Nestor Subiat, des pieds aux papilles
Du maillot de l’équipe nationale à la promotion des vins argentins, itinéraire d’un joueur souvent en voyage
Il nous a filé rancard à l’œnothèque de Leytron. En Valais. Forcément, on aurait envie de dire. Il n’est pas venu tout seul. Son épouse Natacha est là aussi. Non qu’il l’emmène en balade; elle compte pour beaucoup dans la nouvelle expérience vers laquelle la passion du vin l’a poussé. Ensemble, ils ont récemment décidé de distribuer des nectars argentins par l’intermédiaire d’un ami importateur, et d’en proposer des dégustations. L’Argentine; ses valeurs, ses produits, son caractère; sa terre, sa musique, sa danse. Nestor Subiat aime que tout cela puisse se ressentir en quelques gorgées.
Il se lève, va chercher deux bouteilles parmi celles qu’il aime faire découvrir aux papilles d’ici. Il y a le Norton Privada; un assemblage corsé de cabernet sauvignon, de malbec et de merlot. Il y a aussi un vin de Luigi Bosca, Espagnol émigré en Argentine à la fin du XIXe siècle. Pour Nestor Subiat, ce n’est pas tant l’histoire qui importe que le voyage.
L’homme, d’ailleurs, bouge beaucoup. Il a un pied-à-terre à Buenos Aires (où il passe trois à cinq mois par an), un domicile à Vaison-la-Romaine (dans les Côtes du Rhône) et d’autres points de chute à Annemasse et à Châtel-Saint-Denis (où il dispense chaque année des camps de football à des jeunes). De quoi entretenir un «petit stock de bouteilles». «Mais mon père, qui n’est plus là depuis quelques semaines, avait lui une magnifique cave avec beaucoup de vieux bordeaux», sourit Natacha. Transmission de passion.
Troisième mi-temps
Nestor Subiat a autrefois joué à Lugano, à Grasshopper, à Bâle, à Lucerne. Il a aussi porté à quelques reprises le maillot de l’équipe de Suisse. Alors déjà, il affectionnait le vin. «Il arrosait nos troisièmes mi-temps après la bière qui nous désaltérait, se marre-t-il. On n’avait pas besoin de se mettre minable, mais on aimait les bonnes choses. Alors, quelques excellentes bouteilles y passaient. On se faisait goûter de très bons vins, de toutes sortes, français, espagnols, italiens, chiliens, argentins. Je n’étais de loin pas le seul passionné. Par exemple, il y avait Christophe Bonvin (qui travaille désormais dans le milieu) ou Christophe Ohrel. Mais d’autres aussi.»
Puis le temps a filé. Mais le goût est resté. En Argentine, des rencontres sur les chemins ont suffi à l’amplifier, avec des producteurs hospitaliers, pour lesquels le vin est propice à se parler, à manger, à s’aimer. «On y a découvert des gens formidables, raconte Nestor Subiat, de vrais artistes. Alors, on s’est dit qu’on avait envie de créer un échange.» Et son épouse de rire: «On a même réussi à enthousiasmer des Valaisans très conservateurs, alors on se dit que tout est possible.»
Lorsqu’ils franchissent l’Atlantique vers l’ouest, ils n’oublient pas, également, d’emmener «de la petite arvine, des vins suisses, des petits blancs français» pour les faire découvrir au-delà. «L’amitié, le partage, rassembler, rêver, voilà ce qui compte», résume Natacha. Nestor dit aimer «qu’on puisse faire comprendre le vin, le processus technique qui préside à sa confection. Et puis j’aime quand les gens viennent nous dire, à la fin d’une de nos dégustations: «Vous nous avez fait voyager!» En Amérique du Sud, en l’occurrence. Alors gagne la composante mystique. «Je suis très terrien moi, sourit Nestor Subiat. Tout ça sort de la terre argentine. La Pachamama, la Pachamama. Vous connaissez la Pachamama? La Terre-Mère. C’est la déesse de la terre chez les Amérindiens. Elle a donné du vin à la terre, et on la vénère encore aujourd’hui avec du vin.»
Au jour de sa fête, chacun se voit offrir un verre qu’il doit partager avec elle en déversant une rasade dans un trou qui symbolise sa bouche. «Vous avez vu Avatar? questionne encore Nestor Subiat. Eywa est une sorte de divinité qui évoque la Pachamama.»
La concurrence
Alors on se téléporte. Dans le Mendoza, en altitude, à 2000 ou 3000 mètres d’altitude. Là où le vin ne peut se nourrir que de nature. Là où naissent des assemblages uniques, parce que rien n’est figé dans le marbre. Là où la création l’emporte sur la science. «Les vins des pays émergents sont sans doute plus évolutifs dans la mesure où leurs producteurs ne se sont pas assis sur une réputation vieille de plusieurs décennies, estime Natacha. En France, par exemple, l’esprit de tradition suffit. En Argentine, non.» Comme le lâche Nestor Subiat, «les œnologues se tirent la bourre, il y a de la concurrence, ça bouge». Ça bouge comme lui, entre Argentine, France et Suisse; ça bouge à travers le monde, ça bouge en bouche.
Le football mène décidément à tout. Les rencontres avec les footballeurs aussi.
Thomas Dayer
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