Connaissant bien l'ASSE pour y avoir joué (de 1983 à 1985) et entraîné (de 2004 à 2006 en tant qu'adjoint d'Elie Baup), Daniel Sanchez est aussi inquiet pour les Verts qu'il est emballé par les Bleus de son ancien attaquant Olivier Giroud.


Daniel, que t’inspire la situation actuelle de l’ASSE ?

Avant tout de la crainte. J’ai peur que ça aille encore plus mal. Bien sûr le championnat est encore très long mais il y a un vrai risque de relégation. Forcément ça m’attriste de voir le club dans cet état. Je redoute une nouvelle descente, ce serait terrible. Maintenant, il ne faut pas perdre espoir. J’espère que la deuxième partie va être bien meilleure. Il faut absolument sauver la place en L2 dans un premier temps. Après, il faut vraiment une restructuration totale. Ça passera certainement par une nouvelle gouvernance. C’est dans les tuyaux depuis pas mal de temps et ça ne se fait jamais… A un moment donné, il va bien falloir que ça se fasse avant que la situation ne se dégrade encore plus !

Je ne doute pas que Romeyer aime le club. On voit bien qu’il est toujours là mais il n’incarne pas le futur de l’ASSE. Le club a besoin d’un nouvel élan, d’un vrai projet et ça passe forcément par un changement de gouvernance. On voit que le statu quo à la tête de ce club qui s'enfonce est de plus en plus problématique. Saint-Etienne, dans l’absolu ça reste attractif, il y a tout ce qu’il faut. Mais force est de constater que la valeur du club diminue tous les ans. C’est compliqué et pesant d’assister impuissant à ce déclin. Pour tous les supporters des Verts mais aussi pour tout ceux qui travaillent à l’ASSE, ça doit être difficile à vivre, l’ambiance doit être assez plombée. Il faut sauver ce qui est sauvable, c’est la première urgence.

Tu as connu la deuxième division pour y avoir joué avec l’ASSE la saison 1984-1985 et pour avoir entraîné Tours à ce niveau pendant 3 saisons. Continues-tu de suivre ce championnat et de regarder les matches de Sainté ?

Bien sûr ! Je suis avec attention ce championnat qui est devenu au fil du temps de plus en plus relevé. J’ai eu l’occasion de voir plusieurs matches des Verts, d'autant plus qu'ils sont souvent à l’affiche sur beIN Sports. De ce que j'ai vu, ça manque un peu de qualité à Sainté, c’est un fait. On sent surtout que c’est une équipe qui doute. Ce n’est pas une équipe qui joue malgré tout à son niveau. Ils sont en-dessous de leur niveau car ils sont rongés par ce manque de confiance. Il y a cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Qu’on le veuille ou pas, ça rejaillit sur les prestations. Cette équipe stéphanoise manque certes de qualité mais elle vaut mieux que son classement actuel, bien évidemment. Mais ce qu’il y a dans la tête, c’est le plus compliqué à régler. On a le sentiment que cette équipe a la tête dans le seau.

Tu es surpris de voir les Verts lanterne rouge de L2 après 15 journées ?

Bien sûr ! Malgré tout, oui. Une descente, c’est arrivé à d’autres. En 1984, j’ai vécu ça dans ce club. Mais je n’ai pas connu la situation que les Verts vivent actuellement l’année d’après. L'été 1984 il y avait eu quelques départs mais l’équipe restait quand même compétitive. On n’a jamais été en danger au niveau du classement. Notre objectif, c’était de remonter le plus rapidement possible. On n’a pas connu cette souffrance de se dire : « est-ce qu’on ne va pas aller plus bas ? » Ceci étant, à ce stade de la saison, notre bilan comptable était moyen et équilibré : 5 victoires, 5 nuls et 5 défaites. Mais on est monté crescendo, on a fait une très grosse seconde moitié de saison. On a même failli remonter dès cette première saison, on a échoué en barrage.

Cette saison, les Verts n’ont gagné que 3 matches et en ont déjà perdu 7, même 8 en comptant leur élimination de la Coupe de France à domicile contre Rodez. Ça fait beaucoup quand même ! Je suis surpris qu’on n’arrive toujours pas à inverser la tendance. Certes, c’est toujours difficile de descendre. Il y a le contrecoup, le fait de devoir s’adapter à un nouveau championnat. Ce championnat de L2 est très difficile. Mais de là à se retrouver bon dernier à ce stade de la saison... Peu de gens l’auraient pensé, pas moi en tout cas !

