Entre Poteaux, c’est un format qui est à la fois un hommage et le descendant spirituel du légendaire Mastres & Compagnie ! Retrouvez à chaque épisode un membre de notre communauté qui partage ses anecdotes et son histoire au travers d’un entretien intimiste. Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de nyme, journaliste, musicien, collectionneur et supporter des Verts depuis près de soixante ans… à plusieurs milliers de kilomètres du Chaudron. Bonne lecture !


Poteaux-Carrés : Salut nyme ! Pour commencer, qui est la personne qui se cache derrière ce pseudo ?

nyme : C’est une personne multiple ! J’ai 71 ans et je suis à la retraite depuis quelque temps. J’ai été footballeur, gardien en l’occurrence, à un bon niveau jeune et amateur qui m’a conduit jusqu’à L’INF de Vichy dirigé par le Vilain Pibarot. Je n’ai pas été retenu, c’est Ettori qui a pris ma place et heureusement pour le Football français (rires). J’ai aussi été musicien quasiment professionnel. J’ai joué longtemps avec Fred Chichin avant les Rita, et monté un groupe avec Florent Pagny qui avait alors 17 ans et qui a squatté chez moi presqu’un an et qui est le parrain de mon fils. Ce groupe n’a fait que répéter mais n’a jamais joué sur scène. Et enfin, j’ai été journaliste très professionnel (rires). Et puis, dans la vie, je suis aussi un grand collectionneur.

Poteaux-Carrés : Justement, que collectionnes-tu ?

nyme : Beaucoup de choses ! Je collectionne notamment les soldats de plomb, car je suis passionné d’histoire et plus particulièrement de Napoléon Ier. J’en ai peint environ 16 000, principalement des figurines de 15 millimètres représentant la période napoléonienne.

À cette échelle, les drapeaux d’infanterie font à peu près un centimètre sur un centimètre. J’étais capable d’y écrire en doré « L’Empereur des Français au 45e régiment de ligne », avec les « N » et tous les détails, même si je ne l’ai fait qu’une fois ! (rires). En revanche, je pouvais même peindre les moustaches des soldats (rires) !

Je possède également près de 600 livres sur la bataille de Waterloo. Nous, les Stéphanois, même d’adoption comme moi, nous vénérons une défaite à Glasgow ; moi, je vénère aussi celle de Waterloo (rires) ! J’étais peut-être général d’Empire dans une vie précédente, probablement celui qui n’est pas arrivé à l’heure… J’ai peut-être une culpabilité à expier ! (rires)

Je collectionne aussi les livres et les guitares. J’ai aujourd’hui 45 guitares électriques, dont certaines ont beaucoup de valeur.

Poteaux-Carrés : Tu as justement été musicien presque professionnel. Quelle place la musique a-t-elle occupée dans ta vie ?

nyme : Une place très importante. Lorsque je vivais à Paris, je faisais beaucoup de musique parallèlement à mon métier. J’ai toujours gardé ce goût-là, d’où ma collection de guitares. Finalement, mes différentes passions se rejoignent : la musique, l’histoire, les collections… Quand quelque chose m’intéresse, j’ai tendance à aller assez loin !

Poteaux-Carrés : Tu as aussi vécu au Sénégal avant de t’installer à La Réunion…

nyme : Oui, j’ai passé une année au Sénégal, où j’ai obtenu mon Bac, car ma mère y habitait. Je l’avais très peu connue puisqu’elle était partie lorsque j’avais cinq ans, et je l’ai retrouvée à ce moment-là.  J’ai joué au foot avec « Locotte » qui était en réalité le futur Boubacar Saar.

Cette expérience m’a donné envie d’élever un jour mes enfants dans les îles ou en Afrique. J’ai eu trois enfants lors d’un premier mariage, puis deux autres après m’être remarié. L’une de mes filles est née juste avant notre départ pour La Réunion et mon 5ème et dernier enfant directement sur l’île.

Poteaux-Carrés : Qu’est-ce qui t’a finalement amené à La Réunion ?

nyme : J’y suis arrivé en 1997, à la fois par choix personnel et grâce à une opportunité professionnelle. J’avais travaillé comme pigiste à TF1 avant d’être intégré à France 3. On m’avait proposé un poste, pas à Paris, où j’habitais, mais à Orléans. J’ai fait la navette, mais ce rythme est vite devenu épuisant.

J’étais aussi délégué syndical à la CFDT Journalistes. Je connaissais la personne chargée des affectations, qui m’a d’abord parlé de la Nouvelle-Calédonie. Le contexte y était alors assez complexe et je ne me sentais pas suffisamment préparé professionnellement. Je lui ai répondu que, si un poste se libérait à La Réunion, je le prendrais.

