Ancien coéquipier de Pascal Dupraz et de Jean-Luc Ribar, Bernard Pardo s'est confié à Poteaux Carrés à une semaine du choc qui opposera les deux plus grands clubs du football français samedi prochain dans le Chaudron.
Quels souvenirs gardes-tu de Jean-Luc Ribar, que tu as côtoyé lors de ton unique saison verte (1985-1986) ?
J’en garde de très bons souvenirs. Il avait été un des artisans de notre belle saison, on avait fini premier de notre groupe de deuxième division. Jean-Luc jouait dans l’entrejeu près de moi. C’était un garçon charmant, pétri de qualités. Sa disparition me fait beaucoup de peine. Peuchère ! Il était jeune, je crois qu’il avait quatre ans ou cinq ans de moins que moi. Jean-Luc était un garçon discret, pas prétentieux pour un sou. C’était un gars adorable, très apprécié du groupe. C’était un très bon joueur, qui n’a peut-être pas fait la carrière qu’on lui prédisait. Techniquement je le trouvais très fort, il avait une excellente vision du jeu. Il savait garder le ballon, le donner dans le bon tempo. C’était un atout dans un groupe. Jean-Luc, Jean-François Daniel et moi, on formait un très bon milieu. On était vachement complémentaire. Techniquement, eux étaient un peu au-dessus. Moi j’étais un peu plus physique.
J’ai bien aimé notre association. Je me souviens d’un derby gagné au Puy : Jean-Luc avait ouvert le score, Jean-François avait mis le but du break et moi celui du 3-1. J’ai vraiment aimé cette expérience stéphanoise. Ce qui m’embête, c’est que je suis parti un peu en queue de poisson de Sainté. J’ai quitté le club non pas car j’ai voulu le quitter mais par la force des choses. J’avais déjà perdu mon père et ma maman s’est faite opérer du cœur. J’étais soutien de famille, mon frère était très jeune. J’aurais adoré resté à Sainté après avoir aidé le club à retrouver l’élite. Henryk Kasperczak m’avait d’ailleurs promis le brassard. Malheureusement la vie en a décidé autrement, il fallait que je me rapproche de ma mère. J’étais comme un coq en pâte à Saint-Etienne. En plus l’ASSE était un grand club. L'ASSE est un grand club !
Un grand club hélas à la peine depuis trois saisons au point d’être antépénultième et barragiste à neuf journées de la fin du championnat...
Ça m’attriste de voir les Verts dans une telle situation mais je crois qu’ils ont pris le garçon qu’il fallait pour se sauver. Pascal Dupraz est un super mec. J’ai joué avec lui au Stade Brestois puis à Toulon. Je connais très bien et on toujours de très bons rapports. Joueur, il avait du tempérament par le geste mais pas par la voix. Maintenant je trouve qu’il s’est affirmé dans le verbe. C’est un garçon qui dit ce qu’il pense. Il est haut en voix et je pense que c’est ce qu’il faut à Sainté. Les joueurs dans cette situation ont tendance à baisser la tête. Lui les aide à relever la tête, leur redonne confiance. Je pense que Pascal a les qualités pour relever le défi. Je considère qu’avec lui les Verts ont de très bonnes chances de rester en première division.
J’avais sympathisé avec Pascal à Brest et je l’avais fait venir à Toulon. D’une rade à l’autre ! (rires) Pascal était au chômage, j’avais demandé à Rolland Courbis de le faire venir et il a fait deux belles saisons à Toulon. Pascal était un gaucher très doué et polyvalent : il pouvait jouer au milieu, sur le côté, attaquant. Il était multifonction, homme à tout faire. Il était vraiment bon techniquement. Je trouve qu’il a eu une super reconversion d’entraîneur. Je ne le voyais pas au départ dans ce rôle-là, il me surprend agréablement. C’est vraiment la personne idoine pour aider Sainté à s’en sortir. Claude Puel passe pour un bon entraîneur mais apparemment c’est un coach assez rigide. Peut-être qu’il n’a pas réussi à faire passer son message aux joueurs. Pascal a un style différent, son discours a l’air de très bien passer.
