Vigneron mais pas Thierry comme dirait notre fidèle potonaute guinnesstime, l'ancien défenseur central stéphanois Gilles Leclerc nous parle de son ami Olivier Dall'Oglio, qu'il voyait déjà il y a 10 ans entraîner les Verts !
Gilles, tu connais très bien l’actuel entraîneur des Verts !
Oui, on se connaît de longue date avec Olivier. On a joué plusieurs années ensemble à Alès, sa ville natale. On a commencé notre carrière professionnelle dans ce club, notre club formateur. Notre amitié est née de là et a perduré même quand nos chemins se sont séparés. Olivier est l’un des premiers joueurs formés au club qui a réussi, c’était l’exemple qu’il fallait suivre. C’était mon aîné de trois ans, il m’a pas mal inspiré quand j’ai débuté à Alès. On a joué un bon paquet de matches ensemble. Il était latéral, j’étais libéro. On s’entendait bien sur le terrain comme en dehors. On a vécu de belles choses ensemble à Alès. On a eu de bons résultats. On était craints, on était prêts physiquement et on avait un mental à toute épreuve. On avait un vrai collectif. C’est la base dans ce sport. On a performé en D2 et on a vécu une demi-finale de Coupe de France contre Bordeaux.
Olivier et moi, on a été transféré ensemble à Strasbourg. Ça nous avait un peu rassurés car c’est la première fois qu’on quittait notre Gard natal ! C’était un changement radical, j’étais content de faire ce grand saut avec un copain. On partait de notre petit club familial pour intégrer un grand club. On a joué une saison ensemble en Alsace et ensuite on s’est quitté. Chacun pour soi est reparti dans le tourbillon de la vie (sourires). Je suis allé à Perpignan et Olivier est resté deux saisons de plus au Racing. Après il est parti à Perpignan mais je n’y étais plus, j’avais entretemps quitté les P-O pour retourner dans le Gard, à Alès puis à Nîmes, ma ville natale. Mais Olivier, c’est toujours mon ami. On arrive à se joindre régulièrement.
On a nos vies respectives mais ça nous arrive de nous appeler, de prendre des nouvelles. Même si on ne se voit pas très souvent car on a des vies biens remplies pour l’instant, on se revoit avec grand plaisir. J’aime sa personnalité. Olivier, c’est quelqu’un d’intègre et fiable. C’est un ami, tu peux compter sur lui. Olivier, c’est quelqu’un de calme, réfléchi. Il a pas mal de qualités humaines. On n’a pas besoin de se dire 36 000 choses. On s’apprécie et on plaisir à se retrouver. On s’est vu le mois dernier à Strasbourg avec les anciens du Racing. C’est marrant car il y avait aussi Thierry Laurey, un gars super lui aussi dont le nom circulait également du côté de Sainté. Ils s’apprécient tous les deux, on a discuté de tout ça et Olivier a été nommé entraîneur des Verts trois jours plus tard.
Olivier est un entraîneur qui a de la bouteille, tu as d’ailleurs lancé une Cuvée Bleue en sa compagnie il y a un an et demi.
Je vois que tu suis toujours mon activité de vigneron au Domaine Carmelisa ! (rires) C’est un nouveau clin d’œil à mon passé d’ancien footeux. J’avais d’abord lancé une Cuvée Verte il y a une douzaine d’années pour rendre hommage à l’ASSE. J’ai ensuite sorti une Cuvée Rouge pour évoquer mon passage au Nîmes Olympique. J’ai effectivement lancé plus récemment une cuvée bleue faisant référence au club d’Alès avec trois amis dont Olivier. Les deux autres sont Michel Flos et Lionel Cristol. On a joué ensemble à Alès et on est resté en contacts car on avait des affinités tous les quatre, on se voyait aussi en dehors des terrains. On a eu du plaisir à se retrouver autour d’un petit verre de vin.
