Alors qu'il vient d'être nommé secrétaire adjoint des Socios Verts, Damien Bridonneau s'est confié à Poteaux-Carrés sur ses liens avec Sainté et Bastia. Ses deux anciens clubs s'affrontent ce samedi pour la clôture des matchs allers de L2.


Damien, tu débutes aux Chamois Niortais dès le plus jeune âge jusqu’à devenir professionnel. Peu de joueurs réussissent ce parcours pour devenir pro ! Quelles qualités faut-il avoir pour obtenir ce graal ?

J'ai effectivement gravi chaque échelon de mon club à l'époque, entre le sport-études et le centre de formation. Mon histoire de vie est vraiment personnelle et unique. Je suis issu d’une famille de 7 enfants. Mes parents sont divorcés. J'habite un petit quartier, le Clou-Bouchet, qui jouxte le stade René-Gaillard de Niort. Donc, avec mes 2 frères, nous étions les trois derniers de la fratrie et notre maman nous a inscrits, le mercredi après-midi pour aller à l'entraînement, afin, certainement de la soulager un petit. Je ne suis pas issu du tout d'une famille de sportifs. J'ai donc pris ma petite licence puis les années ont passé, débutant, poussin, pupille, minime. Comme je disais, je n'étais pas le plus beau, je n'avais pas les plus belles chaussures mais j'ai toujours eu l'envie et la détermination.

À l'âge de 10-11 ans, j'ai un déclic à l'école. J'étais dans un petit collège de quartier qui s'appelait Jean Zay. À l'époque, j'étais un peu fougueux, un petit peu fou peut-être. Je me suis fait virer de ce collège. J'ai eu la chance de rentrer dans un autre collège au centre-ville, le collège Fontanes. On est beaucoup de joueurs pros à en être sortis. C'était une institution du côté de Niort.

Ceci dit, pour passer pro, il faut quand même quelques qualités physiques ou techniques je suppose ?

Il y a la chance aussi, c’est important. Il faut être là au bon moment, mais il faut aussi montrer les dents. Il y a peu d'élus c'est vrai mais, quand tu en fais partie, tu dois t’en donner les moyens. Il faut tout donner pour n'avoir rien à regretter. Vu ma situation de famille, c'était soit le ballon, soit je ne sais pas ce que j'aurais fait dans ma vie … Je n'étais pas spécialement passionné de football, mais c'était un métier. J’avais une grosse motivation.

Pour revenir un bref instant sur ton aventure à l’ASSE, Fred Antonetti se rappelait de l'époque de 2003-2004 et disait « on est allé chercher des mecs qui avaient faim. Comme on était interdit de recrutement, on est allé chercher des mecs qui étaient au chômage, sans club. Je pense à Bridonneau ou à Morestin, par exemple. En tout cas, ils en voulaient vraiment » Tu te rappelles tes premiers pas avec ce coach ?

Alors, oui, bien sûr ! Mais, juste un petit retour en arrière, avant d'arriver à Saint-Etienne, je suis passé au Mans et suis resté trois saisons et on monte en Ligue 1. Je suis un joueur indiscutable puisque j'ai joué toutes les saisons.

Et là, patatras tu n’es pas appelé à continuer à l’étage supérieur ?

J'ai eu un désaccord avec l'entraîneur, Thierry Goudet, à l'époque. Au début de ma dernière saison, Toulouse voulait que je vienne chez eux en Ligue 1 mais Le Mans n'a jamais voulu me libérer. Je m'étais un peu frité en début de saison avec le coach. Puis on a fait une super saison ensuite grâce à des joueurs extraordinaires comme Didier Drogba, Daniel Cousin, Laurent Bonnard ... tous ces joueurs ont fini par jouer aussi en Ligue 1 et dans de très bons clubs.