Dans une semaine, Sainté reçoit l’OM, un club dont tu as porté les couleurs (la saison 1990-1991) et que tu vois régulièrement au Vélodrome. Tu t’attends à quel type de match ?
Je m’attends à une belle confrontation. Saint-Etienne a besoin de points et va vendre chèrement sa peau. C’est dommage que les Verts n’aient pas réussi à l’emporter à domicile contre Troyes lors du dernier match. Je pense que l’ASSE n’a pas marqué sur son carnet de sauvetage trois points contre l’OM. Je pense qu’un match nul serait déjà pas mal pour Sainté. Après, les Stéphanois peuvent même gagner, attention, car l’OM est fantasque. D’une semaine sur l’autre ils sont capables de faire des merveilles puis de disparaître la semaine d’après. Je pense que Sainté a sa chance dans ce match.
L’OM a quand même la meilleure équipe du championnat à l’extérieur cette saison et a remporté ses quatre derniers matches. Marseille a battu deux fois le FC Bâle en Coupe d’Europe, a écrasé Brest en Bretagne et sort d’un succès contre son rival niçois…
L’OM n’est pas deuxième équipe par hasard et en effet est particulièrement à l’aise et efficace à l’extérieur. L’OM est solide, a la deuxième meilleure défense du championnat et aussi de solides arguments offensifs. Marseille est à la bagarre avec Nice et Rennes pour se qualifier en fin de saison pour la Ligue des Champions. L’OM se doit donc de ne pas faire de faux à Geoffroy. Sainté ne sera donc pas favori mais le Chaudron sera chaud bouillant ! On sait pertinemment que cette équipe peut se transcender à l’aide de son super public. Dans ce stade il y a deux kops fabuleux. Le public stéphanois sera toujours là. Ils étaient bien plus de 30 000 contre Metz et Troyes, ils seront sans doute plus de 40 000 contre Marseille. C’est beau !
Sainté devra faire un grand match pour s’imposer car les Marseillais sont chirurgicaux. Il leur faut moins d’occasions qu’aux Verts pour marquer. J’ai vu que Milik s’est blessé avec la Pologne, il sera sans doute absent pour affronter Saint-Etienne. Ce n’est pas anodin car depuis le mois de février, il a marqué dix buts : six en L1 et quatre en Coupe d’Europe. Quand bien même il serait forfait à Sainté, l’OM a les armes pour faire mal aux Verts car le danger peut venir de partout dans cette équipe. Dimitri Payet notamment est capable à tout moment de faire la différence, c’est un poison pour les équipes adverses. Arrivé au mercato hivernal, Bakambu a réussi ses débuts en marquant à Lens et il a également scoré contre Metz et lors du dernier match contre Nice. Guendouzi, Gerson et Ünder peuvent aussi trouver la faille, les Verts l’ont d’ailleurs appris à leurs dépens à l’aller…
Les Stéphanois devront donc rester vigilants et concentrés pendant 90 minutes. Ils devront aussi se montrer incisifs, inspirés et efficaces en attaque pour accrocher ou battre l’OM . Cette équipe marseillaise prend peu de buts, notamment grâce à un joueur que vous connaissez bien à Sainté et qui vient tout juste de faire ses débuts avec les Bleus au Vélodrome contre la Côte d'Ivoire : William Saliba. Je pense que son échec en Angleterre, où il n’a pas vraiment eu sa chance, lui a quand même fait du bien. Il s’est parfaitement relancé en revenant en Ligue 1. Il vient tout juste d’avoir 21 ans et a toutes les qualités pour faire une grande carrière. Si Didier Deschamps l’a convoqué en équipe de France, c’est qu’il le mérite ! Il va vite, il n’est jamais en panique, il dégage une espèce de force tranquille. Quand il faut accélérer il accélère ; quand il faut tacler, il tacle. Il est à l’aise balle au pied.
Ton prono ?
Je vois un match très intense qui s'achèvera sur un score de parité. Je vois les Verts se sauver en fin de saison et l’OM finir à la deuxième place. C’est à la fois un pronostic et un souhait. C’est le choix du cœur. J’ai envie de revoir l'OM en Ligue des Champions et j'ai adoré mon passage à Saint-Etienne, c’est un grand club qui mérite de rester en première division !
Merci à Bernard pour sa disponibilité