C’est ce que j’aime aussi dans mon métier, ces moments de partage, de convivialité. Cette cuvée bleue, c’était un prétexte pour se retrouver en fait ! (rires) Je crois qu’Olivier a apprécié ces moments. Il exerce un métier difficile, très prenant. Il faut savoir s’évader. Le milieu du foot est particulier, il faut pouvoir se changer les idées sinon ça doit être pesant à force... C’est ce que j’ai dit à Olivier. Entraîneur, c’est pas mon truc. Je n’aurais pas pu. Psychologiquement, c’est trop compliqué. J’ai aimé jouer mais entraîner, c’est repartir dans des changements de club. C’est usant.
Je suis bien dans mes vignes et Olivier sait que je n’aurais pas pu entraîner. Il me chambre sur ça d’ailleurs ! (rires) On se chambre mutuellement en fait. Olivier est un passionné de football, mais il a d’autres centres d’intérêt, d’autres qualités. La peinture notamment. Il n’est pas aussi passionné que moi par le vin mais il aime bien ponctuellement prendre un verre. C’est l’occasion pour nous de replonger dans nos souvenirs. On a un vrai plaisir à se remémorer les bons moments qu’on a vécus. Le temps passe tellement vite qu’il faut s’octroyer ces moments-là. Profitons-en car d’ici quelques temps on ne se souviendra plus de rien ! (rires)
Ta Cuvée Verte cartonne particulièrement ?
Je commerce beaucoup dans la Haute-Loire et dans la Loire donc la Cuvée Verte marche bien. Le mois dernier, j’ai été très souvent dans la région. Ça me fait plaisir car à chaque fois je reparle des Verts. C’est mon club, j’ai toujours eu cette passion pour l’ASSE. Ça remonte à mes jeunes années. Comme je suis né en 1967, mes premiers souvenirs marquants remontent à cette fameuse épopée des Verts. Ils m’ont donné ce virus-là. Ça a été extraordinaire pour moi de joueur avec ce mythique maillot vert, d’autant plus que j’ai eu la chance de vivre une très belle aventure à Sainté il y a 25 ans avec une montée à la clé.
Je m’en rends bien compte lors de mes déplacements et des dégustations que j’organise : des fans des Verts, il y en a beaucoup. Je vois bien que tous les amoureux des Verts sont tristes de voir le club dans une situation aussi compliquée. On espère que tout ça va vite repartir car il y a un tel engouement encore… C’est fabuleux ! Saint-Etienne, c’est fabuleux ! Je commerce aussi autour de chez moi, la Cuvée Rouge et la Cuvée Bleue marchent bien. Mais c’est vrai que la Cuvée Verte marche très bien, en particulier dans la région stéphanoise et dans les alentours car on peut la trouver dans d’autres endroits de la Loire et aussi en Haute-Loire. J’aime revenir dans la région, les gens sont sympas et on y mange bien.
Mais les gens se régalent rarement quand ils voient jouer les Verts ces dernières saisons, notamment celle en cours…
C’est vrai qu’il n’y a pas une maîtrise totale, que ce soit sur le terrain mais aussi au niveau de la gouvernance de ce club. On ne sent pas véritablement une orientation claire et nette, on ne sent pas quelque chose au niveau du jeu, au niveau du club. On aimerait un jour y voir plus clair, qu’il y ait des idées directives précises et enthousiasmantes. Olivier n’arrive pas dans un contexte facile, mais j’espère bien sûr que mon ami va réussir, que le club va réussir. Je le suis toujours autant. On espère que ça va bien prendre mais on sent quand même une belle instabilité dans ce club.
Je n’ai vu que quelques matches à la télé cette saison et ça fait un moment que je ne suis pas revenu dans le Chaudron. Le dernier match auquel j’ai assisté à Geoffroy-Guichard, ce n’était pas le plus abouti. C’est même un très mauvais souvenir car c’était le barrage contre Auxerre. Horrible ! J’ai mis cinq jours à m’en remettre. La Ligue 1, tu sais quand la quittes mais tu ne sais jamais combien de temps tu vas mettre pour la retrouver. On a tous envie de revoir les Verts au plus tôt dans l’élite mais on voit bien que c’est compliqué, que Sainté est loin de survoler ce championnat de Ligue 2 qui est difficile.