Moi, j'avais signé un contrat de trois ans au Mans. J'avais voulu sortir de ma zone de confort à Niort. Je quittais donc le cocon familial, ma région, ma ville. Et ça a été le bon choix puisqu'au bout de la troisième année, on monte en Ligue 1. J'arrive donc à la fin de mon contrat de cette saison et Philippe Goudet me dit, je vais faire un choix sportif, c’est la raison pour laquelle je ne te prolonge pas ! Son argument était complètement bidon… je me retrouve donc en stage avec l'UNFP où nous partons jouer quelques matchs aux Pays-Bas puis reviens sur le Mans où j’habite. Je pars ensuite faire un essai à Bastia où Gérard Gili est l’entraineur principal avec comme adjoint, Christophe Galtier. C'est d’ailleurs lui qui vient m'accueillir à l'aéroport. Je fais deux matchs ici et je joue notamment avec Laurent Batlles et Jocelyn Gourvennec. On joue même un match contre le Sporting de Lisbonne face à un certain Cristiano Ronaldo qui a tout juste a 16 ans ! Je n'ai pas compris que Bastia ne me retienne pas car j’avais fait 2 super matchs. Les dirigeants ont temporisé, Christophe me disait qu’il fallait attendre un peu ... je ne sais pas ce qu'il s'est passé. J'ai demandé au Mans de pouvoir m'entraîner avec la réserve, en attendant de trouver un nouveau club … Je suis passé d'un joueur qui monte en Ligue 1 à un chômeur.

C'est assez violent quand même

Oui, ça l’est ! Mais j'ai confiance en moi. Depuis tout petit, je n'ai jamais eu peur. Il faut toujours rester positif ! Je ne pouvais pas aller plus bas. Depuis tout petit, je me bats, je me suis toujours battu ! C'est ce qui a fait ma force.

En jouant avec les jeunes du Mans, en réserve, Thierry Goudet, l'entraîneur qui m’avait viré, revient vers moi et me demande de venir m'entraîner avec les pros. Alors que je suis sans contrat ! Le mec m'a viré quelques mois avant et il me demande de venir m'entraîner pour compléter le groupe ! Tu le crois, ça ? Je fais une ou deux semaines d'entraînement mais en attendant, je cherche toujours un club. Et là, je reçois un message de Christian Villanova qui me demande de venir faire une période d'essai à Saint-Etienne. Dans ma tête, je me dis les Verts, c'est les Verts ! J'y vais ! En plus, j'avais Anthony Gauvin qui jouait avec moi à Niort qui avait signé à Saint-Etienne quelques années avant.

Tu avais discuté un peu avec lui, je suppose ?

Non, mais je me souvenais que quand il était parti de Niort pour Saint-Etienne, c'était une fierté pour sa famille, ses amis, pour les Niortais. Ca faisait plaisir de voir qu'un de tes potes est parti là bas. Donc, Christian m'appelle, je viens à Saint-Etienne. Je fais ma semaine d'essai, on joue des matchs, on gagne. Fred Antonetti me convoque dans son bureau et me propose un an de contrat. C'était quand même la troisième saison des Verts en Ligue 2, je fais donc le pari de jouer pour la montée. J'arrivais avec toute ma fraîcheur. Quand tu es dans une dynamique où tu gagnes, tu ne prends que du positif.

J'arrivais à un âge où tu as la maturité, entre 27 et 29 ans. J'étais un taulier de Ligue 2, je suis un leader, un fédérateur, j'ai toujours eu ça. Quand je suis allé dans le bureau et que Fred me fait la proposition, je l'ai remercié. Je lui ai dit franchement, merci coach de me faire confiance. La première chose qu'il m'a dit, c’est « t'inquiète pas, je sais qui tu es »

Au niveau salaire, tu t'y retrouvais quand même ?

Oui car quand tu es un joueur coté, qui a des résultats, tu gagneras ta vie. C’est ce qu'il s’est passé pour moi. À chaque fois que j’ai changé de club, j'ai eu une augmentation de salaire. Je suis parti de très bas. Je n'ai jamais eu honte de parler d'argent ou de quoi que ce soit. J'ai commencé mon premier contrat pro à Niort où je gagnais 2 500 euros. À la fin de ma carrière, mon plus gros salaire était de 15 000 euros. Donc à l'époque, c'était un salaire très correct pour un défenseur latéral de Ligue 2.

