Au bout d’un si long supplice, l’heureuse surprise est de ressentir comme un soulagement.
Tant de souffrance endurée, tant de réveils le dimanche matin au goût de n’ai-je donc tant vécu que pour cette infâmie, tant d’espoirs retrouvés et aussitôt envolés, il fallait que tout cela prenne fin pour nos petits cœurs meurtris.
Au-delà d’une double confrontation face à Auxerre dont il faudrait dire, mais on serait inaudible, qu’elle aurait dû pencher de notre côté (9 tirs cadrés à 2 hier) et que l’élimination doit étonnamment plus au manque de réalisme de nos attaquants qu’à la fébrilité de nos défenseurs, mettre un point final à cette saison est une forme de délivrance.
Car rien ne nous aura été épargné. Rien. En coulisses, en tribunes, sur le terrain. Rien. Si errare humanum est alors notre club est la quintessence de l’humanité. Mais rien ne sert d’épiloguer tant tout a été dit, écrit, et même scandé depuis de si longs mois. Seul compte l’avenir désormais et le passé ne doit être là que pour se souvenir, toujours, des recettes qui conduisent implacablement à l’échec, pour les effacer à jamais de notre carte.
Si dans ce néant absolu que semble être l’ASSE aujourd’hui il reste un espoir, c’est que demain sera un autre jour. Que demain verra enfin le départ des clowns, si si, ils l’on dit, et à croix d’ bois croix de fer, nul doute qu’à leur âge on commence à craindre les flammes de l’enfer. Demain il y aura un autre coach, un qui allie - soyons raisonnable, exigeons l’impossible - à la fois le sens tactique, la vision et l’art de bâtir un collectif. Demain il y aura d’autres avant-match, d’autres saveurs de l’excitation, d’autres promesses d’ivresse, d’autres victoires, et même si l’ego en souffre, toujours plus de plaisir dans une saison à espérer en ligue 2 que dans une saison à trembler en ligue 1.
Mais demain c’est loin chantait IAM à propos des mecs coulés par le désespoir qui partent à la dérive. Y a pas que Bashung il faut s’ouvrir me dis-je et citer un supporter marseillais ça devrait m’aider à comprendre ces jeunes qui ont le goût du rap et des fumis. Le goût du on n’en a rien à foutre de rien. Rien à foutre de la violence comme seule exutoire à la colère, rien à foutre d’enflammer le chaudron -aussi- dans le mauvais sens du terme, rien à foutre de plomber l’avenir du club, rien à foutre de prendre en otage 95% du public, rien à foutre de mener la politique du pire alors pourtant qu’ils sont capables du meilleur.
Pendant cent vingt minutes, ça a chanté comme jamais, ça a repris spontanément ce si vibrant chant européen à m’en faire monter les larmes aux yeux et me dire que non, décidément, on ne pouvait pas descendre avec un tel public. L’ambiance était exceptionnelle oui, mais cent vingt minutes de démonstration en tribunes sont comme neuf tirs cadrés à deux. Ils ne valent pas plus face à cinq minutes d’insurrection folle qu’un transfert de Nordin ou Khazri dans un mois.
Il ne devrait y avoir que tristesse et soulagement ce matin. Mais il y a aussi la crainte que la nouvelle saison en forme de page blanche ne soit qu’un fantasme vite piétiné par ce football français qui ne sait que taper collectivement, et toujours plus fort, sans voir que ça ne fait qu’empirer les choses. La crainte est pourtant ce qui devrait nous quitter au moins quelques semaines quand une telle saison se termine…
Quand à la tristesse s’ajoute la honte et pour certains la peur, difficile de réprimer ce sentiment terrible qu’il y a plus de plomb dans l’aile de notre espoir que dans la cervelle des cagoulés.
Dans deux mois démarre le championnat aux faux airs de division 1 d’antan. Bordeaux, Bastia, Metz, Nîmes, Sochaux, Valenciennes, Laval on dirait les années 80 et on pourrait sans rire, presque y prendre un peu de plaisir. Pour peu bien sûr qu’en coulisses COMME EN TRIBUNES* on nettoie vite les écuries d’AugiASSE. Pour peu enfin qu’on ne retrouve pas chaque matin sur notre table de chevet ce maudit Cid, et les lamentations de Don Diègue.
* en capitales pour que ce soit plus lisible pour ceux dont la vue est obstruée par cagoules et autres lacrymo