Deux équipes semblent au-dessus du lot et pour le coup ont de bonnes chances de remonter immédiatement : Angers et Auxerre. De ce que j’ai vu, c’est solide et ça joue bien donc ça va être compliqué d’aller chercher le SCO et l’AJA. Les Verts devront sans doute passer par les barrages s’ils comptent remonter cette année. Mais on sait que les barrages, c’est très aléatoire. Il faut déjà retrouver une cohérence au niveau du jeu. Il faut aussi que tous les joueurs aillent dans le même sens. J’espère que les Verts vont faire une belle seconde partie de saison pour pouvoir jouer la montée.
Pourquoi pas faire une belle série et venir titiller les toutes premières places ? Pour l’instant il n’y a rien de sûr. Comme tous les supporters, on a des doutes. Il faudrait avoir une régularité de jeu. Une équipe, tout simplement. Je ne dis pas ça parce que c’est mon ami mais je pense qu’Olivier est un super coach. Il a beaucoup d’intelligence tactique et fait pratiquer à ses équipes un jeu plaisant. Dans tous les clubs où Olivier est passé, malgré des moyens limités, les équipes ont produit un jeu attrayant, assez intéressant. Il n’y a pas de raison pour que ça ne se passe pas comme ça à Sainté.
Mais c'est la première fois qu'il reprend une équipe en cours de saison, avec l'obligation de faire performer son équipe vu l'objectif de la montée affiché par le club.
Oui, c'est une situation inédite pour lui. Olivier est arrivé au bout de six mois. A lui de mettre sa touche. Je n’ai aucun doute à ce sujet. Comptablement, son aventure stéphanoise a plutôt bien démarré car les Verts ont pris quatre points sur six lors des deux derniers matches alors qu’ils restaient sur cinq défaites consécutives en championnat. L'équipe va très certainement se renforcer lors du mercato. J’ai vu qu’Olivier souhaite recruter un attaquant capable de prendre la profondeur et un latéral droit capable de jouer aussi à gauche. Apparemment Irvin Cardona arrive en prêt et Yvann Maçon est de retour à l’entraînement. On verra si ce dernier va rester.
Ce serait bien qu’Olivier ait des renforts dès cette semaine et pas en fin de mercato, ça laisserait plus de temps aux recrues pour s’intégrer. Les Verts sont déjà éliminés de la Coupe de France, j’ai vu qu’Olivier a calé un match amical ce samedi contre Grenoble, ça va lui permettre de parfaire les automatismes de son équipe en vue de la reprise du championnat contre Laval. Même si l’ASSE a pris le parti de mettre beaucoup de joueurs au repos contre Nîmes, c’est un peu surprenant de s’être fait sortir par ce club qui n’est vraiment pas au mieux. Je suis la situation des Crocodiles car j’ai joué aussi au Nîmes Olympique, où Olivier a officié en tant que directeur du centre de formation d’ailleurs il y a une vingtaine d’années. Nîmes est actuellement dans la zone rouge en National 1.
Quand tu es Saint-Etienne, tu ne peux pas te permettre de négliger une compétition comme la Coupe de France. Ça fait un bail que la Coupe de la Ligue a été supprimée, si un club comme l’ASSE ne peut même pas jouer sur deux tableaux… C’est un peu dommage, quoi ! Dire que la priorité c’est la montée et qu’il faut donc faire l’impasse sur la Coupe de France, ce n’est pas sérieux comme explication. Bien sûr, une remontée est plus importante qu’un bon parcours en Coupe de France mais une montée ça s’acquiert avec persévérance et avec de la confiance. Cette confiance, tu l’emmagasines avec les victoires, quelle que soit la compétition. Bref…
Que t'inspire le contenu des matches des Verts cette saison ?