C'est fou de se dire que ça s'est joué à peu. Le Mans allait me proposer un contrat pour re-signer. Au Mans, tout le monde m’en parlait ! Mais cette histoire-là et mon arrivée chez les Verts ont aussi changé ma vie. Sûrement ! Et puis il y avait une belle équipe à Sainté. Le coach te dit, j'ai pris des chômeurs, j'ai pris des mecs qui avaient faim. Et il a pris des mecs de l'inconnu. Côté gauche, il y avait Hérita Ilunga qui était un inconnu total. Tu avais aussi Nicolas Marin qui était prêté par Auxerre.

Tous ces mecs ont ramené un souffle nouveau sur les Verts. Moi, je fais mon premier match à Sedan. On gagne. Et après, j'ai été le porte-bonheur. On a enchaîné. Et on a fini par ce titre de champion.

Le coach Antonetti, j'imagine que tu l'as apprécié.

Oui, j’ai surtout apprécié sa droiture. Il m'a dit voilà, c'est simple, on fait une année ensemble. Et à la fin de saison, on fera le bilan, mais t'inquiète pas, je saurai être juste. Voilà les mots de Fred Antonetti. Je pense que c'est quelqu'un de très sincère, il n'a qu'une parole. J'ai toujours été fasciné par les gens du Sud, des gens qui ont du caractère. Je suis aussi comme ça,  j'aime cette mentalité-là, le combat.

Les supporters retiennent surtout que tu as marqué le fameux but du titre face à Châteauroux !

Avant cela, on avait déjà touché le Graal cinq journées avant. Et c'était particulier pour moi, parce qu'on joue à Niort, dans ma ville, mon petit quartier. Tous mes potes sont au stade, et je joue pour les Verts ! On gagne 1-0, but de Frédéric Mendy, et on finalise officiellement la montée en Ligue 1. Que du bonheur, voilà ! Le Graal, pour moi, c'est ça. C'était ma victoire ! Tu te rends compte, le petit gamin qui était dans son quartier, qui jouait avec des chaussures trouées … quel parcours ! Le soir, tous les joueurs repartent à Saint-Etienne en avion. Moi, je reste sur Niort. Je demande au coach de me laisser la permission d'aller voir ma famille.

Après, la cerise sur le gâteau, c'est ce but du titre ! Sur quelle planète as-tu été projeté à ce moment-là ?

Il faut savoir que lorsque je suis arrivé à Sainté, je dormais à l'hôtel et j'ai sympathisé avec Philippe Masseguin (ancien photographe de l'ASSE de 1999 à 2017, NDP2). On est devenus amis, on mangeait souvent ensemble. Après les matchs, on débattait. Philippe m'emmenait un peu partout dans le stade, dans des loges ... Et Philippe me dit : "Damien, c'est super, tu as fait une belle saison mais il faudrait que tu fasses quelque chose, les supporters t'aiment bien, tu as une cote ici." Et moi j'ai toujours dit que j'aimerais ressentir la sensation d'un buteur à Geoffroy Guichard.

Avant ce fameux match contre Châteauroux, j'apprends dans la semaine que je n'allais pas être titulaire. Fred Antonetti me dit, "voilà, Patrice Carteron va démarrer, c'est son dernier match." C'était pour le remercier, parce que c'était un peu le grand frère. J'avais un peu les boules, c'était le dernier match à Geoffroy Guichard, le stade plein, ma famille, mes amis, qui descendent aussi voir le match. 

Donc Patrice démarre, on devait faire une mi-temps chacun. Le match s'emballe, on mène 1-0, c'est Patrice qui marque sur pénalty en plus donc tu te dis, merde ! Parce que, oui, on est partenaire, collègue de travail mais on est aussi en concurrence, tu vois. Finalement, je rentre à l'heure de jeu. Châteauroux égalise 5 minutes après et le but vient de mon côté. Bon, il est pas spécialement pour moi, mais je me dis, merde ! A 1-1, Caen est virtuellement champion de France. Nous, on avait à cœur de ramener le titre à Geoffroy Guichard. A l'époque, Thiriez,  le président de la Ligue, il est au Bourget, dans son avion, en train d'attendre de savoir, s’il allait à Caen, ou à Saint-Etienne pour remettre le trophée.

