Actuel sélectionneur de Dylan Batubinsika en équipe de République Démocratique du Congo et ancien entraîneur niortais d'Ibrahim Sissoko, Sébastien Desabre nous éclaire sur les deux premières recrues du mercato estival stéphanois.


Sébastien, peux-tu nous indiquer le parcours de Dylan Batubinsika, qui s'est engagé ce vendredi avec l'ASSE ?

Dylan est un défenseur central qui a reçu une très bonne formation donc il est très l’aise techniquement. Après avoir été formé au PSG, il a joué plusieurs saisons en L1 belge, à Anvers. Il est ensuite parti au Portugal à Famalicao. Il a joué une saison là-bas avant d’être prêté au Maccabi Haifa, où il vient de faire une très bonne saison. Il a joué plusieurs matches de Ligue des Champions, je suis d’ailleurs allé le voir jouer contre la Juve à Turin. C’est un garçon que je suivais déjà depuis un petit moment. Le mois dernier, il a réussi ses débuts dans l'équipe de la RDC que j'ai le plaisir de diriger.

Comment nous décrirais-tu ce défenseur ?

C’est un garçon qui est vraiment à l’aise dans l’utilisation du ballon. C’est un bon joueur de relance. Il est très discipliné et a un très bon état d’esprit. C’est un garçon très pro. On voit qu’il est passé dans les mains d’un centre de formation très bien cadré. C’est un joueur qui peut jouer dans une défense à trois, c’était le cas toute cette saison dernière à Haifa. En sélection de la RDC, je le fais jouer dans une défense à quatre. Il est aussi à l’aise dans les deux systèmes. Dylan a un bagage tactique assez intéressant et une technique qui lui permet d’être intelligent dans le jeu. C’est un défenseur intelligent. Dans une équipe comme Saint-Etienne qui risque d’avoir pas mal le ballon, sa qualité de première relance est très appréciable.

Quand tu l’as vu jouer dans une défense à trois, il occupait lequel des trois postes ?

Il jouait surtout dans l’axe de cette défense à trois. Dylan est droitier mais le Sénégalais Seck joue axe droit à Haifa. Contre le Gabon, j’ai fait jouer Dylan axe gauche aux côtés de Chancel Mbemba dans une défense à quatre. Comme Dylan est l’aise techniquement des deux pieds, ça lui permet d’avoir des angles de passes qui ne sont pas trop gênants pour lui.

Ce joueur est réputé pour sa grande détermination à réussir. Tu confirmes ?

Complètement ! Dylan, c’est un joueur qui a des objectifs. Il est dans son objectif personnel et met tout en œuvre pour aller où il veut aller, au plus haut de ses capacités, de ses possibilités. Il se donne les moyens de réussir et de tirer la quintessence de son potentiel. C’est toujours un plaisir d’entraîner des garçons très professionnels comme lui. Ça peut être différent de certains profils qu’on peut retrouver parfois en Ligue 2 où ils sont plutôt suffisants. Lui, pas du tout.

Dylan m’avait parlé de ses contacts Saint-Etienne. Je lui ai bien sûr conseillé de rejoindre Sainté s’il en avait la possibilité. C’est un joueur qui a un potentiel Ligue 1 quand même. Il cherche à terme d’aller attraper la Ligue 1. Avec Saint-Etienne, c’est très bien. En cas de montée, ça lui permet d’être de suite dans un gros club de Ligue 1. Le projet stéphanois est bien. Dylan va apporter son dynamisme, son professionnalisme. C’est une très, très bonne recrue pour Saint-Etienne.

Tu penses que son profil est adapté au projet de jeu de Laurent Batlles ?

Je pense que oui même si je ne sais pas exactement comme Laurent va évoluer et comment il va utiliser Dylan. Laurent a mis en place un système de jeu qui a bien fonctionné à Troyes, avec une montée à la clé. Cette dernière saison, ça a eu du mal à fonctionner à Sainté mais c’est tout à fait normal, le contexte à l’ASSE était très particulier avec la descente, des points en moins et beaucoup de mouvements dans les deux sens au mercato.

Dylan est un joueur capable à la fois de jouer en un contre un derrière s’il y a des prises de risques offensifs, défensivement c’est bon. Dylan est aussi capable d’être assez à l’aise dans la relance pour que le milieu de terrain ne revienne pas trop, trop bas. Dylan est un défenseur costaud, présent dans les duels, notamment dans le domaine aérien. Il intervient, il coupe car il a une bonne lecture tactique. A Haifa, dans l’axe d’une défense à trois, je le voyais souvent rattraper les coups.

