Tes remarques sont intéressantes. Je ne les partage pas (et je vais essayer d'expliquer pourquoi exemples à l'appui), mais je conçois que tu puisses avoir un avis différent.
zich wrote: -Qu'ils ont de meilleurs courreurs
C'est vrai. La Sky a un gros effectif, mais ce qui surprend, c'est que les coureurs de cet effectif réussissent des performances même sur des terrains où on ne les attend pas. Que Bernal soit fort en montagne, ce n'est pas une surprise ; en revanche que Rowe soit encore en tête de peloton après l'ascension de deux cols hors-catégorie comme la Madeleine et la Croix-de-Fer, ça, c'est beaucoup plus étonnant (on n'atteint pas le niveau d'un Hincapie vainqueur à Briançon de l'étape du Galibier, mais bon....). Comme c'est aussi surprenant de retrouver Castroviejo dans la montée de La Rosière après avoir passé le Cormet de Roselend ou de voir Kwiatkowski accompagner aussi longtemps les meilleurs grimpeurs alors que ses qualités (réelles) ne sont pas celles d'un grimpeur. Les Sky ne sont pour la plupart pas des purs grimpeurs (y compris Wiggins, Froome et Thomas) et pourtant ils étaient encore 7 sur 7 (Moscon ayant été mis hors course) dans le groupe de tête hier au pied de la dernière ascension dans une étape exclusivement montagneuse, et Froome depuis des années ainsi que désormais Thomas mettent la misère à n'importe quel grand grimpeur dès que la route s'élève....
N'oublions pas non plus que de grands coureurs comme Nibali (les 3 grands Tours) ou Quintana (2 des 3 grands Tours), voire Dumoulin, ont gagné des courses de renom et que personne ne peut se forger un tel palmarès sans avoir un minimum de sens tactique, sans sentir la course, etc. C'est leur faire injure que de les considérer comme des mecs nuls tactiquement ou tellement crédules qui se font toujours bananer par les maîtres tacticiens de la Sky à la fin.
Et puis avoir une bonne équipe ne suffit pas : Festina ou ONCE ont toujours eu une sacrée équipe et n'ont jamais gagné le Tour. La T-Mobile a aussi toujours eu une grosse équipe et était souvent décevante. A l'inverse, des coureurs ont gagné le Tour sans avoir une équipe exceptionnelle autour d'eux : Lemond (avec ADR), Pantani, Evans, Sastre, Nibali par exemple.
zich wrote: -Une meilleure optimisation des performances avec l'utilisation de données scientifiques. (Utilisation des capteurs de puissance ou travail sur aérodynamique)
Ils ont peut-être été des pionniers dans ces domaines, mais maintenant tout le monde travaille comme ça et la différence ne se fait plus là-dessus. D'anciens coureurs de la Sky ont vécu cela de l'intérieur, peuvent reproduire les mêmes méthodes sous d'autres couleurs et peinent pourtant à conserver le niveau qui était le leur après avoir changé d'équipe : le Landa de Movistar de cette année est nettement moins impressionnant que le Landa de Sky de l'an passé (qui pourtant sortait du Giro !). Richie Porte a aussi du mal à confirmer depuis qu'il est chez BMC (certes il a connu des chutes graves). Et Castroviejo ou Kwiatkowski, qui ne sont pas des petits nouveaux encore inconnus puisqu'ils comptent plusieurs Tours de France à leur actif, ne digéraient et n'enchaînaient pas les cols comme aujourd'hui dans leur précédente formation.
Le même phénomène était encore plus manifeste à l'US Postal, où Heras, Beltran, Vandevelde, Hamilton, Landis, Hincapie, qui sont tous de bons coureurs qui ont porté d'autres maillots, n'ont jamais été aussi forts que sous la tunique de l'équipe d'Armstrong.
zich wrote: -Un travail sur les points faibles. Froome sait maintenant bien descendre, il a travaillé. (Ça n'a rien avoir avec le dopage). Quid de Pinot?