Il fallait donc faire un dernier effort pour notre coach, pour notre club. Et là, je me suis dit, "ouais, tu sais quoi, 1-1 je suis frais. Faut y aller." Donc, je n’ai fait que déborder, attaquer. Et juste avant de marquer, je mets quand même une tête sur le poteau !

C'est pour ça que tu es resté devant, en fait ?

On n’avait plus rien à perdre, il nous restait quelques minutes. Physiquement, j’étais en forme : j'avais le moteur. J'attaquais beaucoup, j'amenais la supériorité sur le côté droit. Moi, c'est ce qu'on m'a toujours dit, tu es d'abord un défenseur, tu défends bien et si tu as l'opportunité de faire deux, trois débordements et que tu centres, et qu'il y a un but, t'as fait ton boulot !

Et c'est comme ça que c'est passé. Mon ami Philippe Masseguin m'a dit, "voilà ce qu'il fallait que tu fasses !" Donc, c'est aussi grâce à des gens comme ça, qui ont fait que mon histoire a été une des plus belles avec l’ASSE.

Quand tu la vois partir, tu sais déjà qu'elle va aller au fond ?

Ah non ! Mais regarde ... Pourquoi David Hellebuyck qui est milieu gauche, fait une touche à droite ? C'est mon rôle, c'est à moi de faire la touche. C'est ensuite Fred Mendy, qui est attaquant gauche, normalement, mais qui est de mon côté et qui me met ce piqué. Et là, j'y vais instinctivement. Je ne sais même pas comment j'ai fait. Je te le dis franchement. Si tu regardes mes statistiques, tout au long de ma carrière, j'ai fait plus de 400 matchs et j’ai rarement marqué de but. Celui-là, en reprise de volée, je revois encore ce geste qui part à l’opposé du gardien ; il ne bouge même pas sur sa ligne. Et derrière le Kop Nord ! Je vois un petit derrière le but qui pleure, qui saute, et je vois tout le Kop Nord qui descend. Waouh ! Là, je suis parti, je suis dans un autre monde. Je ne pouvais pas espérer mieux. J’ai des amis qui m’ont dit : « Damien, tu es un égoïste, tu pars comme ça, tu ne vas pas remercier tes parents.» Non, ce n’est pas de l’égoïsme, c’est que là, tu es dans un autre monde, tu es parti ailleurs. 

Donc je fais une deuxième montée consécutive après Le Mans. Ma cote de joueur a tout le temps augmenté. Mais après, je me retrouve encore une fois à devoir partir sans jouer en L1.

Car Frédéric Antonetti est poussé vers la sortie parce que les dirigeants ne veulent pas prolonger Villanova …

Non, alors, tout ça, ce sont des conneries. La vérité, on savait déjà en interne, en tant que joueur, ce qu’il se passait. On savait qu’Elie Baup tournait autour du club. On savait que Caïazzo, qui était arrivé avec Roland, était un manipulateur. Je me souviens que lors de notre saison de Ligue 2, il venait me voir, et me disait : « C’est bien, on aime bien ce que tu fais.» Mais le jour où est monté en Ligue 1, officiellement, ces gens ont pris le pouvoir. Donc on savait, nous, et Fred Antonetti le savait aussi, c’était le prétexte de virer Christian Villanova. Et par solidarité Fred a suivi. Je connais la loyauté, la fidélité des Corses. Ça a été un crève-cœur, et ça l’est encore aujourd’hui pour Fred, j’en suis persuadé. Mais voilà, c’est aussi des moments de la vie qui ont fait que, dans notre histoire à Saint-Etienne à tous, on a été de passage, on a été des gens qui ont amené la lumière, et on est reparti avec cette lumière aussi.

Si Fred était resté, il t’aurait fait re-signer, sûrement ?

Oui, je pense. Tous mes potes avec qui j’ai joué en Ligue 2, qui ont joué en Ligue 1, se sont imposés même si certains n’étaient peut-être pas tout le temps titulaires.

Quand j’ai lu tes récentes interviews, sur Poteaux Carrés, j’ai été surpris, de l’énergie folle qui se dégage de toi, à travers tes propos, notamment celle de janvier 2023. Tu as toujours autant de gnaque ?