Je n’ai pas vu assez de matches pour avoir un avis suffisamment pointu sur la saison des Verts mais on m’en parle beaucoup au gré de mes rencontres et de mes déplacements. Manifestement, la qualité de jeu n’est pas là ou quand elle est là elle ne dure qu’une mi-temps. La volonté n’est pas tout le temps-là non plus, ça fait beaucoup quand tu aspires à monter… Moi je connais très bien la D2, la qualité première que tu dois avoir dans ce championnat, c’est l’engagement, la détermination. Surtout quand tu portes le maillot vert car t’es l’équipe à faire tomber.
C’est normal, l’ASSE est un grand club et les adversaires sont particulièrement motivés quand ils affrontent les Verts, que ce soit à domicile ou à l’extérieur. C’est pour ça qu’Olivier dès son arrivée a mis particulièrement l’accent sur l’état d’esprit à avoir pour performer dans ce championnat. Mais le club c’est un tout, cet état d’esprit conquérant est censé aussi partir de tout en haut, de la présidence. Il s’agit d’avoir une vision, une véritable direction. Quand tu n’as pas une direction claire à tous les niveaux, c’est difficile de progresser et de se projeter.
Je trouve qu’il y a trop d’incertitudes depuis plusieurs années dans ce club. La vente de l’ASSE, on en parle depuis longtemps mais on ne voit rien venir. C’est sûr que ça n’aide pas. Quand au sommet on n’a pas les mêmes idées sur les orientations d’un club, c’est compliqué d’être crédible. On a parfois le sentiment que ce club navigue à vue. Personne ne sait où va aller le club. Quand le club a bien fonctionné, c’est qu’il y avait une présidence forte, quelque chose de bien tracé. C’est pour ça que la situation de l’ASSE est assez frustrante. Je suis ça de loin mais je comprends que ça attriste ou que ça agace tous les amoureux de Sainté, ceux qui vont au stade surtout.
Ils restent très nombreux malgré les résultats souvent décevants de l'ASSE !
Oui, c'est vraiment remarquable. Les supporters des Verts sont toujours là, ils sont derrière à l’équipe que ce soit à la maison mais aussi à l’extérieur où les parcages sont presque toujours pleins. J’espère vraiment qu’ils vont vivre une seconde partie de saison emballante. Il faut vraiment qu’il y ait un enjeu, une perspective de montée car il n’y a rien de pire dans une saison que de végéter dans le ventre mou, ça peut alors devenir vite monotone.
Sainté a pris du retard mais il peut encore se passer plein de choses d’ici la fin de saison. On espère tous que les Verts vont repartir sur une dynamique positive. Parfois, il suffit de pas grand-chose. Ce que je souhaite le plus au monde, c’est que l’ASSE ait des résultats, en plus avec mon pote à sa tête. Ce serait chouette ! Pour l’anecdote, je lui avais dit quand il était à Dijon : « toi, un jour, tu vas signer à Saint-Etienne ! Je sens que t’as le profil pour devenir un jour l’entraîneur des Verts. »
Bon, Olivier vient d’arriver dans des circonstances un peu particulières, parachuté en milieu de saison. Mais j’étais convaincu déjà il y a plus de 10 ans qu’il avait l’étoffe pour officier un jour à Sainté. Il m’avait dit qu’il aimerait bien car pour tous les gens de notre génération, tout le monde a supporté Saint-Etienne. Quand gamin, les Verts t’ont fait vibrer, il en reste forcément quelque chose. Bien sûr l’ASSE est très loin du niveau que le club avait à l’époque mais ça reste un club prestigieux, qui suscite encore aujourd'hui une réelle ferveur
Olivier a eu l’opportunité de rejoindre les Verts et il a su la saisir. Je pense que c’est un bon choix. Avant d’embrasser une carrière d’entraîneur professionnel, il a acquis une solide expérience en tant que formateur, que ce soit à Nîmes ou à Dijon. Il vient de rejoindre un club qui doit charbonner en Ligue 2 mais qui a quand même un centre de formation de qualité, parmi les tout meilleurs en France. Olivier peut faire confiance à de bons jeunes, il a l’esprit club. Je lui souhaite de tout cœur de réussir et de fêter ça avec lui autour d’une bonne bouteille !
Merci à Gilles pour disponibilité et allez les verres !