Rencontré avant-hier soir à la terrasse d'un sympathique restaurant héraultais, Olivier Dall'Oglio a consacré 90 minutes hors temps additionnel aux potonautes pour répondre à leurs questions. Un entretien en trois volets, on vous laisse découvrir le premier !


Que deviens-tu Olivier depuis ton départ de Sainté ? (José)

Je n’ai pas repris d’activité dans le football après Saint-Etienne parce que je n'ai pas eu de proposition qui m'intéressait vraiment. Je suis donc rentré chez moi, dans l’Hérault, et mes activités sont multiples. Je fais du sport régulièrement : du vélo, de la marche, de la salle. C'est ma principale occupation. 

C’est vrai que t’as l’air affuté ! (Aloisio)

Je m’entretiens ! (sourire) Je continue à suivre bien sûr activement l'actualité footballistique, je regarde pas mal de matches. Je suis aussi peintre amateur, j’ai un petit atelier à la maison et ça me prend pas mal de temps. Je profite de la famille aussi et des amis, ce que je ne peux pas trop faire quand je suis en activité dans le foot. Je n’ai pas pas trop le temps de m'ennuyer en fait !

Je suppose que tu as regardé le « Dall’Oglico » qui s’est déroulé lundi soir entre les 2 clubs que tu as fait monter en L2 ? (Poteau gauche)

Effectivement, j’ai vu ce très bon match de Ligue 2. Je suis très heureux déjà que Dijon soit remonté en Ligue 2, c'est plus sa place que le National. L’équipe de l’ASSE était au-dessus, ça m’a l’air d’être vraiment une belle équipe cette saison. J’ai vu des Verts capables cette année de monter directement. J’avais vu leur premier match à Sochaux, on a vu de suite qu’il y avait du sérieux. Pour revenir sur le match de ce début de semaine, j’ai été agréablement surpris par les Dijonnais, ils ont produit du jeu. Ils se sont un peu exposés.

C'est pour ça aussi qu'il y a eu pas mal de buts dans ce match. Il y avait une volonté de jouer de part et d’autre, c’était une rencontre très plaisante à suivre. J’ai découvert des joueurs dijonnais que je ne connaissais pas, et il y en a d’autres que je connaissais pour les avoir entraînés au DFCO : le capitaine Quentin Bernard, Jordan Marié, Julio Tavares. Et il y a toujours l’entraîneur des gardiens Laurent Weber, qui faisait déjà partie de mon staff à l’époque. Frédéric Sammaritano que j’ai eu comme joueur est désormais dans le staff dijonnais. 

Alors que t’es parti de Dijon depuis bientôt 8 ans, tu connais presqu’autant de membres actuels du DFCO que de membres de l’ASSE ! (Poteau Droit)

Quasiment ! (sourires) Côté vert y’avait quand même sur la pelouse Gautier, Irvin, Augustine, Zuriko, sans oublier Ben Old qui est entré en jeu. En tout cas c’était une belle affiche et ça m'a fait plaisir de voir que Gaston-Gérard était bien rempli. C’est l‘autre GG de la Ligue 2 (sourire) 

Mais Gaston-Gérard ne vaut pas Geoffroy-Guichard !!! (Barre Transversale)

C'est différent. C'est une ambiance différente, c'est une histoire qui est complètement différente aussi. Geoffroy-Guichard, on ne peut pas l’oublier. Le Chaudron est unique. Il y a des moments extraordinaires qui se sont passés quand j'étais là, ça reste toujours dans mes souvenirs bien sûr ! 

On parle beaucoup de la pression du Chaudron. Est-ce qu’elle aide davantage les joueurs qu’elle ne leur fait peur ? (Thomi)

Ça dépend des joueurs. Il faut prendre au cas par cas. Je pense qu'en règle générale il y avait beaucoup de motivation à jouer à Geoffroy-Guichard et notamment quand les deux kops sont présents, ce qui n'est pas toujours le cas malheureusement. Mais sinon il y a une ambiance très particulière qui est très forte, qui pousse les joueurs. Je pense toujours à ce match contre Bordeaux qu'on avait réussi à renverser dans les arrêts de jeu. Je pense que le public y était pour beaucoup aussi, il nous a soutenus jusqu'au bout. Il y a vraiment une force dans ce stade.