Je l’ai toujours, oui. Tu sais, j’ai 51 ans en avril prochain. Je me suis fait opérer d’une hanche l’année dernière en septembre. J’ai bien récupéré. Je rejoue au ballon. Je continue à faire des activités de foot en salle avec des gamins ici, des copains. Je joue maintenant dans un petit club de vétérans. J’ai toujours aussi cette passion pour le ballon. Je joue aussi tous les matchs avec les Anciens Verts. Je suis souvent le capitaine. La passion des Verts, je l’emmène toujours avec moi. J’ai cette énergie en parallèle du foot.

Tu avais eu l’intention de monter un projet de reprise avec le club de Niort en 2020. C'était du sérieux ? Tu as parlé de "dés pipés", qu'est-ce qui s'est mal passé ?

Oui, les Chamois Niortais étaient en grosse difficulté. Le président était Joël Coué, et il a passé la main à un ancien joueur, Karim Fradin, avec lequel j’ai joué au centre de formation. J’ai joué quelques années à Niort avec lui. A la fin de sa carrière, il est devenu dirigeant, a gravi les échelons puis a fait en sorte d’évincer Joël Coué et le remplacer avec les pleins pouvoirs. J’étais proche de Karim, j’allais régulièrement voir les matchs de Niort, à domicile. On avait sympathisé, on se parlait souvent, comme cela se fait dans tous les clubs, entre les anciens.

Quand j’apprends que le club est à vendre, je contacte Karim mais je pense qu’il ne m’a pas pris au sérieux. Je crois aussi que les dés étaient pipés, car, en parallèle, il avait déjà les frères Hanouna qui ont repris le club après. Ils étaient déjà dans la boucle. Malheureusement, j’avais été mandaté par des investisseurs pour me rapprocher du club de Niort. Ces personnes avaient un projet pour les Chamois Niortais. J’avais fait une enquête du côté de Niort, j’avais rencontré les élus, discuté avec le maire. Comme allié, j’avais mon ex-président, Joël Coué, qui était un père pour moi. C’est quelqu’un qui m’a connu depuis ma première année au centre de formation et qui m’a suivi jusqu’à la fin de ma carrière. Je disais que c’était mon père spirituel.

J’ai vu les comptes du club et constaté qu’on était vraiment pas bien. Tout ce que disaient les Hanouna, c’était des mensonges. J’ai donc fait une proposition. Quand je te disais que les dés étaient pipés, c’est que Karim s’était déjà engagé avec eux. Au moment où je lui ai dit, il m’en a voulu. Je lui en ai voulu aussi parce que tu ne pouvais pas laisser ce club dans les mains d’escrocs. Je savais ce qu’il allait se passer. Les Hanouna ont malheureusement repris le club. Ils avaient fait un bon début de championnat. Ça a fait illusion deux années mais après, ça a été la débandade. Les dettes se sont accumulées. Je savais qu’il y avait déjà des dettes. Il fallait sortir entre 4 et 6 millions d’euros pour simplement le récupérer.

Où en est ce club maintenant ? Il a perdu son statut professionnel ?

Oui, il s’est mixé avec un autre club l’UA Niort Saint-Florent, pour créer L’Union Saint-Florent Chamois Niortais. Il est en R2, je crois. Il essaie de reprendre un petit peu les écoles de foot, les sports études, tout ce que j’ai pu faire moi à l’époque. Ce club a complètement explosé. C’était quand même un club centenaire de Ligue 2.

Revenons-en aux Verts. Dans ton interview de mars 2024, je te cite : « Sainté a vraiment une belle solidité défensive et on sait que ce sont souvent les équipes qui ont les toutes
meilleures défenses qui vont au bout.» Plus d’un an et demi après, quel est ton avis sur l’aspect défensif des Verts ?

Depuis que KSV est arrivé, je pense que, niveau financier, on n’a pas à s’inquiéter pour les Verts. C’est déjà quand même super important, surtout avec ce qu’il se passe dans le monde du football aujourd’hui. Donc, il faut les laisser travailler ! Ce sont des gens qui sont quand même plus que compétents.