Même si les Verts ont commencé avec un handicap de trois points et ont dû jouer leurs premiers matches à domicile à huis clos, je suis étonné de les voir en si fâcheuse posture. On sait à quel point le public est important à Saint-Etienne, c’est sûr que ça n’a pas arrangé les choses de jouer quatre matches sans supporters à Geoffroy-Guichard. C’est un fait. Que l’équipe soit un peu en difficulté, on peut le concevoir. De là à être à ce point en difficulté. Franchement, je pense que personne ne s’y attendait. Comme tous les amoureux des Verts, ça me préoccupe.

Il faut rectifier le tir un peu à tous les niveaux. La priorité, c’est d’être déjà plus costaud défensivement. L’ASSE a la plus mauvaise défense du championnat. C’est difficile de s’en sortir quand on prend deux buts par match en moyenne… [Sainté a encaissé 28 pions en 15 rencontres, ndp2]. Tout part de là. Qu’on le veuille ou non, il faut déjà avoir une base solide. Après on peut jouer et prétendre avoir un jeu offensif. J’espère que cette trêve inédite en cette période de Coupe du monde est une bonne chose pour les Verts. Elle a permis de couper un peu cette spirale. Il y une nouvelle préparation, c’est un nouveau départ qui se profile. Souhaitons que les Verts repartent du bon pied.

Dès le 26 décembre à Annecy !

Oui, les deux derniers matches de l'année à Annecy et à la maison contre Caen sont très importants. On n’est même pas à la moitié du championnat, il reste de l’espoir mais il n’y a vraiment plus de temps à perdre. En plus c’est une saison où il y a quatre descentes. La lutte pour le maintien va être féroce, chaque club va combattre pour sauver sa peau. Certaines équipes étaient programmées dès le début de saison pour jouer le maintien, ce n’était pas forcément le cas de Saint-Etienne mais les Verts sont dans la zone rouge, à eux de lutter pour s’en extirper. Heureusement tout n’est pas perdu pour Sainté. La situation est grave mais elle n’est pas désespérée. Ils ne sont pas à 15 points derrière, les Verts ont 4 points de retard sur le premier non relégable.

Il faut que tout le monde se fasse un peu violence et apporte sa pierre à l’édifice pour sauver l’équipe. On voit bien que cette formation stéphanoise est attendue au tournant partout où elle se déplace. Quel que soit son classement, l’ASSE reste un club de légende et attire beaucoup de monde. Toutes les équipes ont à cœur de sortir un gros match contre Sainté. Je ne sais pas si tous les joueurs stéphanois avaient intégré ça. Si tel n’est pas le cas, c’est un peu grave car quand on porte ce maillot vert mythique, il faut forcément s’attendre à des matches très compliqués. Affronter Saint-Etienne, c’est toujours considéré comme un match particulier, un match de gala.

T'es bien placé pour le savoir !

Oui, j’ai vécu ça lors de la saison 1984-1985. Partout où on allait, les stades étaient pleins. Au niveau des affluences ça ne nous a pas beaucoup changé. A Saint-Etienne, c’était pareil. Le record d’affluence du stade Geoffroy-Guichard date de cette époque-là, lors de notre quart de finale de Coupe de France contre Lille [47 717 spectateurs le 11 mai 1985, ndp2].

Le public a toujours été là et il l’est encore aujourd’hui, c’est ce qui fait la force de ce club. Cette saison on voit bien que les parcages sont pleins lorsque les Stéphanois se déplacent. Et l’affluence à Geoffroy-Guichard reste plus que correcte vu la très préoccupante situation sportive du club...J'espère que malgré leur dépit voire leur colère les supporters stéphanois vont continuer d'aller en masse dans le Chaudron pour encourager les joueurs.

Après le traumatisme de la descente, la mayonnaise a bien pris lors des années Kasperczak mais on n’arrive pas à reproduire ça cette saison.

Il faut dire que l’effectif de l’ASSE a beaucoup plus bougé cet été que le nôtre après la descente en 1984. Notre équipe avait gardé une ossature de joueurs stéphanois qui étaient là depuis quelques années comme Jean Castaneda, Patrice Ferri, Thierry Oleksiak, le regretté Jean-Luc Ribar, Jean-François Daniel, Eric Bellus, Gilles Peycelon, les frères Clavelloux… Il y avait beaucoup de joueurs formés au club qui avaient à cœur de faire remonter le club. Je ne dis pas que les Verts actuels n’ont pas à cœur de sauver l’ASSE mais il y avait quand même au club quand j’y jouais une identité stéphanoise assez forte et qui a un peu disparu aujourd'hui, c'est embêtant. Pas mal de joueurs formés au club étaient titulaires et performants, c’est en bonne partie grâce à eux que le club a failli remonter dès la première saison de D2 avant d’y parvenir la seconde.