Tu avais découvert Geoffroy-Guichard en tant que joueur au milieu des années 80 quand tu défendais les couleurs de ta ville natale Alès. Quels souvenirs gardes-tu de tes confrontations avec les Verts ? (José)

Ah, c’étaient des matchs intenses, que ce soit à Pibarot ou à Geoffroy. Sainté avait une belle équipe avec notamment Roger Milla, Jean-Luc Ribar, Jean-François Daniel… La première année où on les a affrontés, les Verts ont manqué de peu la montée, ils ont échoué aux barrages. Mais la saison d’après ils sont montés alors qu’on les a tenus en échec 0-0 dans le Chaudron.  On leur aura quand même tenu la dragée haute. Quand tu rentres dans Geoffroy-Guichard, t’as l'impression que tout tremble. Quand on rentre sur le terrain, c'est une sensation extraordinaire !

A l’époque Alès était en deuxième division, il végète aujourd’hui en cinquième division. Ça t’inspire quoi ? (Aloisio)

Cela me fait un peu de peine, forcément, d’autant que je pense que c'est un des plus vieux clubs en termes d'années en ligue 2. Il y a eu des personnages qui sont passés dans ce club, je pense notamment à l’ancien président Jean Sadoul qui plus tard a été le président de la Ligue Nationale de Football pendant près d’un quart de siècle. Alès, c'était une ville minière, ça ressemble un petit peu à Lens. Malheureusement, ça n'a pas suivi quand il a fallu rester à un certain niveau professionnel. Au niveau sponsoring, il y avait très peu, au niveau dirigeant c'était un peu moins sérieux... 

Le club a disparu du monde pro depuis longtemps, ça m'a vraiment fait mal au cœur.  J’ai vécu les grandes heures d'Alès, c'était incroyable. Tu as fait allusion aux matches contre les Verts des saisons 1984-1985 et 1985-1986. La saison suivante, on a été jusqu’en demi-finale de la Coupe de France. A l’époque ça se jouait en match aller-retour. Le Bordeaux d’Aimé Jacquet, qui a été sacré champion de France cette saison-là, nous a éliminés sans nous avoir battus car les Girondins avaient fait 2-2 chez nous et 0-0 à Lescure. Une autre époque…

Et dire que maintenant les Girondins vont jouer à un échelon encore plus bas qu'Alès... Les Alésiens ne jouent plus contre l’équipe première de l’ASSE mais affronteront sa réserve en N2 le 13 décembre 2026 à Aimé-Jacquet, deux ans pile poil après ton dernier match à la tête des Verts. Feras-tu à cette occasion ton grand retour à L’Etrat ? (Poteau droit)

Ah, tu me l’apprends. Non, ce n’est pas à l’ordre du jour (rires). 

Ce samedi, l’ASSE va encore affronter un club que tu as entraîné, le MHSC. Le Chaudron va retrouver à cette occasion ses deux poumons. En toute franchise, fermer des tribunes pour des fumigènes, c'est pas un peu abusé ? (Olaf)

Oui j'arrive à comprendre. Ce sont des discussions qu'on a eues déjà avec les responsables des tribunes quand j'étais à Saint-Etienne. Mais il y a des lois et il faut quand même prendre un peu de recul. On peut contester ces lois mais en fait on s'aperçoit qu'on se punit nous-mêmes.  Le  fait de ne pas avoir ces forces dans les tribunes, moi à chaque fois je le rappelais, c'est vraiment dommage ! Je pense qu'il y a eu des abus au niveau des fumigènes et on en a subi les conséquences. Quand il y a un abus d'un côté, il peut y avoir des abus de l'autre côté. C'est difficile pour les supporters mais aujourd'hui on n'a pas le choix donc il vaut mieux se calmer un petit peu pour qu'il y ait toujours plein de monde au stade, c'est la priorité. Je me réjouis que les deux kops fassent leur grand retour ce samedi, ça promet une sacrée ambiance dans le Chaudron !