Maintenant, si je parle du côté purement sportif, purement football, puisque c’est mon métier quand même, cette équipe n’a pas trouvé depuis 2-3 ans la stabilité, notamment la stabilité défensive. Moi je pense que les vieilles recettes restent les meilleures. On m’a toujours dit quand on a des fondations, on peut y aller, on peut aller loin. Et aujourd’hui, avant tout, si tu prends trop de buts, ça va être compliqué. Donc, l’aspect défensif, il part de l’attaquant. Et ensuite, toutes les lignes. Et c’est vrai qu’on a un problème sur tous les postes défensifs. Aujourd’hui, ça tourne trop. Tu n’as pas cette équipe, tu n’as pas le 11 de départ. Certes, il n’y pas mal de blessures, mais un club comme Saint-Etienne, avec le budget et les possibilités qu’il a, doit prendre les meilleurs.

La data, c’est très bien. Mais à un moment donné, on perçoit quelques limites. Par exemple, quand tu es défenseur, tu n'es pas un numéro 10. Tu contrôles, tu donnes et tu te mets peut-être en danger. Parfois, il faut mieux mettre un gros saucisson devant, ça permet de remonter le bloc. C’est un ensemble, mais aujourd’hui, on n’a pas ce bloc, cette ossature. Moi, je vois des équipes qui viennent jouer ici, c’est ce qu’elles font, elles ne se font pas chier. J’ai vu Reims qui est venu jouer ici avec Pallois. Il met en touche, et puis basta. Quand t’as des joueurs techniques, qui sont capables d’éliminer, de faire un petit crochet, je te dis OK. Mais quand tu as des joueurs derrière qui sont limités techniquement, et que ça devient compliqué, alors tu joues plus simple.

Tu les vois quand même remonter en Ligue 1, à la fin de l’année ?

Oui mais il faut être plus régulier. Tu sais ce que je ressens, moi, aujourd’hui quand je regarde des matchs de l’ASSE ou même de Bastia, je me demande si un joueur, quand il a fini son match, l’a terminé sur les rotules ? Est-ce qu’il est fatigué ? Est-ce qu’il a tout donné ? Il faut prendre conscience, quand tu joues à l’ASSE, de ce que ça représente. Match à domicile, match à l’extérieur, quand tu vois ces stades pleins, c’est très souvent à guichet fermé. Pour les petits clubs, recevoir Saint-Etienne, c’est l’événement, c’est comme un match de coupe.

Tu parlais de Fred Antonetti. Il a dit : «J’ai vu un public marquer un but»  Il parle de mon but. Geoffroy Guichard m’a fait marquer le but, et il a raison. Si j’ai tenté ce geste, c’est parce que j’ai été poussé par cette ferveur populaire des Green Angels, des Magic Fans, de toutes les sections de France. Tu dois te rendre compte, considérer que ce que tu réalises, que tu fais dans ce club-là, est observé à la loupe. On ne te lâche pas, on te regarde, on te juge. Et si tu n’es pas régulier, c’est le problème. Il n’y a pas de régularité dans l’équipe actuelle. Tu joues la montée, tu dois déjà gagner à domicile, et tu dois aller chercher des points à l’extérieur. 

Damien, parlons de Bastia, qui est mal en point, et en points aussi. Quelle est l’analyse que tu fais de cette équipe ?

J’ai la chance d’aller à tous les matchs à domicile. Bastia a fait le choix cette année, avec Fred et Benoit Tavenot, de rajeunir l’effectif. Bastia n’a pas la même assise financière que Saint-Etienne. Le club fait avec les moyens du bord. Il veut repartir sur une volonté de sortir des jeunes, de ramener des jeunes du cru. Aujourd’hui, Bastia a 80 % de l’effectif de l’an dernier. Le gros problème qu’il y a, c’est dans la tête. Mentalement, il y a peut-être aussi des leaders, des anciens joueurs, qui ont plus d’expérience, Je peux te parler de Christophe Vincent, de Johnny Placide, du petit Tom Ducrocq, de toute cette colonne vertébrale. Ça fait 4-5 ans qu’ils sont là, la majorité de ces joueurs est peut-être arrivée à la fin d’un cycle. Ils ne font plus le petit effort qu’il faudrait faire. Et ce sont eux, pourtant, les tauliers. Moi, je l’ai toujours dit, la Ligue 2, c’est dur. Tu veux faire des épopées, tu veux monter, prends des joueurs confirmés. Mais ne prends pas des joueurs qui ont 40 ans non plus. Regarde Sainté l'an passé avec Yunis Abdelhamid. Tu as des joueurs qui ont une étiquette. Ils ne seront bons que dans un club. Et il a eu énormément de mal, il ne s’est jamais adapté.