J’espère que la mayonnaise finira par prendre, ça passera peut-être aussi par quelques vrais renforts au mercato hivernal. En tout cas, je pense qu’il faut laisser Laurent Batlles travailler. C’est quelqu’un qui a retrouvé le club dans une situation très compliquée mais il aime ce club. Il a fait ses preuves en tant qu’entraîneur, c’est lui qui a contribué à ce que Troyes retrouve l’élite. Je le sens déterminé à sauver le club. C'est un compétiteur dans l'âme, il doit forcément être affecté par les mauvais résultats mais il va s'efforcer d'inverser la tendance. Qu’est-ce que ça apporterait de changer à nouveau d’entraîneur ? On a besoin de stabilité dans le management sportif plutôt que de tenter un coup. Un coup, ça marche une fois sur dix. Laissons les gens travailler.

Si Laurent Batlles semble épargné par les ultras, ces derniers ont récemment ciblé Loïc via des banderoles. T’en penses quoi ?

Ce que j’ai dit pour le coach, ça vaut aussi pour Loïc. Les supporters sont remontés, je peux les comprendre, mais faire des banderoles qui visent Loïc… Cela fait un an qu’il est en poste, c’est un enfant du club, un garçon intelligent. En tant que directeur sportif il est malheureusement confronté d’entrée à de grosses difficultés. Démarrer un nouveau job dans un contexte aussi tendu, c’est loin d’être évident. Il faut faire preuve de mansuétude avec Loïc, le laisser travailler. Il ne faut pas tout jeter dans ce club.

Si les Verts nous inquiètent beaucoup, les Bleus nous redonnent un peu le sourire. Notamment Olivier Giroud, que tu as eu sous tes ordres pendant deux saisons en Ligue 2 de 2008 à 2010. Quand l’actuel avant-centre de l’équipe de France jouait en National à Istres, Patrick Revelles l’avait signalé en vain aux décideurs stéphanois. C’est donc au Tours FC qu’il aura explosé avant de faire la carrière que tout le monde connaît…

On venait de monter de National en Ligue 2 quand on a enrôlé Olivier. Effectivement il sortait d’une saison en National avec Istres. Une saison mi-figue mi-raisin mais j’avais quand même décelé quelque chose. Il avait un jeu un peu atypique, un physique atypique, on soupçonnait du potentiel dans ce garçon qui avait à l’époque 21 ans. Le directeur sportif de Tours était Max Marty, il était passé par Grenoble. Il connaissait très bien Olivier, il a été le premier à m’en parler. Pour avoir vu plusieurs des matches d’Olivier quand il évoluait à Istres, je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’intéressant avec ce joueur-là.

On l’a repositionné quand il est arrivé à Tours. J’avais en effet constaté que jusqu’alors il avait tendance à aller à droite et à gauche. Olivier était un joueur généreux, on le voyait un peu partout sur le terrain. Je lui ai dit : « C’est vraiment dans la surface que je veux te voir. Tu veux bien faire en allant à droite ou à gauche mais ce n’est pas en te dispersant sur les côtés que tu vas apporter grand-chose à l’équipe. Il me faut de la présence dans l’axe et tu as cette présence : tu as le gabarit, des qualités, ton jeu de tête. On sait très bien que pour marquer des buts, il faut être dans la surface. 80% des buts se marquent dans la surface. Bien sûr par moment il y a des frappes lointaines qui finissent au fond mais les choses sérieuses, c’est dans les 16m50. Si tu veux marquer, c’est là que tu dois être. »

J’ai insisté pour qu’Olivier soit un pur attaquant axial et là il a eu un déclic. Il a fini meilleur buteur de Ligue 2 avec 21 buts et a été élu par ses pairs meilleur joueur du championnat de L2 aux trophées UNFP cette saison-là. On avait décelé des qualités. Il était assez adroit. Techniquement, Olivier était déjà un bon joueur. Il avait des caractéristiques intéressantes, complémentaires avec d’autres profils de joueurs offensifs. Et il avait déjà ce mental à toute épreuve qui aura été une des grandes forces de sa remarquable carrière de joueur. Olivier a toujours eu cette envie de réussir, c’était vraiment un bosseur et il l’est resté.