Malgré son rachat par KSV et ses gros moyens financiers, l’ASSE a connu 2 cuisants échecs ces deux dernières saisons : une relégation en L2 et une absence de remontée (José). Tu vois les Verts promus en fin de saison ? (Tom)

C'est probable, en tout cas ils sont mieux armés que les saisons précédentes car on s’aperçoit que leurs matches sont plus consistants. Il y a beaucoup plus de solidité. Il serait dommage de ne pas apprendre des erreurs qui ont été faites précédemment. On ne peut prendre à la légère ni la Ligue 1 ni la Ligue 2. Une remontée, c’est difficile. Un maintien dans l’élite, c’est difficile. Il faut prendre tout le monde au sérieux. Aller jouer à Rodez, à Laval, ce n’est pas gagné. Même si on a une équipe où on est archifavori. Je pense que jusqu’à présent il y a eu un manque d’humilité. 

Désormais ça va un peu mieux, il y a un effectif qui me semble tenir la route en nombre et en qualité. Il va falloir monter mais ce sera déjà intéressant de préparer une équipe avec une ossature déjà pour la Ligue 1. La montée, c’est une première étape. La deuxième consistera à s’y installer durablement parce qu'aujourd'hui la grande chance de Saint-Etienne c'est d'avoir de l'argent. Aujourd'hui tout le monde court après ça donc c'est un très bon atout pour l’ASSE. 

Après, l’idée c'est de bien structurer son équipe, de tenir compte des leçons du passé. Je pense qu’ils travaillent dessus fortement, ça se travaille dès maintenant ne serait-ce qu'au niveau des jeunes qui vont pouvoir intégrer cette équipe-là, qui vont pouvoir la renforcer. Il s’agit aussi d’installer des recrues qui forment une ossature. Si Saint-Etienne venait à monter en fin de saison, ça serait quand même fort agréable pour l’entraîneur d’avoir déjà sa base de construite et de ne pas avoir à recommencer à zéro.

Considères-tu que KSV s'est adapté à la difficulté, qu'ils avaient sous-estimée, du championnat ? En particulier, trouves-tu qu'ils ont appris de leurs erreurs et, à défaut d'avoir modifié le fond de la méthode, ont corrigé a minima le niveau plancher des recrues ? Ou sont-ils toujours dans la "théorie" qui risque de rencontrer le mur du réel ? (Galcian)

Le mur du réel, tu peux le prendre dans le nez rapidement, ça c'est clair. Les erreurs qui ont été produites, c'est que l’on avait sous-estimé la Ligue 1. On est monté mais l'effectif pour moi n'était pas assez solide. C'est là où il faut être bon et rester dans le réel parce qu'aujourd'hui je pense que les datas – c’est un avis personnel - sont des choses qui peuvent aider le recrutement mais que ça ne suffit pas. Ça ne suffit pas du tout. Il faut connaître les joueurs. Encore dernièrement je lisais un article sur Luis Campos, le recruteur du PSG. Sur chaque recrue, il se déplace, il va voir les joueurs. Il les rencontre. Il les connait en vidéo mais sait qu'il a besoin de les connaître de visu, d’étudier leur comportement : comment ils sont, quelles motivations ils ont, etc. Il y a des ressentis qui se font quand on est à proximité. Je pense que certainement les dirigeants maintenant prendront en compte ce côté-là que je réclamais à l'époque.

Comment juges-tu le mercato estival stéphanois notamment dans l’entrejeu qui semble vraiment meilleur que la saison passée avec des garçons comme Jakob Breum, Aron Csongvai et Tamar Svetlin ?  (Poteau droit)

C'est ce qui me semble mais on est vraiment au début du championnat donc c'est difficile de vraiment trop juger, on pourra se faire une idée un peu plus précise notamment quand les Verts affronteront des clubs qui visent comme eux la montée. Sur ce que j’ai vu ça me semble intéressant, au milieu mais aussi derrière où la charnière Le Cardinal – Naïr a l’air solide et complémentaire. Offensivement les Verts possèdent pas mal d’atouts et ont marqué beaucoup de buts depuis le début de saison. Je pense qu'il y a une marge de progression chez pas mal de joueurs parce que les joueurs qui arrivent de l'étranger se sont assez adaptés rapidement. 