Le contexte bastiais est aussi particulier.

Tu sais, Bastia, c’est comme Saint-Etienne. Les gens, ils respirent football, ils vivent football. Les incidents regrettables contre le Red Star montrent aussi la ferveur, l’envie des gens. Quand tu vois les matchs qu’a fait Bastia ici, en termes de générosité, ça laisse à désirer. Il faut se dépouiller, se défoncer. Quand je regarde les matchs ici, je me dis, mais ce n’est pas possible. Il y a des joueurs qui n’ont pas le niveau. Mais ça reste des joueurs qui sont aussi en formation. Ce sont des jeunes joueurs. Offensivement, on n’a pas trouvé encore la pépite devant qui nous ferait du bien. On se crée des occasions mais on est dernier de Ligue 2. Malgré tout, le public est là. Je félicite encore les 13 000 spectateurs qui sont venus pour les 120 ans du club. En fait, il aurait fallu réagir bien avant. On a repoussé les choses, croyant que ça allait venir. Et c’est ça le problème. Ces joueurs, qui aujourd’hui, sont à Bastia, pour la majorité, n’ont pas cette transmission de l’histoire du club, de l’histoire des anciens. Bastia, ça reste un club particulier. C’est comme l’ASSE, quand tu es joueur, ça te marque à vie.

Toi qui va très régulièrement voir les matchs de Bastia, constates-tu que Réginald Ray a déjà pu instaurer une différence dans le jeu depuis sa prise de fonction. C'est assez récent, il faut dire ?

Son arrivée est assez récente. Nous, ce qu'on regarde surtout, c'est la réaction des joueurs. Comment ils vont se comporter. Et le turnover qu’essaie de trouver Réginald. Bon, sur ce dernier match de championnat contre le Red Star, on sentait que pour les 120 ans du club, on avait retrouvé nos joueurs. Il y a eu cet engagement, cette pression face à l'adversaire. Tu pouvais te dire qu'en deuxième mi-temps, Bastia a eu des occasions de pouvoir marquer. Même avant cet événement, il y a eu un mouvement où Boutrah, côté gauche, aurait pu marquer, tout simplement. Tu sentais qu'il allait se passer quelque chose et que c'était peut-être le match référence, tu sentais que Bastia prenait le dessus.

Jusqu'à ce jet de fumigènes sur un joueur du Red Star

C'est impardonnable, c'est honteux. Casser tout le travail que le club a fait, surtout dans la situation où le club est aujourd'hui… On a besoin de fédérer, pas d'avoir des brebis galeuses, des gens qui viennent te rajouter des problèmes au problème.
Et l'ouverture de la Petrignani, la tribune qui vient d'être complètement rénovée, c'est 120 ans d'histoire. Donc tu vois, tu pars sur un cycle où il y a des gens qui sont en place ici, comme le Président Ferrandi, qui fait un énorme travail. Mais à un moment donné, une personne, un imbécile, vient tout gâcher ! Donc ça, après, tu ne peux pas le maîtriser, c'est malheureux.
Après, au fond de moi, je sais que le joueur touché peut continuer. Mais bon, le Red Star, ils sont quand même 3e au classement. Il y a dû avoir une réflexion par rapport au contexte. A l'époque, on vivait des trucs pires ... J'ai joué avec des dents cassées, des cicatrices dans le crâne ...

C'est malheureux parce que pour Bastia, c'était un match de la dernière chance aussi. Tu imagines qu'on a 7 points ! Ca veut dire que Bastia, pour s'en sortir, doit gagner un match minimum sur deux. Le maintien, ça va se jouer à 39 points, tu verras ! C'est quasiment injouable. Là, à Saint-Etienne, il faut qu'ils ramènent des points. S'il y a une défaite à Saint-Etienne, Bastia est mort.

