Ça exprime pourtant assez bien, le sentiment (partagé par beaucoup de monde) de ceux qui ne se sentent même plus en position de parler parce que de toutes façons on leur répondrait péremptoirement qu'ils disent des conneries épicétout, et qui traduisent ça en rejet de l'intello bien-pensant (donc bobo-gaucho, c'est un tout). La gouaille d’un Coluche ou la provoc’ d’un Desproges, c’est le franchouillard qui n’est plus ou qui se cache parce qu’il est mal vu.
La réaction de merlin sur le prof d'université est dans la même veine : alors que ce n'est clairement pas un métier qui rapporte grand chose vu le nombre d'années d'études que tu te tapes (va faire HEC, fils à papa, ce sera plus rentable), le premier "ennemi", c'est l'intello bien-pensant.
Il y a une tentative de "théorisation" de ça, les "petits Blancs" (un copain m'en a parlé jeudi dernier), et qui rejoint l’article de la Vie des Idées que j’ai mis quelques pages plus haut sur les USA :
http://www.huffingtonpost.fr/2013/10/13 ... e-den-bas/
Un paradoxe: "les Blancs sont considérés comme majoritaires, tout en n'ayant d'existence qu'incertaine et même précaire. Un élément neutre, décidément, dont on ne peut rien dire, et dont on n'a le droit de rien dire."
(...)
La figure du petit blanc apparaît dès lors comme oubliée par les politiques et notamment par le Parti socialiste. À cet égard les années 1980 marquent un tournant. "La gauche renonce alors à lutter contre le chômage, tourne le dos à l'économie pour investir le sociétal," analyse l'auteur.
(...)
Mais les petits blancs ne se sentiraient donc pas si petits sans le mépris des "nantis", ces grands blancs qui, ne voulant pas leur ressembler, les mettent à distance, au risque d'aboutir à une forme de racisme inversé.
"Ces Blancs déchus ont pourtant le mérite de donner bonne conscience à ceux qui les rejettent: ces derniers donnent en effet des gages de leur éminente hauteur de vue. Ils prouvent même leur absence de racisme.
(...)
Mis à l'index par les élites, décriés de toute part, déchus de leur humanité, les petits Blancs s'imposent, à leur corps défendant, comme les récipiendaires d'une rancœur postcoloniale qui les place du côté des oppresseurs. "Ils représentent ceux des Blancs que l'on voit, ceux des Blancs à qui l'on peut s'adresser et que l'on considère, en dépit de leur modestie sociale, comme détenant les clés d'un système qui vous humilie."
Perçus à tort ou à raison comme "le fond du peuple français", ils symbolisent la colonisation tout en proposant une figure symétrique de l'échec. Alors que le petit Blanc est stupéfait de se découvrir "aussi pauvre que les plus pauvres", "de même le Français d'origine immigrée se trouve étonné de constater qu'il existe des Blancs aussi peu diplômés que lui, aussi isolés socialement, en souffrance aussi manifeste." Double mépris.
(...)
Ce qu'il ressort de ces portraits autant que de la réflexion de l'auteur, c'est avant tout l'absence cruelle de considération pour ces petits Blancs. Damnés de l'époque, leur malédiction est bien d'être blanc, et donc de faire partie d'une majorité dans laquelle ils perdent "tout trait identifiable".
Dit plus simplement, avec un exemple qui fera bondir certains (mais je prends le risque
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). D’un côté, un musulman va obliger sa femme à prendre le voile et à faire la femme au foyer : l’intello bien-pensant tolère (dans une certaine mesure) car c’est une autre culture. De l’autre, Robert Dupont va coller une raclée à sa femme à cause d’une querelle domestique (comme probablement la totalité de ses ancêtres masculins de la Préhistoire jusqu’au XIXè siècle au moins) : l’intello bien-pensant condamne, stigmatise, et punit s’il le peut. Une sorte de deux poids-deux mesures, que Robert Dupont n’accepte pas.
Le Pen père et fille ont toujours su exploiter cette veine, et notamment en affectant une gouaille et un franc-parler « bien de chez nous ».