C'est peut-être une erreur qui n'a pas été commise ce coup-ci : les étrangers que tu as cités se sont imposés dans plusieurs pays européens avant de signer à Sainté. Ils ont l'habitude de voyager et ont beaucoup plus d'expérience que des garçons qui sont arrivés comme Old ou Boakye. Ben n’avait jamais quitté l’Océanie avant de venir chez nous. Quant à Augustine, il n’avait connu que le championnat autrichien et comme c’est un garçon timide il a eu besoin de temps pour s'adapter. Je pense que les dirigeants ont rectifié le tir là-dessus. Il me semble - je m'avance un petit peu – que normalement ça peut créer une ossature intéressante pour la montée.

Les deux seuls rescapés de la montée de 2024 sont Gautier Larsonneur et Irvin Cardona, deux joueurs que tu auras entraînés à Brest puis à Sainté. Ça t’inspire quoi ? Comment juges-tu le profond renouvellement de l’effectif stéphanois ? (Barre transversale)

Il y a eu beaucoup de mouvements en deux ans, ce qui vaut pour les joueurs vaut également pour les coaches, j’en ai fait l’expérience (sourire). Il faut trouver une stabilité à un moment donné. Moi je crois beaucoup à la stabilité, je pense qu'il faut savoir faire confiance aux joueurs et aux entraîneurs. Comme tu le soulignes, l’effectif a été profondément renouvelé et il ne reste plus grand monde de la montée. Flo Tardieu n’a pas été prolongé et est parti à Montpellier, Mickaël Nadé et Aïmen Moueffek étaient encore sous contrat mais ont été priés de voir ailleurs et ont dû à leur tour quitter le club. A un moment donné quand même il faudra un petit peu se poser, si le coach convient aux dirigeants il faudra le garder et puis aussi garder les joueurs qui semblent intéressants. Je pense que là, Saint-Etienne a fait un grand pas en avant et ça me semble aujourd’hui beaucoup plus sérieux que ce que c'était. 

Que penses-tu de Ian Cathro ? Combien d'années lui faudra-t-il pour ramener Sainté en coupe d'Europe et combien de trophées gagnera-t-il sous nos couleurs ? (LaPampa)

Sincèrement je ne connaissais pas ce coach. Je vois que c'est quelqu'un qui est plutôt calme ça change d’Eirik Horneland qui a fait son taf mais qui était d'un caractère différent. L’ASSE a actuellement un entraîneur plus posé que son prédécesseur, peut-être plus réfléchi, je ne sais pas. Pour l'instant comme tout le monde je l'observe et jusqu'à présent il fait un sans-faute. C'est prometteur. Quant à l’échéance du retour de Saint-Etienne sur la scène européenne, je n’ai pas de boule de cristal. Mais tôt ou tard ce club rejouera l’Europe, j’en suis convaincu. 

Les grands clubs français ont aujourd'hui tous des entraineurs étrangers à l'exception de l'OM et peu d'entraineurs français (Pierre Sage, Régis Le Bris) évoluent avec succès dans les 3 ou 4 grands championnats Européens. Que manque-t-il aux entraineurs français pour qu'on leur donne leur chance au plus haut niveau ? (Wert)

C'est un grand problème au niveau des entraîneurs au niveau fédéral, au niveau du syndicat des entraîneurs. Aujourd'hui on sait que 50% des coaches de Ligue 1 sont étrangers et notamment ceux qui ont les équipes de tête à part l’OM effectivement. Effectivement c'est compliqué pour nous et après, à l'expatriation, on a quand même un gros problème, c'est que l'entraîneur français aujourd'hui parle essentiellement français, ce n'est pas quelqu'un qui s'exprime régulièrement en anglais.

Je me suis heurté aussi à ça parce qu'on m'a demandé si j'étais bilingue. Ce n’est pas le cas. Je peux diriger un entraînement en anglais mais je ne peux pas faire une conférence de presse en anglais. Nous, entraîneurs français, on ne nous tolère pas de ne pas parler anglais c'est une barrière, alors qu’on n’a pas forcément la même exigence avec les entraîneurs étrangers (portugais, espagnols…) qui ne parlent pas du tout notre langue au début.