J’avais gardé un excellent souvenir de Réunionnais rencontrés lors des Jeux olympiques de Munich. Quelques semaines plus tard, alors que j’étais à Marseille pour suivre l’OM, on m’a annoncé que La Réunion m’attendait. Nous y sommes donc arrivés à l’automne 1997 (sourires).

Poteaux-Carrés : Pour parler de ta carrière, tu es devenu journaliste, comme ton père, qui a notamment travaillé à L’Équipe. La comparaison n’était-elle pas intimidante ?

nyme : Si, énormément. Mon père était un très grand journaliste. On le surnommait même « le Baron » à L’Équipe. Il appartenait à la génération de L’Auto, avait couvert les premiers Tours de France à la radio et commenté, toujours à la radio, de grands événements, notamment le combat entre Georges Carpentier et Jack Dempsey. Spécialiste de la boxe, il avait aussi créé des revues comme Miroir-Sprint et Ring-Magazine.

Surtout, il écrivait remarquablement bien. Il m’a placé la barre très haut : je ne voulais surtout pas devenir le mauvais journaliste de la famille (rires) ! Je me suis donc appliqué à parler et à écrire le meilleur français possible, tout en essayant d’être sérieux et efficace. Il était également écrivain et avait publié plusieurs livres, le challenge était donc là.

Mon père tenait d’ailleurs à une distinction : il disait qu’un « journaliste sportif » était un journaliste qui faisait du sport, alors qu’un journaliste qui traitait du sport était un « journaliste de sport » (rires)

Poteaux-Carrés : Comment était le journalisme sportif à cette époque ?

nyme : Lorsque je suis moi-même arrivé dans le métier, dans les années 1980, le sport était déjà très médiatisé. L’Équipe était installé et comptait d’excellents journalistes.

Le traitement était cependant beaucoup plus cocardier. On s’intéressait principalement aux Français qui réussissaient : Marcel Cerdan en boxe, Louison Bobet en cyclisme, puis les héros de la Coupe du monde 1958. Je pense que cette compétition a fortement développé la passion sportive des Français, même si de grands événements avaient déjà marqué le pays auparavant.

Les moyens étaient aussi complètement différents. Mon père est allé près de 150 fois aux États-Unis, souvent en bateau (rires) ! Les journalistes passaient davantage de temps sur le terrain et au contact des sportifs.

Poteaux-Carrés : Ton père aurait d’ailleurs dû se trouver dans l’avion de Marcel Cerdan…

nyme : Oui, il devait prendre ce vol. Mais un pigiste chargé de couvrir un championnat d’Europe à Cortina d’Ampezzo est tombé malade et mon père a dû le remplacer au dernier moment. Il n’est donc pas monté dans l’avion qui s’est écrasé aux Açores. Il a pris le suivant et s’est retrouvé sur les lieux du drame.

Cette histoire a profondément marqué notre famille. Lorsque j’étais pensionnaire en Suisse, mon père venait me chercher régulièrement et nous retournions à Cortina d’Ampezzo. C’était une sorte de pèlerinage : cette ville lui avait sauvé la vie.

Poteaux-Carrés : Quel regard portes-tu sur le journalisme d’aujourd’hui ?

nyme : Je suis globalement très déçu, sur le fond comme sur la forme. Il ne me dérange pas qu’un journaliste soit un journaliste d’opinion, à condition que ce soit clairement annoncé. Mais aujourd’hui, les frontières sont devenues floues. On rencontre des journalistes d’opinion sur les chaînes d’information type CNews ou comme dans le service public, sans que cela soit toujours assumé.

Je suis aussi déçu par le manque de curiosité, de perspicacité et parfois d’implication. Et je suis très attentif à la langue française. Quand tu travailles dans un média, surtout dans le service public, tu représentes une forme de référence pour ceux qui t’écoutent. Les fautes grossières à l’antenne ne sont pas acceptables selon moi…

A vrai dire, je me mets moi aussi au langage SMS et aux nouvelle manières de s’exprimer. Mais tout de même, je pense qu’il y a des lieux où l’on peut employer un langage relâché, mais un journaliste doit savoir s’exprimer correctement lorsqu’il exerce son métier.

Poteaux-Carrés : Revenons aux Verts. Comment es-tu devenu supporter de Saint-Étienne ?

nyme : Je supporte les Verts depuis l’adolescence. J’étais pensionnaire au Chambon-sur-Lignon, une grande terre protestante de Haute-Loire. Mon professeur d’éducation physique était également mon entraîneur. On me disait que c’était un ancien professionnel et il souhaitait me présenter à l’ASSE, car j’étais plutôt un bon gardien de but. J’avais presque 14 ans, mais cela ne s’est finalement pas fait.