Dylan est droitier mais il est loin d’avoir un mauvais pied gauche. Il est à l’aise dans le jeu court. Dans le jeu, je n’ai pas forcément de retour à faire dessus. Mais sinon c’est un joueur profil Ligue 1. C’est un vrai atout pour un club de Ligue 2 de pouvoir faire signer un tel joueur. Après, on sait que l’ASSE n’est pas un club de Ligue 2 comme les autres et aspire à retrouver l’élite dès la saison prochaine.

Tu lui vois un axe de progression ?

L’axe de progression qu’il pourrait avoir, c’est d’avoir un peu plus confiance en lui, peut-être. Parce que Dylan se met tellement des objectifs hauts que parfois il ne s’aperçoit pas qu’il a les qualités du moment. Dylan est un garçon attachant, qui parle toujours à propos. Mentalement, il faut aussi qu’il ressente pas mal de confiance pour s’exprimer au mieux. C’est un garçon qui est beaucoup dans l’échange.

Il a quel type de caractère ?

Il a un caractère que j’appelle juste. C’est-à-dire ne pas trop parler, parler au bon moment. Etre à la disposition de tout le monde, écouter. Dylan est un joueur réfléchi. Il prend la parole à bon escient. Je pense qu’il va très bien et très vite s’adapter à l’environnement stéphanois. Quand t’as joué la Ligue des Champions dans un club comme le Maccabi Haifa. Il y a beaucoup de ferveur là-bas. Il a l’habitude des chaudes ambiances, il ne sera pas dépaysé quand il évoluera dans le Chaudron.

En tout cas il s’est très vite adapté à la sélection de RDC et tu lui as fait faire ses débuts internationaux il y a un gros mois… Titulaire et victorieux contre les Panthères au Gabon lors des éliminatoires de la CAN, il a muselé deux anciens attaquants qu’on connaît bien à Sainté, Pierre-Emerick Aubameyang et Denis Bouanga….

Tout à fait ! Je suivais Dylan depuis ma nomination l’été dernier au poste de sélectionneur de la République Démocratique du Congo et j’ai fait appel à lui lors du dernier rassemblement de juin. Il s’est très vite fondu dans le groupe et a montré de belles choses à l’entraînement. Je l’ai d’abord fait jouer un match de préparation qu’on a gagné 1-0 contre l’Ouganda et quelques jours plus tard je l’ai aligné au Gabon. Il y avait effectivement de gros clients en face mais on a gagné 2-0.

Deux matches, deux victoires et deux clean sheets, Dylan ne pouvait rêver mieux pour ses débuts en sélection ! Il a réalisé de bonnes prestations. Ce n’est jamais facile de jouer ses premiers matches en sélection en Afrique. Il y avait beaucoup de pression sur le match au Gabon, Dylan s’en est très bien tiré. On est dans un groupe des éliminatoires de la CAN très serré. J’ai été plutôt satisfait de ses performances en sélection, il va tranquillement monter en puissance.

Notre victoire à Franceville nous a permis de ravir la deuxième place au Gabon à la différence de buts, un point derrière la Mauritanie. Il reste encore une journée à disputer début septembre et les quatre équipes du groupe peuvent encore espérer faire partie des deux équipes qualifiées pour la phase finale de la CAN en Côte d’Ivoire [du 13 janvier au 11 février 2024, ndp2]. On va recevoir le Soudan, qui est actuellement dernier mais seulement un point derrière nous. Dans le même temps, la Mauritanie accueillera le Gabon.

D’ici là, Dylan va jouer en club aux côtés d’un garçon que tu as entraîné deux saisons (de 2020 à 2022) chez les Chamois Niortais. Enfin tu as pu compter sur lui la saison 2021-2022 car il a passé la saison précédente à l’infirmerie en raison d’une sérieuse blessure au genou. Quels souvenirs gardes-tu de lui ?

Ibra, c’est un vrai attaquant. C’est quelqu’un qui est très individualiste. Ce n’est pas forcément un défaut, ça peut être une qualité aussi ! Il est sûr de sa force. C’est un joueur qui fait ses saisons entre 10 et 15 buts en Ligue 2. Tant qu’il jouera en Ligue 2, il va les faire car il a un potentiel qui est là. Après, je trouve que c’est dommage qu’il n’arrive pas à franchir le cap de la Ligue 1 parce qu’il a tout le potentiel pour évoluer dans l’élite.