Tu as des entraîneurs étrangers comme Eirik Horneland qui ne font pas trop l’effort de parler notre langue, mais t’en as d’autres comme Ian Cathro qui souhaitent vite la maîtriser. L’entraîneur actuel des Verts arrive déjà à s’exprimer partiellement en français dans ses conférences de presse ou dans ses réactions d’après-match. (Poteau Gauche)

C’est tout à son honneur et je trouve ça bien. Si on doit partir à l'étranger, la principale chose à mon sens c'est d'apprendre la langue du pays et essayer de s'exprimer dans cette langue là, ça c'est la priorité. Mais aujourd'hui ce sont quand même les dirigeants qui choisissent les entraîneurs or on s’aperçoit que les dirigeants arrivent de plus en plus de l'étranger et n'ont peut-être pas confiance dans les entraîneurs français. Ces derniers ont pourtant un cursus assez compliqué. Pour avoir le diplôme en France c'est très compliqué, c'est très très dur ! Le BEPF c’est très sélectif. [ODO l’a obtenu il y a 20 ans dans la même promo qu’un autre Alésien, Laurent Blanc, mais aussi Patrice Garande, Thierry Laurey, Daniel Sanchez et Didier Tholot, ndp2]. Dans d'autres pays c'est beaucoup plus simple. On a de très bons entraîneurs français mais on n'est pas vraiment mis en avant, ça c'est clair ! Aujourd'hui c'est un gros souci notamment pour la nouvelle génération et qui se retrouve en difficulté.

La fédération fournit 10 entraîneurs par an avec le diplôme, et après ces entraîneurs-là sont livrés à eux-mêmes et il y en a beaucoup qui disparaissent dans la nature, qui n'ont même pas commencé une carrière même s'ils ont le diplôme. Ils se retrouvent à devoir entraîner dans des clubs amateurs. C'est un vrai sujet, c'est un vrai problème dans notre Ligue alors qu’on a quand même des entraîneurs de haut niveau. On a été champions du monde deux fois, on est une des meilleures nations avec des entraîneurs français. Il y eu Aimé Jacquet et Didier Deschamps, on a maintenant Zinédine Zidane. Mais on n'a pas la confiance des dirigeants qui vont chercher plus dans l'exotique, ailleurs. Ils pensent que c'est certainement mieux. Je pense que c'est une erreur.

On assiste à la fin d’une génération d’entraîneurs sexagénaires comme Antoine Kombouaré, Michel Der Zakarian, Philippe Montanier, Christophe Pélissier, toi-même et à l’avènement de nouveaux entraîneurs tournés vers les datas et aux idées novatrices en termes de management. Quel est ton sentiment face à cette évolution, ce changement ? (Stéphanois)

Quelque part, c’est une évolution logique, c'est normal. On est un certain nombre en effet à avoir dépassé les 60 ans et j’en fait partie. Je fais partie de ceux qui ont de la bouteille, qui ont vadrouillé.  On a beaucoup plus d’expérience et personnellement je me sens beaucoup plus solide à mon âge avec l'expérience que j'ai pour conduire une équipe qu'il y a 15 ans. Mais je comprends aussi qu'il y ait certains entraîneurs qui soient usés ou fatigués. Et puis ce que je vois c'est qu'il y a certains dirigeants aujourd'hui qui préfèrent prendre des jeunes entraîneurs et faire des paris.

Ce que l’on ne voyait pas du tout avant, c'est que leur choix se porte parfois sur des trentenaires. Bon, pourquoi pas… En tant qu'entraîneur, ce n’est pas une garantie mais je pense que d'avoir été joueur d'un bon niveau, c'est une arme aussi supplémentaire. Mais qu'il y ait une nouvelle génération qui arrive, ça me parait logique. Je pense qu'il y a de bons entraîneurs qui sont en gestation. Notamment en Ligue 2 il y a des choses intéressantes mais même en Ligue 1. Mais je trouve en fait pour défendre un petit peu les garçons de mon âge qu’il y en a qui sont encore pleins d'énergie et qui ont quand même beaucoup de choses à donner encore ! (sourire)

Quel club aurais-tu rêver d'entraîner (en France ou ailleurs) ? (NomDeStade)

En ayant entraîné les Verts, j’ai réalisé un rêve. Je suis né en 1964 donc je suis d’une génération qui a vibré aux exploits des Verts en Coupe d’Europe. Ça a été une très grande fierté pour moi d’entraîner l’ASSE. Sainté, ça restera à jamais gravé ! J’aurais bien aimé conduire une équipe comme Liverpool. J’aime les villes ouvrières dans lesquelles il y a un club populaire, où l’on ressent une ferveur, où on peut vraiment interagir avec le public, où on peut vraiment lui faire plaisir. Lens par exemple.

