Rencontré jeudi dernier soir à la terrasse d'un sympathique restaurant héraultais, Olivier Dall'Oglio a consacré 90 minutes hors temps additionnel aux potonautes pour répondre à leurs questions. Dans le second volet de cet entretien, on revient principalement sur la montée !
Olivier, je vois que tu es resté vert et pétillant car tu viens de commander un Perrier menthe. C’est le bon moment de parler de l’inoubliable saison de la montée. (José) Quel souvenir de cette aventure restera le plus fort pour toi ? (Thomi)
Il y a eu des moments forts qui ont aussi été des moments compliqués. On remonte petit à petit et on arrive vers la fin du championnat et dans les moments clés des derniers matchs on manque de jus un petit peu et on se retrouve barragistes. Ça a été un moment quand même difficile à gérer avec les joueurs, il fallait absolument trouver un ressort quelque part pour dire : « on nous laisse une chance de plus avec les barrages, on sait que c'est compliqué, c'est difficile mais on peut le faire et on va le faire. » J’avais senti les joueurs tellement touchés après notre défaite contre QRM… A la fin du match de Quevilly, les joueurs étaient extrêmement déçus mais je pense que j'étais le moins abattu du fait de mon expérience. J’ai joué des matchs de barrage en tant que joueur, je suis monté deux fois, avec Strasbourg et Rennes. C’est ce qui m'est revenu un peu en tête. J’étais convaincu que je pouvais revivre ça en tant qu’entraîneur, que ce groupe pouvait forcer son destin.
On a beaucoup parlé avec les joueurs et j'ai eu l'impression que j'arrivais à les convaincre qu'on pouvait arriver dans une deuxième partie à créer quelque chose et qu'en fait si on y arrivait ça serait encore plus beau que si on était monté directement. J’ai fait ça par rapport à mon ressenti. C'est pour ça que je dis souvent que dans le football il y a le côté data aujourd'hui mais il y a le côté humain qui rentre en jeu parce que les joueurs ce sont des humains, ce sont d'abord des hommes. C’est peut-être bateau ce que je dis mais on l'oublie trop souvent. Il a fallu discuter avec les leaders qui sont arrivés à convaincre le reste du groupe qu’on allait faire les choses par étape, match après match, doucement, et que notre engouement, notre motivation reviendraient certainement très forts si on gagnait déjà ce premier match contre Rodez. Ça a été un des moments clés de l’aventure.
Quel joueur de ton groupe à Saint-Étienne t’a le plus marqué, sportivement ou humainement ? (Thomi)
Difficile à dire, c'est très compliqué de te sortir un seul nom. Moi je les considère tous quand même comme des héros sur cette période-là parce qu'ils ont vraiment puisé dans tout ce qu'ils avaient pour monter. Je sais qu'il y a des garçons qui ont été très influents comme Briançon. Sur le côté humain Antho est un garçon extraordinaire. Monconduit a été très important avec Larsonneur dans le côté leader. Tardieu aussi a été très important. C’est dans des moments comme ça que tu te rends compte de l’apport des garçons d’expérience.
Léo Pétrot a été un soldat fabuleux, il a joué avec des douleurs mais avait vraiment à cœur de faire monter son club formateur. On ne va pas oublier qu'à Metz c'est lui qui remet l'équipe dans le match. Léo, c'est un garçon extraordinaire qui mérite ce qui lui arrive. Après avoir joué une trentaine de matches en Liga la saison passée, il va découvrir l’Europa League cette saison avec Anderlecht. Je suis très content pour lui. Je n’oublie pas non plus Nadé, qui a suivi le mouvement avec ferveur. Et puis il y a Cardona, un garçon qui va au bout des choses, quoi qu’il en soit. Il a été déterminant.
Si tu devais retenir une seule soirée à Geoffroy-Guichard pendant ton passage, laquelle choisirais-tu ? (Thomi)
Le match contre Bordeaux, c'est quand même quelque chose qu'on ne vit pas tous les jours, c'est assez exceptionnel. J’ai senti qu'il y avait une sorte de folie qui était arrivée. Ce qui m'a marqué le plus cette soirée-là, c'est sur le deuxième but de Cardona, le silence qu'il y a eu juste avant que le ballon retombe. Je me suis repassé en boucle la vidéo parce qu'en fait c'est le moment qui me donne des frissons. L'explosion de joie qu'il y a eu derrière, cette sorte de délire. C'est ce qu'un joueur, un entraîneur ou un supporteur recherche. C'est ce qu'on veut, c'est ces émotions-là, ça c'est le vrai football !
