Conservateur du Musée des Verts et historien du club, Philippe Gastal rend hommage à Jean-Luc Ribar, dont les funérailles se tiendront à la chambre funéraire municipale de Roanne ce mercredi 23 mars à 10h00 en présence de très nombreux coéquipiers stéphanois de l'ex-numéro 10 de l'ASSE.


La disparition brutale de Jean-Luc suscite une très vive émotion au sein du club, pour ses amis et au sein du football stéphanois. C’est un Ligérien, il était très apprécié. Je l’ai eu quelques jours avant sa disparition brutale. Il devait faire une séance de dédicaces au Musée des Verts face à Marseille le 2 avril. Il ne pouvait pas venir contre Troyes. Jean-Luc m’avait rappelé et on s’était entendu pour qu’il vienne à l’occasion de la réception de l’OM. Jean-Luc était en pleine santé, on avait discuté un peu de tout, de l’actualité de l’ASSE, de basket car c’est un passionné de ce sport, il allait souvent à la Chorale. On avait aussi parlé de sa société de nettoyage, qui n’avait pas trop été impactée par la pandémie. On s’était donné rendez-vous, c'est un choc de savoir qu’il n’est plus là.

Quelques années avant l’ouverture du musée, il m’avait remis un maillot qui a beaucoup de succès. Ce maillot Cake Rocher parle beaucoup aux supporters. Nous avons son maillot de la saison 1984-1985. Il est en parfait état. Jean-Luc savait que l’on travaillait sur ce projet de musée, il nous avait fait ce don. Tout le monde pensera à lui car son maillot est en très bonne place dans la période 1982-2004 au musée. Quand on lit et qu’on entend les témoignages sur Jean-Luc, on s’aperçoit de la qualité de l’homme, qui était à la fois sérieux, réservé et blagueur. Il alliait ces différents traits de caractère. Nous avons du mal à réaliser qu’il est parti, surtout si jeune. Sa disparition brutale est difficile à accepter.

La disparition de Jean-Luc me renvoie à l’année 1984, quand l’ASSE est descendue en deuxième division. J’étais alors étudiant à Montpellier. Je suivais les Verts depuis de longues années et on s'est dit avec quelques amis que ce serait bien de créer une section dans le Languedoc-Roussillon, à Montpellier, où l'ASSE n’était pas représentée. Il se trouve que dans ce championnat de division 2, il y avait énormément de clubs du Midi. On montait régulièrement voir les matches à Geoffroy-Guichard. Mais on allait aussi voir les Verts à Alès, Cannes, Nîmes, Sète, Béziers, Martigues, Valence. Nous étions également présents à Lyon, à Gueugnon. Nous suivions vraiment cette équipe de très près.

Jean-Luc fait partie de ces garçons qui ont redonné de la fierté au football stéphanois. La descente avait été très mal vécue, elle venait après un épisode douloureux pour le club, l’histoire de la caisse noire. Jean-Luc est arrivé au centre de formation en provenance de Roanne en 1980-1981. Il a tissé dans ce centre une relation forte avec certains qui ont été ses coéquipiers un peu plus tard : Jean-François Daniel, Jean-Philippe Primard. Il y avait Pierre Canton, qui n’a pas percé. Il y avait Patrice Chillet, Thierry Courault un peu plus tard. Ils avaient un professeur qui s’appelait Jacques Camus. Il était responsable pédagogique au centre de formation.

Ces jeunes avaient des liens très forts entre eux, ils étaient tellement déçus de voir leur club de coeur descendre en deuxième division… Ils ont mis un point d’honneur à faire remonter l’ASSE rapidement, sous la présidence d’un homme qui a pris le club dans une situation très compliquée. André Laurent a eu beaucoup de mérite. Et il y avait un entraîneur remarquable, Henryk Kasperczak. Après un début de saison un peu compliqué, il y a eu un déclic avec un match nul à Nice. Les Verts ont pris conscience de leurs possibilités, de leurs capacités. L’ASSE est restée invaincue pendant 5 mois, 24 matches toutes compétitions confondues, ce qui est énorme ! Jean-Luc Ribar fait partie de ces garçons qui ont porté haut les couleurs stéphanoises. Ils ont redonné de la fierté aux supporters des Verts.