Je suis étonné aujourd'hui de ne pas te voir sur un banc de touche, c'est l'heure de la retraite ou tu n’as pas eu de projet intéressant depuis ton départ ? (dronchau)

Je n'ai pas eu de projet vraiment intéressant. Sincèrement, je pensais avoir plus de projets que ça. Après, quand on se fait limoger, on ne gagne pas des points non plus, c'est sûr… Même si c’est un métier où on s’est quasiment tous fait limoger, c’est malheureux de se faire virer. Ce n’est pas très positif, ça ne nous aide pas. Parfois, les circonstances font que tu peux vite rebondir.  Mais la saison dernière, il n’y a pas eu pléthore de postes vacants. Cette année, il y en a eu un peu plus, je pensais avoir quelque chose d’intéressant mais ça n’a pas été le cas.

J'ai eu des clubs de Ligue 2 qui allaient jouer le maintien, je cherchais autre chose. J’ai eu des sollicitations à l’étranger, des choses très exotiques qui sont de l'ordre de l'aventure mais ce n’est pas mon but. J'ai eu des trucs très bizarres : l'Iran par exemple. C’est particulier, il faut y aller avec mon casque (sourire). J’ai eu la Turquie mais un club au fin fond de ce pays, difficile d'accès.  Je ne me voyais pas aller là-bas. J’ai eu aussi des contacts avec des clubs du Golfe mais rien d’emballant. 

La suite idéale pour ta carrière, c'est quoi ? Reprendre un banc ? Dans quel type de club ? (Olaf)

Je suis ouvert à des propositions où il y a déjà une aventure humaine qui peut se créer, où il y a un enjeu intéressant et où il n'y a pas un décalage entre ce que veulent les dirigeants et les possibilités. Souvent on s'aperçoit que certains dirigeants veulent par exemple en Ligue 2 jouer les 5 premières places alors qu'ils n'ont pas du tout l'effectif pour atteindre cet objectif. Donc je préfère dire au départ « je pense que le club n'a pas les moyens pour être dans les 5 premiers parce que sinon dans 6 mois vous allez me limoger ».

Est-ce-que, à 62 ans, tu as toujours la dalle, ô Glio, pour reprendre un projet en L1 ou L2 ? (Robert-Denis Rault)

J'ai encore la dalle pour des projets qui sont intéressants. Après, on vient de parler d'une nouvelle génération, il y a la concurrence étrangère… Moi j'arrive aussi à un certain âge. Ça m'ennuierait de m'arrêter comme ça mais bon. Je ne suis pas fataliste mais un petit peu… 

Lors de ton passage à Sainté, ton capitaine Gautier Larsonneur aura fait peu de toiles. Et toi ? Ton expérience stéphanoise t’a inspiré créativement ? (Friteuse) La période verte de Dall’Oglio est-elle du même tonneau que la période bleue de Picasso ? Verra-t-on tes œuvres exposées à Sainté ? (Aloisio)

(Rires) Je ne sais pas si elles seront exposées mais la peinture est un hobby quand même intéressant. Il me permet de m'échapper un peu du football qui est très prenant. Le foot et l'art, pour moi, c'est deux choses différentes. Je n'ai jamais mélangé les deux, je n'ai jamais peint de footballeur ou de match. Je vais peut-être commencer à un moment donné et à ce moment-là j'exposerai (sourire). Je n’ai pas vraiment eu de période verte qui m’ait inspiré picturalement car c’est très difficile de peindre quand j’occupe un poste d’entraîneur. Déjà, c’est mieux d’avoir un atelier et je ne l’ai pas fait suivre quand j’étais à Sainté. On est tellement pris quand on est coach que les moments libres sont des moments avec la famille ou des moments de repos.

 

Merci à Olivier pour disponibilité.