Mon père savait que je commençais à aimer Saint-Étienne et il m’a emmené plusieurs fois au stade Geoffroy-Guichard. C’était à la fin des années 1960. J’ai également raconté à tout le monde que j’étais le neveu de Robert Herbin… Ce qui est totalement faux (rires) ! Il y a désormais prescription, donc je peux l’avouer… Cela me donnait une certaine notoriété au collège ! (rires)

Mon histoire avec Saint-Étienne a réellement commencé là.

Poteaux-Carrés : Quelle place le football occupe-t-il à La Réunion ?

nyme : Une place énorme. Les deux sports majeurs de l’île sont le football et le handball. La Réunion possède une très belle école de handball — Jackson Richardson en est évidemment le meilleur symbole — mais aussi une bonne école de football.

Mon fils a fréquenté une école de foot et a été entraîné par Jacky Lopez, un ancien joueur passé par l’Olympique de Marseille qui était responsable de la sélection réunionnaise U17. On trouve beaucoup de passion et de talent ici. Les Réunionnais aiment vraiment le foot.

Poteaux-Carrés : Quel est ton avis sur l’équipe des Verts qui vient de débuter la saison ?

nyme : Je la trouve merveilleuse ! On ne peut pas toujours être négatif. Oui, les nouveaux dirigeants ont commis des erreurs, mais j’ai l’impression qu’ils en ont tiré les leçons.

Les premiers matches montrent tous une progression. Même si le dernier adversaire n’était « que » Grenoble (entretien enregistré avant Dijon, NDP2), j’ai vu une équipe très agréable à regarder, qui a largement maîtrisé son sujet. Ce n’est pas un éventuel fait de jeu qui a changé la physionomie du match, il y aurait pu avoir 11-0...

Poteaux-Carrés : As-tu un joueur favori dans l’effectif actuel ?

nyme : J’aime énormément Maxime Bernauer. C’est l’un de mes joueurs préférés. Il possède une véritable intelligence de jeu et voit tout avant les autres. On lui reproche parfois ses prises de risque, mais la plupart de ses gestes permettent de libérer un partenaire dans un couloir. On dit qu’il n’est pas bon dans les duels, mais les statistiques montrent qu’il en gagne beaucoup et qu’il laisse très peu d’espaces. Et concernant sa talonnade, il en a fait d’autres dans le match qui ont été très bien exécutées, ça ne me dérange pas qu’il rate un geste de temps en temps.

J’ai aussi été agréablement surpris par Joshua Duffus. Au début, je le trouvais complètement fou. Quand je l’ai vu tenter cette reprise de volée acrobatique, je me suis demandé d’où cela pouvait sortir. La réponse est finalement simple : de son talent et de sa spontanéité ! Il peut marquer sur ce geste comme sur une frappe placée. C’est un footballeur de rue, un joueur instinctif. J’ai connu ce type de joueurs lorsque je pratiquais le football au Sénégal : ils n’avaient parfois jamais suivi de véritable formation et réalisaient pourtant des gestes techniques incroyables, de façon totalement naturelle.

Poteaux-Carrés : Ton pronostic pour le classement final ?

nyme : Ce n’est pas vraiment un pronostic, plutôt une volonté : je veux que Saint-Étienne termine premier ! Je pense que cette équipe en a les moyens et qu’elle est encore plus favorite que la saison dernière.

Dans le concours de pronostics du forum, je mets toujours Saint-Étienne vainqueur. Ce sera comme ça jusqu’au bout ! Si les Verts gagnent tous leurs matches, ce qui paraît tout de même peu probable, j’aurai au moins 34 bons résultats ! (rires)

Poteaux-Carrés : Quel regard portes-tu sur la stratégie de KSV depuis la reprise du club ?

nyme : Il faut aller au-delà du seul montant des transferts. Dire que Saint-Étienne a dépensé 25 millions d’euros ne suffit pas. Une partie de cet argent a été investie sur de très jeunes joueurs qui n’étaient pas nécessairement recrutés pour être performants immédiatement, notamment Stojkovic, Miladinovic qui est reparti depuis, ou encore Traoré.

KSV a également mis de l’argent dans le rachat du club, les infrastructures et l’assainissement de la situation financière. On peut discuter certaines décisions sportives, mais je ne pense pas qu’ils se soient trompés sur le plan financier.

Ils ont tenté des paris. Quand tu recrutes un joueur de 17, 18 ou 19 ans, tu sais que certains ne franchiront pas le cap. Cela fait partie du jeu. J’ai par exemple été déçu par Miladinovic, dont j’attendais beaucoup. Il n’a visiblement pas réussi à passer la marche chez nous.