Fort de ses 21 pions, Olivier Giroud a fini meilleur buteur de L1 la saison 2011-2012. Il avait d'ailleurs scoré contre Sainté.

Cette saison-là, ponctuée par un titre champion de France avec Montpellier, il t’a rendu un bel hommage dans L’Observateur du Valenciennois : "e garde un très très bon souvenir de Daniel Sanchez. J’ai passé deux très belles années avec lui et son staff à Tours. Nous avions failli monter en Ligue 1. Quelque part, si je suis au niveau qui est le mien actuellement, c’est aussi un peu grâce à lui et à ses conseils. »

C’est sympa de sa part. Si j’ai un peu contribué à son éclosion, tant mieux, mais c’est surtout grâce à lui qu’il a réussi, grâce à son état d’esprit. Toute sa carrière, il a dû prouver qu’il était bon, qu’il pouvait réussir. Ça lui a forgé un mental. Quand je l’ai eu à Tours, j’avais remarqué qu’il avait déjà du mental. Sa carrière n’avait pas été extraordinaire jusqu’ici, il avait quand même cette conviction en lui qu’il était capable d’apporter quelque chose. Mais il faut dire aussi qu’il s’est donné les moyens de réussir. C’est un gros bosseur, attention ! A l’entraînement, il se donnait à fond, ce n’était pas quelqu’un qui rechignait ou quoi que ce soit. Olivier avait déjà le mental d’un joueur de très haut niveau.

Toute sa carrière, Olivier a voulu prouver qu’il était un très bon footballeur. Il a voulu prouver en L2 qu’il pouvait s’imposer, il a fini meilleur buteur, Il a voulu prouver qu’il pouvait aussi tirer son épingle du jeu en L1, il a fini meilleur buteur et champion de France. Après, l’échelon au-dessus ça a été l’Angleterre avec Arsène Wenger à Arsenal. A chaque fois ça a été des challenges et force est de constater – c’est factuel – qu’il les a toujours relevés et réussis. Ce n’est peut-être pas le joueur le plus doué ou le plus élégant du monde, peut-être, il y a eu toujours des critiques. Ça l’a certainement affecté mais il est passé au-dessus. Même dans les périodes plus compliquées comme à Chelsea où il a peu joué, il n’a jamais fait de vagues. Son leitmotiv, c’était « je vais bosser et si on fait appel à moi je suis là. »

Cette Coupe du Monde qu’il vit actuellement, c’est exactement ça. Certains doutaient qu’il serait retenu dans le groupe mais ses prestations avec Milan ont fait que ça aurait été difficile de se passer d’un tel joueur, qui a très souvent performé avec les Bleus. Olivier ne s’est pas posé de questions, il savait qu’en étant performant avec les Rossoneri, il avait de bonnes chances d’être de l’aventure au Qatar. Ensuite il y a eu l’épisode Benzema. Olivier était prêt à être remplaçant, Benzema s'est blessé. Olivier était prêt aussi prêt à être titulaire. C’est l’histoire de sa carrière : toujours devoir prouver et saisir l’opportunité quand elle se présente.

A l’époque où tu l’entraînais à Tours, tu lui voyais faire une telle carrière internationale ?

Quand j’ai démarré ma collaboration avec Olivier, il allait sur ses 22 ans et quand il a quitté Tours pour Montpellier, il allait avoir 24 ans. Je ne pouvais pas imaginer qu’il allait être champion du monde, et qu’il pourrait encore l’être ce dimanche. Par contre j’étais certain que ça pouvait être un très bon joueur de L1. Je voyais bien qu’il avait des caractéristiques et du potentiel qui devaient lui permettre sans problème de s’imposer dans l’élite. Après, l’échelon international, c’est autre chose. Comment ça allait évoluer, comment il allait évoluer lui-même dans sa tête, on ne peut pas prévoir. Mais il s’est donné à chaque fois les moyens d’aller toujours plus haut.

Il n’a pas brûlé les étapes, on peut même considérer qu’il est parti en retard par rapport aux autres. C’est d'autant plus beau de voir qu’il devenu le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France. Ça, je ne pouvais pas le deviner ! Je tire mon chapeau à Olivier, qui a réussi à se forger un sacré palmarès depuis qu’il évolue au plus haut niveau. Il a été champion du monde, champion d’Europe avec Chelsea, champion de France avec Montpellier, champion d’Italie avec le Milan AC, il a gagné 3 fois la Cup avec Arsenal et une fois avec Chelsea. C’est fort quand même !

