-il pas mieux pour redorer le blason du foot français que de vendre son âme au diable ?
Mais laissons Lucifer ses petites affaires nauséabondes et revenons à nos moutons, ravis semble-t-il d’avoir été tondus pour 33 millions.

Qui, à part Roro et Bozzo, peut se satisfaire de voir Sainté entrer dans la catégorie des petits clubs ?
Qui, à part Roro et Bozzo, peut admettre sans sourciller que le club le plus titré de France récupère la même somme que Clermont, Troyes ou Lorient ?
Qui, à part Roro et Bozzo, peut accepter que ce même club, qui en dépit des avanies et d’une misérable 18è place, draine 110 000 spectateurs dans le Chaudron en trois matchs touchera seulement 33M quand Nice et ses 20 000 personnes par match en dépit d’une saison quasi parfaite palpera 80M ?
Pendant que les communiqués auto-glorifiants sur notre magnifique gestion financière et nos formidables bilans sportifs fleurissent sur le site officiel, nos dirigeants continuent à nous conduire dans le mur.
L’annonce de jeudi est une énième -il faut souhaiter que ce soit l’ultime - preuve de leur incapacité à défendre nos couleurs.
Notre déclassement est entériné. Roro et Bozzo auront réussi l’exploit de dilapider en quelques saisons tout le crédit accumulé au temps des années Galette.
Qu’importe les fautes respectives, qu’importe l’injustice de mettre au même niveau de responsabilité deux personnages aux profils si opposés. L’un et l’autre ne s’investissent certainement pas autant dans le club. L’un c’est sûr aime profondément le club quand l’autre aime profondément être assis en corbeille entre Sarko et Nasser. L’un chérit sa région autant que son club et se satisfait d’y être un peu prophète quand l’autre méprise cette province, son peuple et n’aspire qu’au clinquant des paradis exotiques.
Tout les oppose et plus rien ne les réunit. Au concours du qui en fera le moins, il y a bataille et les faits sont là : leur inimitié, leur énergie à défaire et détruire plutôt qu’à porter une vision, une ambition, à suivre une ligne directrice, leur vaudra fatalement goudron et plumes à parts égales.

Formidables en 2013, effectivement à la tête des plus belles années depuis Roger Rocher, ils sont fort minables aujourd’hui, eux qui ne se parlent plus, eux qui font mine depuis trois ans de vouloir vendre ce club qu’ils dévalorisent patiemment, mois après mois, en virant DG sur DG et vendant pépite sur pépite.


Respectant scrupuleusement la consigne de la dame Pipi ils semblent s’évertuer à laisser l’endroit dans l’état où ils l’avaient trouvé en arrivant, fin 2003.
A tant massacrer l’héritage, lorsqu’enfin ils quitteront les lieux, comme elle ils finiront avec quelques pauvres pièces au fond de la sous-tasse.