💚 Bonjour à tous ! pic.twitter.com/Ug7Wp732JH
— AS Saint-Étienne (@ASSEofficiel) April 21, 2024
Quel était l'état d'esprit de l'équipe au moment de ton arrivée au club, alors que l'ASSE venait d'enchaîner une série de 5 défaites après une bonne série statistique en trompe-l'œil ? (Friteuse)
Ce que j'ai ressenti dans ce groupe à mon arrivée c'est que les joueurs étaient rentrés dans une certaine routine. Ils faisaient leur job, leurs entraînements, leurs matches, mais bon… J'ai de suite dit que ce n’était pas assez, que si on restait dans cette routine là, on finirait au mieux 6e ou 7e. On se devait de mettre plus d'intensité dans tout ce qu'on faisait : dans les entraînements, dans les matchs, dans la détermination, etc. Il fallait qu'à un moment donné le groupe décide. Il y a eu un déclic, des leaders vestiaires ont pris en main certaines choses. Il y a eu le travail de l'entraîneur mais après mon travail a été essentiellement sur la relation que j'avais avec les garçons qui avaient de l'influence. Ils sont arrivés à convaincre le reste du groupe qu'on devait faire plus d'efforts, qu'on devait plus s'investir, qu'il fallait faire beaucoup plus que ça parce ce que ce club et eux aussi méritaient autre chose. Que si on y arrivait, quelque part on serait marqués à vie.
C’est le match perdu à Dunkerque et le coup de gueule de Larso qui ont fait office de déclic ? (Poteau gauche)
Il y a eu beaucoup de discussions auparavant mais effectivement après le match à Dunkerque tout le monde a parlé, pas seulement le capitaine. L’entraîneur, les dirigeants, le directeur sportif, les joueurs… On savait que ce n'était pas assez, qu'il fallait faire plus et que si on ne voulait pas tomber dans le ridicule, il fallait vite se ressaisir. On avait encore les choses en main, on pouvait le faire et il fallait démarrer. Je pense que le match à Dunkerque a été un match clé. J’ai après senti des choses dans l'investissement. Après les entraînements, des garçons travaillaient encore plus, en demandaient encore plus. Ils se sont rendu compte qu'ils étaient récompensés par des victoires et la confiance est revenue. Parce qu'il y a aussi cette histoire de confiance. Quand on n'a pas confiance en soi, quand on n'a pas confiance en son collègue, on ne peut pas créer une équipe, c'est compliqué même si on a des bons joueurs.
Comment on finit physiquement, mentalement d'une saison comme ça à Sainté ? (cedric26)
J’ai vécu l’heureux dénouement de cette saison comme une sorte de délivrance. Faire plaisir à tant de gens autour de nous, c’est extraordinaire, c’est gratifiant. On se sent important dans ces moments-là. Le partager, ça a été exceptionnel. Comme tout le monde j’ai fini fatigué, je dirais même rincé… je n’avais jamais eu de shampoing au champagne, c’est pas mal ! (rires) Il y a tellement de joie que ça efface tout. Ce qui a été dommage, c'est que ça n’a pas duré longtemps en fait. Le lendemain on a fait plus ou moins un repas, on a partagé un peu avec certains supporters mais après les joueurs sont vite partis, ils étaient en vacances bien méritées. Ça s'est fait trop rapidement, on n'a pas profité en fait, c'est dommage.
Une démission après la montée a-t-elle elle effleuré ton esprit pour partir sur une note à la Fred Antonetti en voyant les bouleversements au sein du club qui n’allaient pas forcément avec tes convictions sportives ? (d4221)
Non, je ne vois pas comment j’aurais pu quitter Saint-Etienne à ce moment-là. Certes, je me doutais que lorsqu’il y a un changement de présidence, les nouveaux arrivants aiment bien venir avec leur personnel. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé et moi je n'étais pas dans ça. Il me restait une année automatique, je n'ai pas demandé spécialement de prolongation. J’ai juste demandé à ce qu'on me rencontre, tout simplement, pour savoir un petit peu ce qui allait se passer. On m'a répondu « tu as une année supplémentaire, on verra ». Mais ce n'était pas une question financière, c'était une question humaine. Je voulais savoir ce qu’on attendait de moi. J’ai eu un entretien avec les nouveaux dirigeants parce que je l’ai demandé. J’ai eu un petit entretien. Tout le monde a semblé surpris que je demande un entretien, mais bon... On a discuté avec mon agent, lui aussi il voulait discuter avec eux, ne serait-ce que pour se découvrir, se connaître. Moi je ne les connaissais pas. Bien sûr je pensais que l'équipe qui était montée n'était pas suffisante pour rester en Ligue 1 et c’est après que j’ai été surpris par le recrutement….