Es-tu resté en contacts avec lui depuis vos années tourangelles ?

Oui, je l’ai quelques fois au téléphone ou par texto. Je l’ai rencontré plusieurs fois en Angleterre, notamment quand il était à Arsenal car je suis assez proche d’Arsène Wenger. On a toujours gardé contact. C’est aussi l’une de ses caractéristiques : le Olivier d’aujourd’hui est le Olivier que j’ai connu en Ligue 2. C’est le même au niveau mentalité. Le succès ne lui a pas monté à la tête, il n’a pas changé. Il a une stabilité familiale. Sa femme par exemple, il l’avait déjà quand il était à Tours. Olivier a aussi une bonne hygiène de vie. S’il joue encore au top niveau international à 36 ans, ce n’est pas le fruit du hasard. Olivier est un grand professionnel.

Après avoir marqué en quart de finale le but de la victoire contre l’Angleterre, il s’apprête à défier la sélection de ton pays natal. Pour qui battra ton cœur ce mercredi soir ?

Pour les Bleus, sans hésiter. C'est vrai que je suis né au Maroc, à Oujda [comme l'ancien joueur du XV de France Abdelatif Benazzi, ndp2], j’y ai vécu jusqu’à mes sept ans. J’adore le Maroc, il m’arrive d’y aller en vacances. C’est toujours avec plaisir que j’y retourne. Mais je n’ai pas plus d’accointances que ça avec le Maroc. Moi je suis d’origine espagnole, ce sont mes grands-parents qui étaient partis d’Espagne pour aller au Maroc afin de bosser là-bas. Mes parents sont nés là-bas. J’y ai vécu mes premières années, j’ai des souvenirs d’enfance. J’ai tapé mes premiers ballons là-bas, j’allais jouer sur un terrain situé tout près de là où on habitait. Mais quand il y a un France-Maroc, mon cœur ne balance pas.

En tout cas les Lions de l’Atlas font une Coupe du Monde remarquable. Il y a eu pas mal de surprises lors de ce Mondial, à commencer par la défaite de l’Argentine contre l’Arabie Saoudite. Mais les Saoudiens ne sont pas sortis de leur poule alors que l’Albiceleste est dans le dernier carré. Certaines sélections qu’on n’attendait pas ont réalisé un coup mais en ce qui concerne le Maroc ce n’est plus un coup. Les Marocains ont fini devant la Croatie, ont éliminé successivement la Belgique, l’Espagne et le Portugal. C’est une sélection à prendre très au sérieux et je suis convaincu que les Bleus vont prendre les Marocains très au sérieux.

Depuis le début de la compétition, cette équipe marocaine a montré des qualités incroyables, beaucoup d’envie. Et par ailleurs ils ont su jouer aussi. Cette équipe ne s’appuie pas que sur des vertus de solidarité et de volonté, elle sait produire du bon football. Les Bleus restent cependant les favoris sur ce match. Bien sûr, on n’est pas à l’abri d’une nouvelle surprise mais je pense que la France va battre le Maroc.

Beaucoup parlent d’une finale France-Argentine mais si on se qualifie pour la finale, je ne suis pas persuadé qu’on affrontera les Argentins. Les Croates m’ont fait une bonne impression. Certains nous avaient parlé d’une équipe sur le déclin mais sur ce que j’ai vu ce n’est pas une équipe sur le déclin. C’est une équipe expérimentée, qui a des qualités. Elle sait faire déjouer et elle sait aussi jouer. Je ne suis pas certain qu’on n’ait pas un remake de 2018. France-Croatie en finale, c’est tout à fait possible.

Maintenant, on voit que l’Argentine est montée en puissance dans cette Coupe du Monde. Elle est portée par un Lionel Messi vraiment excellent. Quand on est emmenée par un tel joueur, on a forcément des arguments à faire valoir ! On sait que le sacre de l’Argentine viendrait parachever la carrière de ce joueur hors norme. Bien malin qui peut dire comment ça va se passer, cette fin de Coupe du monde va être passionnante à suivre. Si les Bleus sont champions du monde, il faut faire jouer les Verts en bleu. C’est peut-être une solution pour Saint-Etienne ! (rires)

 

Merci à Daniel pour sa disponibilité