Comme je lui disais souvent, il faut qu’il prenne des autres, il faut qu’il parvienne à s’ouvrir aux autres pour « profiter » des autres. C’est un garçon qui a un parcours atypique. Il n’est pas passé par un centre de formation, il a découvert le foot professionnel à Béziers. Il faut tirer un coup de chapeau à la direction de Niort qui a misé sur lui en 2019 quand personne n’en voulait après son bref passage à Lorient où il n'a quasiment pas joué.

Ibra a toujours ce caractère auto-protecteur, il a du mal à s’ouvrir aux autres. C’est assez dommage, il en profiterait plus et je pense qu’il passerait un cap. Après, ça reste un joueur qu’on aime avoir dans une équipe parce que c’est un caractère. Quand il est sur le terrain, il vaut mieux l’avoir avec que contre parce qu’il est puissant, il sent le jeu.

Son plus gros axe de progression, c’est de pouvoir s’ouvrir aux autres pour que les autres puissent le lui rendre sur le terrain. C’est un peu son caractère à lui, après c’est peut-être pour ça qu’il est performant et individualiste sur le terrain. Ibra mettra toujours minimum 10 à 15 buts par saison minimum, je lui souhaite de dépasser cette barre avec les Verts.

Dos au but il a des difficultés. Par contre quand il fait des bons appels au bon moment, quand il est lancé, tu ne le reprends pas avec sa puissance et sa vitesse. Ibra a par ailleurs un très bon jeu de tête. Et puis il est adroit, quoi ! Il ne lui fait pas 50 000 occasions pour la mettre au fond. Il a un profil intéressant. Après, c’est un garçon à gérer dans un groupe.

C'est difficile de gérer Ibrahim Sissoko ?

Non, c’est simple. Moi je parle du football, sur le terrain. A l’extérieur c’est une belle personne, c’est un bon gamin. Nous, à Niort, on n’a pas eu trop de problème à le gérer car au final il n’était en concurrence avec personne. Il jouait donc il n’y avait pas de problème. Là où c’est plus embêtant pour lui, c’est quand il est en concurrence ou quand il passe un ou deux matches sans marquer.

Mais voilà, il faut aussi dans une équipe avoir des joueurs de caractère. Parce qu’à un moment donné, quand tu n’en pas, ton énergie est assez linéaire et c’est dommage. Je sais que Laurent a l’expérience pour gérer des joueurs comme Ibra. C’est quelqu’un qui va mettre son ratio de buts cette année. Aujourd’hui, quand tu regardes les attaquants qu’il y a dans ce championnat de Ligue 2, il est dans les trois joueurs à prendre.

Sainté avait déjà essayé de l’enrôler l’été dernier.

Effectivement, l’ASSE s’était positionnée avant qu’il ne signe à Sochaux. J’avais d’ailleurs eu Loïc Perrin au téléphone l’époque. Je lui avais donné des infos mais Ibra avait finalement préféré s’engager avec les Lionceaux.

Tu penses qu’il va davantage s’ouvrir aux autres chez les Verts ?

Ce n'est pas impossible. Le fait qu’il monte de cran en termes de statut de club... Il arrive à Saint-Etienne, un club prestigieux, une institution. Il y a peut-être des choses que tu ne peux pas te permettre de faire partout. Mais bon, Ibra est un bosseur de toute manière. C’est quelqu’un qui va arriver avant les séances, qui va bosser et qui va rester travailler à la fin. Moi je trouve bien d’avoir ce type de joueur. Ça a du caractère mais ça n’a pas du caractère déplacé. Ibra est un travailleur.

Hormis le fait de s’ouvrir davantage aux autres, quel est sur le plan du jeu son axe de progression ?

Comme Ibra est souvent sûr de sa force, il compte les minutes pour marquer les buts. Souvent il dézone pas mal quand ça commence à faire un bout de temps qu'il n'a pas scoré. Quelquefois, nous on lui demandait vraiment d’être patient, d’avoir cette patience d’attaquant à l’abord de la surface de réparation, d’attendre de faire le bon appel au bon moment. Parfois, il venait décrocher un petit peu entre les lignes. Comme son jeu technique dos au but n’est pas son gros point fort, à la sortie il gâchait pas mal d’énergie. Tactiquement, il va falloir qu’il soit patient.

Tu l’as utilisé dans quel schéma à Niort ?

Je le faisais jouer tout seul devant dans un 4-2-3-1. C’est là où il était le plus à l’aise. Ibra, il aime être tout seul devant. De toute manière, il n’aime pas partager.

 

Merci à Sébastien pour sa disponibilité