C'est le football. L'année dernière, Bastia était invincible à domicile. Et pourtant, comme je t'ai expliqué tout à l'heure, 80% de l'effectif, c'est le même. C'est juste la mentalité qui a changé, car la qualité du joueur, elle, n'a pas disparu.

Pour changer de sujet, j'ai vu que tu avais adhéré aux Socios Verts et que tu en étais même le secrétaire adjoint. Comment ça s'est fait ?

Oui. Pendant un match des Anciens Verts, j'ai pu rencontrer Jérémy Chatonnier, le président des Socios. Et on a discuté longuement, j'ai trouvé leur démarche très intéressante et très populaire. Moi qui viens de très très bas, je me suis dit pourquoi ne pas prendre parti et essayer de les accompagner avec ce que je peux faire. Ainsi, ça leur donnerait un petit coup de pouce et je pensais que la démarche était très intéressante. J'attends un réel partage avec le club ! Même si financièrement, le club n'a peut-être pas de besoin spécifique. J'ai déjà connu cette démarche de Socios à Guingamp, je sais la bienveillance que ça apporte. Le but des Socios Verts, c'est d'emmener les gens, en général, et les amoureux des Verts à fédérer... Après, c'est pas excessif, c'est un petit niveau, mais qui peut devenir grand.

Après ta carrière dans le foot, tu t'es lancé dans l'immobilier en Corse : Etait-ce ou est-ce une autre passion pour toi, l'immobilier ?

L’immobilier, j'ai commencé très jeune. Quand j'étais apprenti footballeur à Niort, j’avais acheté une petite maison, à 18 ans, que je retapais l’après midi avec un de mes frêres, Franck.
J'ai donc commencé à investir comme ça. Après, j'ai racheté un autre terrain à Niort et j’ai fait une deuxième maison. Ensuite, j'ai continué en fonction de lieu où j’allais et de mes possibilités financières en fonction de mes contrats. En arrivant au Mans, j'avais acheté tout de suite une maison car je ne voulais pas être locataire pendant 3 ans. Je voulais investir plutôt que de dépenser des loyers.

Et en Corse, Damien, tu n'achètes pas des maisons ?

Alors non ; à Bastia, à la fin de ma deuxième saison, j'étais dans la recherche d'un terrain pour construire un bien immobilier. J’ai fait construire plusieurs maisons que je gère dans le cadre d’une SCI familiale. J'ai 7 logements à mettre à disposition.
Et pour la petite info, les Verts viennent jouer au mois d'avril 2026. J'ai les sections de supporters de Saint-Etienne qui m'ont déjà réservé presque l'ensemble de mes biens. Donc c'est pour te dire aussi que le partage, l'échange avec les sections de supporters, les matchs également que je fais avec les anciens Verts, me permettent de rencontrer des gens, de discuter, tout cela de « bouche à oreilles ». C'est la première fois cette année que je vais accueillir les supporters des Verts à la résidence. Ça va être un bon moment de partage. Ils doivent arriver dès le mercredi ; le match a lieu le samedi. Comme cela, ils vont aussi profiter de la Corse. Il faut leur donner de bonnes adresses et on va s'occuper d'eux.

Pas de problèmes avec les Corses alors ?

Non, cela fait 20 ans que j’habite ici, en Corse ! Je suis arrivé sur la pointe des pieds, je n’ai pas fait de bruit, j’ai travaillé, j'ai fait marcher l'économie locale aussi. Tout est fait sur place avec des artisans corses. Donc tu consommes, tu vis localement. Après, certes, j'ai été aussi joueur ici. Donc je me suis battu pour le club, j'ai mouillé le maillot, comme on dit. Je n’ai jamais eu non plus à avoir affaire à des gens tordus. La vie est comme ça. Il y a des codes que tu dois respecter aussi.

Damien, Poteaux Carrés a 20 ans cette année, que peux-tu nous souhaiter ?

De durer 20 ans de plus, déjà, minimum ! Et surtout, c'est toujours intéressant, que ce soit Poteaux Carrés, que ce soit des gens comme vous, qui sont avant tout passionnés des verts, de mettre en avant la culture Verte !

Entretien préparé et réalisé par RVRUEIL

Merci à Damien pour sa disponibilité !