J’ai néanmoins l’impression que la stratégie a évolué. Les joueurs recrutés aujourd’hui, notamment Csongvai, Breum ou Svetlin ont déjà connu le très haut niveau dans leur championnat et, pour certains, une expérience à l’étranger. Ils arrivent avec un vécu plus important. C’est très intéressant.

Poteaux-Carrés : La politique menée avec les jeunes joueurs ne te dérange donc pas ?

nyme : Non, à condition de l’inscrire dans un véritable projet collectif. Les statistiques individuelles peuvent être utiles pour repérer un joueur ou mesurer ses progrès, mais elles ne doivent pas devenir une finalité.

On peut avoir le meilleur buteur ou le joueur qui réalise le plus de passes décisives : si l’équipe ne fonctionne pas, cela ne sert pas à grand-chose. J’aurais préféré que nous soyons la meilleure équipe la saison dernière plutôt que d’avoir les meilleurs joueurs dans telle ou telle catégorie statistique.

Cette saison, j’ai justement l’impression de revoir des joueurs qui se battent les uns pour les autres. Le football redevient collectif et c’est ce que j’ai toujours aimé !

Poteaux-Carrés : Merci à toi nyme pour ton temps ! Je te laisse carte blanche pour le mot de la fin ?

nyme : J’aimerais qu’il y ait un peu moins d’animosité, voire parfois de méchanceté, dans certains propos tenus sur le forum.

Il existe aujourd’hui beaucoup de clivages : les pro-KSV, les anti-KSV, les pro ou anti tel dirigeant, tel entraîneur ou tel joueur… Dès que tu émets une critique sur quelqu’un, on te colle immédiatement l’étiquette d’« anti ». Pourtant, on peut trouver un joueur courageux et sympathique tout en considérant qu’il est trop juste pour une équipe qui vise la montée.

Nous devrions pouvoir discuter et ne pas être d’accord sans devenir des ennemis. Nous partageons tous la même passion. Et cette saison, j’ai l’impression que les Verts redeviennent une véritable équipe, avec des joueurs qui se battent les uns pour les autres. C’est une très bonne chose et c’est tout ce que je souhaite voir continuer.

 

QUESTIONS EN VRAC

Poteaux-Carrés : Ton joueur préféré ?

nyme : Rachid Mekhloufi. À mon sens, c’est le plus grand joueur que Saint-Étienne ait connu. Il y a bien sûr eu Platini et d’autres joueurs fabuleux, mais Mekhloufi avait en plus une histoire extraordinaire avec l’Algérie.

Poteaux-Carrés : Ton entraîneur préféré ?

nyme : Robert Herbin. D’abord parce que c’est mon faux tonton ! (rires) Et puis parce que c’est celui qui a remporté le plus de titres, même si Jean Snella était également un grand entraîneur.

Poteaux-Carrés : Ton maillot préféré ?

nyme : Le Manufrance. Un classique !

Poteaux-Carrés : Ton but préféré ?

nyme : Celui de Damien Bridonneau contre Châteauroux. Il y en a eu d’autres, notamment celui de Dimitri Payet contre Lyon, mais Bridonneau, c’est quelque chose… Tout le stade voit le but avant même qu’il ne le marque. Ensuite, il court, enlève son maillot et fait je ne sais combien de fois le tour du terrain (rires). J’en ai presque les larmes aux yeux quand j’en parle.

Poteaux-Carrés : Ton match préféré ?

nyme : Le match contre Hajduk Split. Enfin, le retour bien sûr (rires) ! Parce que c’est le début de la légende…

Poteaux-Carrés : Une autre équipe préférée ?

nyme : Aucune aujourd’hui. J’ai bien aimé Angers lorsque j’étais gamin, car j’avais été pensionnaire dans la région, mais c’est terminé. À part Lyon, je ne vois vraiment pas… (rires)

Poteaux-Carrés : En tant que journaliste, quel est ton journal préféré ?

nyme : J’ai beaucoup lu Libération, notamment pendant mes études de journalisme. C’était une référence et je l’ai beaucoup aimé jusqu’à il y a environ 25 ans. Aujourd’hui, je ne lis pratiquement plus les journaux.

Poteaux-Carrés : Ton site de sport préféré ?

nyme : Je ne m’intéresse quasiment plus au reste du football, alors je fréquente surtout Poteaux-Carrés. Avant cela, j’étais sur ASSE-Live et ASSE-Online.

Poteaux-Carrés : Ton potonaute préféré ?

nyme : C’est une question difficile, car beaucoup sont vraiment adorables et intéressants. J’ai rencontré Parasar à GG lorsque je suis venu acheter son livre à Saint-Étienne. Mais si je dois choisir, cela se joue entre Pilou, dont j’apprécie beaucoup les analyses, et YACINE, qui est toujours pertinent et agréable à lire. J’aime aussi la gentillesse et les propos de Krees.