Pinot a travaillé le contre-la-montre, sans que ce soit un immense succès, et n'a plus forcément la même aisance en montagne. Je veux bien admettre que c'est plus simple pour un rouleur d'apprendre à grimper que pour un grimpeur de se mettre à rouler en faisant exploser le chronomètre, mais on constate souvent que les coureurs qui progressent dans un domaine deviennent moins saignants dans leur ancien domaine de prédilection. Jalabert ou Valverde ont progressé en montagne au cours de leur carrière, passant mieux les cols et réussissant à être mieux classés au général, mais ne sont plus du tout compétitifs dans ce qui était leur spécialité de départ, c'est-à-dire le sprint.
Chez Sky, un Froome peut devenir le meilleur grimpeur du monde sans rien perdre ailleurs et en continuant à rouler très vite et à gagner des contre-la-montre (idem pour Thomas et Dumoulin d'ailleurs....). Rappelons quand même que Froome est pro depuis 2005 et qu'avant de gagner son 1er Tour de France en 2013 le seul Tour qu'il avait remporté était le Tour....de l'île Maurice 2006 !! Certes il avait gagné de belles étapes ça et là (Vuelta 2011, Tour de France 2012) mais rien de très significatif pour en faire un coureur survolant subitement la course sur tous les terrains.
Quant à Thomas, son palmarès sur les grands Tours prête à sourire : deux fois 140ème, une fois 67ème, une fois 31ème, une fois 22ème, deux fois 15ème du Tour de France, des places de 118ème et 80ème du Tour d'Italie, une place de 69ème du Tour d'Espagne.... Ok, il a travaillé pour d'autres et cela lui a probablement coûté quelques places, mais même parmi les simples équipiers qui roulent pour un leader, il y en a des quantités qui ont fait mieux que 15ème sur un Tour de France (par exemple Valverde fait 3ème en 2015 et 6ème en 2016 après avoir aidé Quintana, Bardet fait 6ème en 2014 après avoir aidé Péraud, Henao fait 12ème en 2016 après avoir aidé Froome, Landa et Nieve font respectivement 4ème et 14ème en 2017 après avoir aidé Froome, Vuillermoz fait 13ème en 2017 après avoir aidé Bardet, etc etc).
zich wrote: -Ils ont également un bien meilleur directeur sportif où la stratégie de course est claire. La movistar aurait les moyen de faire exploser le train de la sky avec Quintana, Valverde, Landa et d'autres. Mais ils sont restés très passif.
Contrairement au discours ambiant à son sujet, Quintana est un attaquant. Il a déjà attaqué la Sky à maintes reprises au Semnoz, à l'Alpe d'Huez, à La Toussuire, à Saint-Lary-Soulan. Quand il est bien, quand il a les jambes, il tente quelque chose. Quand il ne tente pas, c'est que ça va trop vite pour lui comme récemment à La Rosière ou à l'Alpe d'Huez (où il a quand même tenté avant de le payer). C'est peut-être le meilleur grimpeur du peloton, la montagne est sa spécialité, son terrain de prédilection, et souvent ça monte trop vite pour lui !!
La Movistar tente des choses, place des coureurs dans l'échappée pour servir de relais (Soler, Amador, Valverde), mais à un moment donné si le leader-grimpeur (Quintana) n'arrive pas à monter plus vite qu'un simple équipier de Sky dans l'Alpe d'Huez (Bernal) ou dans le Col du Portet (Poels puis Bernal), inutile d'imaginer qu'il puisse causer la moindre inquiétude à Froome et Thomas. Vouloir servir de relais c'est bien, mais il faut que votre leader arrive à sortir du peloton à un moment donné pour cela : hormis sur l'étape du Col du Portet où la Sky a accordé 1 mn de bon de sortie à Quintana, ça n'a jamais été possible. Si Quintana avait été 2ème du classement à 2 mn du leader, aussi fort soit-il sur une ascension finale taillée pour son gabarit, nul doute qu'il n'aurait pas réussi à prendre 2 mètres d'avance par rapport aux coureurs de la Sky dans l'étape d'hier. Hier, si Thomas attaque à 2 km de l'arrivée, c'est lui qui gagne l'étape en déposant Quintana : en accélérant dans le dernier kilomètre le Gallois a réussi à reprendre 30 secondes au Colombien, au sommet d'un col très dur à plus de 2000 m d'altitude !