Depuis son décès, beaucoup de copains de ma génération ou un petit peu plus jeunes m’appellent. Certains n’ont pas connu la grande époque et ils se sont reconnus dans cette équipe alors que nous jouions en deuxième division. Cette équipe a profondément marqué les esprits car c’était une bande de copains avec beaucoup de garçons du coin. Jean Castaneda, Thierry Oleksiak, Eric Clavelloux et Gilles Peycelon sont nés à Sainté, Patrice Chillet est natif de Saint-Chamond. D’autres garçons sans être nés dans la Loire étaient aussi issus du centre de formation comme Jean-Philippe Primard. Le public se reconnaissait dans cette équipe. Il y a eu à cette époque dans le Chaudron des records d’affluence qui ne seront jamais battus.

Cette équipe enthousiaste nous a fait vibrer. Je me souviens que la section des associés supporters de Montpellier a pris de l’ampleur. Le bus de 50 places était plein, on suivait les Verts partout. C’était formidable ! En tant que président de section, j’étais souvent invité. Je montais aux assemblées générales. C’était très convivial. Je me rappelle de repas, il y avait le président André Laurent, l’entraîneur Henryk Kasperczak et tous les joueurs. On était vraiment intégré à l’intérieur de ce club. Cette bande de jeunes et les deux briscards qu’étaient Jean Castaneda et Roger Milla nous ont rendu notre fierté après la période terrible que le football stéphanois venait de traverser.

Beaucoup d’images me reviennent en mémoire de Jean-Luc sur le terrain. Quel pied gauche ! Il avait une technique individuelle de gaucher, bien au-dessus de la moyenne. Souvent il se faisait oublier dans l’entrejeu et il piquait côté droit. Combien de fois il a gagné ses face à face, ses un contre un devant le gardien ! Jean-Luc était adroit devant le but, il piquait sa balle ou savait très bien la placer. Ce n’était pas un garçon qui jouait à la baballe ou qui redonnait le ballon en arrière, il avait beaucoup de verticalité dans son jeu, de fluidité et d’efficacité.

J’en avais parlé avec lui, il ne se considérait pas comme un numéro 10, il se voyait plutôt comme un 8, comme Jean-François. C’était un sacré distributeur. Si Roger a mis autant de buts, il le doit beaucoup à Jean-Luc. Il avait un pouvoir d’accélération, de changement de rythme. Il était redoutable dans les contrôles orientés et les contrepieds. C’était un joueur élégant, à la technique affirmée. De surcroît, il ne rechignait pas à la tâche. Il faisait partie d’un milieu de terrain équilibré et complémentaire avec des joueurs comme Jean-François Daniel, Thierry OIeksiak, Gilles Peycelon, Robert Sab.

Les cinq mois où l'ASSE a été invaincue, Jean-Luc marchait sur l’eau ! D’ailleurs notre série d’invincibilité de 24 matches a pris fin à Montpellier début mai. Jean-Luc avait raté cette rencontre car il était suspendu. Je pense que son absence avait été préjudiciable à l’équipe, ce n’est sans doute pas un hasard si l’on s’est incliné ce jour-là. Nous avions perdu 1-0 à la Mosson (but de Jean-Marc Valadier) face à l’équipe de Robert Nouzaret, qui avait titularisé Laurent Blanc et les frères Passi.

Je pense que Jean-Luc est l’un des rares joueurs de l’histoire de l’ASSE à avoir fait sauter le couvercle de la marmite comme il l’a fait sauter le soir du 8e de finale retour de Coupe de France contre Lens. Pour avoir été présent, j’ai rarement entendu une clameur aussi extraordinaire dans ce stade. Il avait marqué le but de la qualification côté sud avant de se précipiter aux grillages. Il y avait une ambiance fabuleuse à Geoffroy-Guichard. Fa-bu-leuse !

Je me rappelle aussi son très joli but contre Martigues. Vraiment une action de très grande classe !

Et bien évidemment son doublé à Lyon. Deux jours avant ses 20 ans, il avait mis deux buts à Gerland et on avait gagné 5-1 un beau dimanche de février.

Je me souviens aussi d’un match contre le Racing Paris lors de la saison 1986-1987. Après la Coupe du Monde, le Racing avait fait signer Maxime Bossis, Luis Fernandez et compagnie. Ils avaient pris 4-0. Jean-Luc avait ouvert le score dès la première minute. Le gardien remplaçant de Pascal Olmeta avait fait une mauvaise relance et Jean-Luc en avait profité. Luis Fernandez avait pété les boulons et il avait été expulsé en fin de première période.

 

Merci à Philippe pour sa disponibilité