Erick Mombaerts a dirigé près de trois ans chez les Bleuets Eliaquim Mangala, qui devrait faire ses grands débuts en vert en en Ligue 1 cet après-midi dans le Chaudron. L'actuel conseiller technique de l'ESTAC, qui avait réussir à maintenir dans l'élite en 2004 un TFC qui ne comptait que 12 points à la trêve, nous présente le nouveau numéro 22 de l'ASSE.


Quels souvenirs gardes-tu d’Eliaquim Mangala ?

J’en garde d’excellents souvenirs. Je me souviens de son arrivée chez les Bleuets. Il n’avait jamais joué en équipe de France chez les jeunes mais j’avais entendu dire qu’il y avait un jeune français qui jouait au Standard de Liège. Avec mon adjoint Patrice Bergues, on est allé le rencontrer alors qu’il devait faire ses débuts avec les Espoirs belges. Eliaquim est né en région parisienne mais il est parti dès l’âge de cinq ans en Belgique, c’est dans ce pays qu’il a grandi. Il aurait pu rejoindre les Diables Rouges mais on est allé très rapidement voir un match du Standard à l’extérieur, on a dû ruser pour lui parler à la fin du match avant qu’il reprenne le bus. En cinq ou six minutes, on lui a exposé le projet des sélections françaises. On n’était vraiment pas sûr qu’il répondrait à cette demande mais il y donné une suite favorable. Il a joué son premier match avec nous en novembre 2009 contre la Tunisie, je l’aurai donc eu près de trois ans en équipe de France Espoirs. Je n’ai pas été déçu du niveau de jeu d’Eliaquim et de l’homme qu’il est.

C’est une personne avec des valeurs, qui est parti très tôt de France et qui a une grande capacité d’adaptation. Eliaquim a des valeurs de travail, de solidarité. Le joueur, tout le monde le connaît. Eliaquim, c’était d’abord un grand défenseur. Il avait tout ce qu’il fallait pour l’être. Il a de la rigueur, il est fort dans le duel, il a un très bon jeu de tête, une bonne lecture du jeu, de la qualité dans les relances. C’est un gaucher de surcroît. Eliaquim cochait toutes les cases. Dans un groupe, c’est un joueur très appréciable car ayant un très grand sens du collectif. J’ai le souvenir d’un joueur très impliqué et attentif, qui essayait de comprendrait les aspects tactiques. C’est aussi un joueur qui fédère, qui est un leader mental. C’est aussi pour ça que je lui a confié plusieurs fois le brassard. Il faisait partie des joueurs – il y en a eu d’autres comme Philippe Mexes – qui étaient en avance. Très tôt Eliaquim a joué dans les équipes premières. Eliaquim avait déjà beaucoup de maturité.

Que t’inspire son arrivée à l’ASSE ? Malgré toutes ses qualités, Eliaquim Mangala a très peu joué depuis quatre ans…

Honnêtement, c’est difficile de répondre à cette question. L’image que j’ai d’Eliaquim ne changera pas. Après, où en est-il aujourd’hui, je ne peux pas le dire. J’ai été à l’étranger pendant presque sept ans avant de rejoindre l’ESTAC. Je l’ai juste revu quand j’étais à Yokohama. On s’est revu à Manchester lors de la période Pellegrini. Eliaquim avait surpris de me voir mais j’avais été invité à un débriefing de ma première année à Yokohama. On s’était revu avec beaucoup de plaisir en 2016, on avait échangé avec beaucoup d’amitié. Après, j’ai suivi de loin sa carrière. C’est vrai qu’il a peu joué depuis sa blessure au genou avec Everton il y a quatre ans. Lorsqu’on subit des blessures, on perd du temps, on a du mal à revenir. Il y a d’autres exemples, on le voit avec Sergio Ramos. Je ne sais pas du tout où en est Eliaquim mais forcément je lui souhaite le meilleur. Certes l’ASSE fait partie des clubs comme l’ESTAC qui luttent pour le maintien mais j’ai beaucoup de respect et d’amitié pour Eliaquim.