Pourquoi Irvin Cardona n'est-il pas resté suite à la montée en Ligue 1 ? (Kabigon)
Parce que les dirigeants ne voulaient pas le garder. Je voulais bien sûr le conserver, il aurait aimé rester. Mais on m’a dit : « non, ce ne sera pas possible. » C’est vraiment regrettable car on était dans une certaine continuité. Irvin, c’est un garçon que je connais bien, on aurait aimé continuer de travailler ensemble. L’ironie de l’histoire c’est qu’il est revenu à Sainté un mois après mon départ. Je suis content qu’il ait retrouvé en ce début de saison la confiance, l'efficacité et un coach qui lui permette de s’épanouir de nouveau.
Combien de joueurs de la montée avaient le niveau L1 ? (TheLoac)
C’est difficile à dire mais l'équipe qu'on avait n'était pas prête pour monter en Ligue 1. Il y avait peut-être trop de joueurs qui avaient touché leurs limites. Mais souvent, quand on monte comme ça, il faut notamment au début garder une ossature parce que redémarrer complètement, monter en Ligue 1, perdre des leaders partis dans d'autres clubs… Il y a eu beaucoup de flottements entre juillet et août et on a fait venir des jeunes joueurs qui découvrent le football français et qui découvrent même un pays. On ne peut pas demander à ces joueurs-là d'attaquer la Ligue 1 comme ça. C'est pour ça que moi j'étais un petit peu surpris et pas tout à fait d'accord avec ce qu'on me proposait.
Comment expliques-tu le fait que les joueurs de la montée jouent tous à un niveau inférieur à la L1 aujourd’hui ? (TheLoac)
C'est peut-être leur niveau qui était comme ça. Nous on est arrivé à monter, à faire quelque chose avec cette équipe-là parce qu'ils ont créé un état d'esprit à un moment donné. Ils ont créé une véritable équipe, c'est ça qui est important. En Ligue 2, pour monter, ça a suffi. Après, individuellement effectivement les joueurs se situent entre la Ligue 2 et le bas de la Ligue 1. C'est normal à un moment donné de renouveler un peu effectif mais il convient pour moi de le faire avec quelques joueurs d’expérience.
Aurais-tu aimé pouvoir retenir Dylan Chambost pour la saison de Ligue 1 ? Quelle était la vision du joueur ? (Friteuse)
C'est un joueur que je voulais garder, c'est un joueur qui a fait une très grosse saison, qui a été très intéressant, qui avait une marge de progression. On a beaucoup discuté, il a beaucoup hésité parce que c'est son club de cœur. Je sais qu'au début, quand il a commencé à jouer à Saint-Etienne, ça n'a pas été facile pour lui. Il est quand même passé au-dessus malgré son jeune âge. C’était le club en priorité mais je pense que l'aventure américaine qui se présentait-là était intéressante pour lui sur le plan culturel, sur le plan général. Il a fait ce choix là avec son frère. Je le respecte mais c'est vrai que c'est un garçon qui nous aurait permis d'avoir des résultats.
Pour quelles raisons certains cadres de ligue 2 se sont retrouvés tout à coup avec peu ou pas de temps de jeu en ligue 1 ? Je pense à Anthony Briançon par exemple... (Nemo42)
Anthony, son cas était un peu particulier parce qu'il a fini avec une blessure. Comme Léo, il a joué avec des grosses douleurs la saison de la montée. Antho a tiré vraiment sur la corde pendant longtemps, ensuite il n'a pas pu faire une préparation correcte. Il avait toujours une gêne et en fait quand le championnat a débuté il était vraiment en retard. Là-dessus il n'était pas sûr qu'il puisse rester donc il y a eu beaucoup d'incertitudes. Mais je le répète c'est un garçon extraordinaire, c'est un garçon qui restera certainement dans le football après sa carrière de joueur.
Pierre Ekwah est arrivé en prêt le dernier jour du mercato et a été utilisé au poste de n°6 toute la saison alors que son profil semblait plutôt être celui d'un 8, cela a-t-il posé des difficultés pour stabiliser le milieu de terrain ou voyez-vous d'autres facteurs comme plus importants ? (Friteuse)
Pierre Ekwah c'est un garçon qui est intéressant, c’était un garçon surdoué dès le plus jeune âge mais qui après a moins joué et donc a perdu pas mal de temps. Il venait à Saint-Etienne se relancer. C'est un garçon qui effectivement peut jouer 6 ou milieu relayeur suivant comment on le place. Moi je l'ai placé là parce qu'on avait besoin de sortir des ballons de derrière et il avait la capacité technique à le faire. Mais j'aurais aimé qu'il puisse élever son niveau de jeu quand même parce qu'il a des capacités mais il ne les exploite pas à fond.
Merci à Olivier pour disponibilité
Potins