Je souhaite à Eliaquim d’être à son meilleur niveau. C’est un joueur qui a été très tôt confronté au très haut niveau. C’est un joueur qui s’est affirmé dans des clubs européens comme le FC Porto et Manchester City. Après avoir disputé une vingtaine de matches avec moi chez les Bleuets, il a joué huit matches avec l’équipe de France A. C’est un joueur qui a l’expérience du très haut niveau. Je pense que Saint-Etienne l’a pris aussi car Eliaquim est un leader collectif. Il met constamment en avant les vertus collectives. Les défenseurs incarnent souvent ça. Pour bien défendre il faut faire bloc, il faut faire preuve d’abnégation. Il faut faire preuve de solidarité. Ce sont les vertus du haut niveau, Eliaquim les incarne. Comme Loïc Perrin a su le faire à l’ASSE et comme Adil Rami le fait actuellement chez nous à Troyes.

Eliaquim Mangala va jouer à Sainté aux côtés de deux joueurs que tu as eus sous tes ordres en équipe de France Espoirs : Bakary Sako et Wahbi Khazri.

J’ai beaucoup de plaisir de revoir sur les terrains des joueurs que j’ai connus chez les Espoirs. Bakary était à l’époque un garçon sur qui on fondait de gros espoirs. J’ai le souvenir d’un garçon d’abord très agréable. Bakary était très enjoué, très jovial, très enthousiaste. Il avait des qualités de percussion et une super frappe. Il apportait beaucoup de peps et de profondeur à notre équipe. Wahbi Khazri, je l’ai très peu connu donc j’ai moins de souvenirs de lui. Je l’ai fait jouer une heure lors d’un match amical contre l’Italie et il a dû faire un ou deux bancs lors des éliminatoires de l’Euro Espoirs. Il avait déjà les qualités qu’on lui connaît aujourd’hui et qui font le bonheur des Verts et de la Tunisie. Mais notre collaboration aura été assez brève.

Ces garçons ont pour mission de sauver l'ASSE, un club qui a bouclé la phase aller avec seulement 12 points. Tu as déjà relevé avec succès un tel défi car le TFC avait le même bilan comptable à la trêve avant de se maintenir à l’issue de la saison 2003-2004.

Je pense qu’il faut recontextualiser les choses. Le TFC de cette époque et l’ASSE cette saison ont certes en commun ce petit nombre de points à mi-parcours mais les contextes sont très différents. Il faut savoir comment on en était arrivé là à Toulouse. Il ne faut pas oublier que le Tef avait été doublement rétrogradé deux ans avant. On était reparti pour sauver le club avec les joueurs issus du centre de formation et quatre pros seulement à qui je tiens à rendre hommage : le regretté Christophe Revault, William Prunier, Stéphane Lièvre et Anthony Bancarel. Le premier exploit, ça a été de monter du National à la Ligue 2 et dans la foulée d’être champion de France en Ligue 2 avec la même équipe.

Avec le président, on a décidé de continuer l’aventure. Les jeunes joueurs avaient sauvé le club, on ne pouvait pas décemment jeter tout ça. On devait les respecter pour tout ce qu’ils avaient réussi à faire. On a démarré en Ligue 1 avec une équipe quasiment inchangée par rapport à la Ligue 2. Les premiers six mois ont été difficiles car il y a eu un temps d’adaptation pour les jeunes qui n’avaient pas connu le haut niveau avant. Les six premiers mois ont été une période d’apprentissage. Je replace le contexte car on n’était pas surpris et on n’était pas dans un contexte négatif. C’était le même groupe depuis plusieurs années, c’était la troisième année que j’entraînais l’équipe première sachant qu’auparavant j’avais entraîné la réserve et dirigé le centre de formation donc je connaissais très bien tous ces jeunes.

On voit aujourd’hui que des clubs en difficulté font des mercatos, essaient de changer en profondeur leur équipe, font venir de nombreux joueurs. Nous à l’époque on a procédé différemment. On a continué de faire confiance à notre jeu et à nos jeunes. Ce qui nous avait permis d’accéder du National à la Ligue 2 et de la Ligue à la Ligue 1, c’étaient nos automatismes. C’était le jeu qu’on avait mis en place. On a d’abord misé la-dessus, renouvelé notre confiance aux artisans ce ces deux montées. On a juste renforcé ce groupe avec un joueur dont l’arrivée a été déterminante : Fernandao. C’est un attaquant brésilien qui nous a rejoint au mercato d’hiver en provenance de Marseille. Ça a vraiment été un joueur d’une influence extraordinaire. Il a libéré beaucoup de jeunes. Son apport a très précieux, on a fait une seconde partie de saison quasi-exceptionnelle.

Comment as-tu fait en sorte que ta jeune équipe garde confiance en elle après un aussi maigre bilan comptable à la trêve ?

Les jeunes joueurs, à la différence peut-être des autres, c’est qu’ils sont un peu plus insouciants. Comme ils débutent leur carrière, pour la plupart, c’est quand même une expérience qui reste positive même si elle difficile. Pour beaucoup ils le vivent comme ça. On était dans un contexte très particulier avec un jeune président volontaire et reconnaissant. Olivier Sadran savait en effet tout ce qui avait été fait. Le public nous était aussi acquis à l’époque. Le contexte n’était donc pas si dur à vivre que ça. C’est peut-être plus difficile ailleurs, aujourd’hui peut-être, mais compte tenu de ce qu’on avait fait auparavant, les joueurs se sentaient soutenus à l’époque.

Les jeunes positivaient, pour la plupart ils avaient signé leur premier contrat pro. Il faut replacer ça dans leur contexte. Ils avaient aussi beaucoup d’affinités entre eux. Vivre ensemble deux montées coup sur coup, ça crée des liens hyper forts. On a beaucoup joué là-dessus, ces jeunes étaient sur une très dynamique positive et ce n’est pas le dur apprentissage des six premiers mois dans l’élite qui allait casser tout ça. On s’est découvert aussi des leaders chez les jeunes comme Lucien Aubey et Issou Dao. Les jeunes ont profité de cette expérience et élevé leur niveau.

À l’ASSE, les jeunes n’ont pas forcément été portés par une telle dynamique positive. La situation est-elle de ce fait plus difficile à gérer pour eux, qui plus est un dans un club du standing de l'ASSE ?

Je ne sais pas. Peut-être. En tout cas c’est difficile de comparer, la situation actuelle de l’ASSE à celle très particulière qu’on a connue à l’époque au TFC où il y avait de la stabilité, avec les mêmes joueurs et le même entraîneur. On avait décidé sur notre lancée. Quand il y a des changements d’entraîneur, il y a des changements de joueur, des philosophies de jeu qui peuvent être différentes. Nous on avait pris le parti qu’il ne fallait pas changer, on a considéré que la première partie de cette saison 2003-2004 était la logique période d’apprentissage du haut niveau.

On ne l’a pas vécu de façon aussi négative qu’à la limite Saint-Etienne pourrait le vivre aujourd’hui. Les Verts sont déjà depuis très longtemps en Ligue 1, nous deux ans auparavant on était en National… Après, quel que soit le contexte, on a démontré qu’on peut réussir à se maintenir avec seulement 12 points à la trêve. Le foot, c’est fait pour donner des émotions. L’espoir fait partie de ces émotions. Mais ce qu’on a du mal à faire comprendre, c’est qu’il ne faut pas vivre les aspects sportifs comme des drames. C’est difficile de faire passer cette idée.

Il faut respecter le sport, les difficultés qu’on peut avoir. Mes années au Japon m’ont beaucoup marqué. Là-bas les clubs véhiculent aussi beaucoup de supporters. Les gens jusqu’à la dernière journée soutiennent leur équipe. Lorsqu’ils descendent, j’ai assisté à des scènes très fortes. Tous les joueurs et les supporters pleurent ensemble mais c’est vécu différemment. C’est un autre contexte, une autre culture mais je pense que parfois on dramatise beaucoup, on n’accepte pas trop le verdict sportif. A partir du moment où il y a un championnat, il faut respecter son verdict.

Ce n’est pas le fruit du hasard si on n'avait que 12 points avec Toulouse à mi-championnat. On n’était pas assez performant, notamment dans les deux zones de vérité. On souffrait dans ces deux zones-là, il y avait un gap entre la Ligue 2 qu’on avait survolée et la Ligue 1. Il y avait une différence de niveau assez conséquente. Il a fallu progresser, être encore plus performant. C’est là que Fernandao nous avait apporté énormément dans la zone de vérité offensive. On avait également beaucoup progressé sur le plan défensif. Ces aspects-là nous ont permis de se maintenir. C’est le jeu.

 

Merci à Erick pour sa disponibilité