baggio42 wrote:- Les gens veulent communiquer.Ils disent Macron démission mais ils veulent surtout qu'il leur parle!
C'est exactement ce que je dis (et d'autres) : la démocratie ne fonctionne pas, au sens où "les gens" n'arrivent pas à "communiquer" sur la manière dont doit s'organiser la Cité, qui est le sens premier de la politique, hein.
Réduire la politique à la compétition électorale c'est un tel détournement de sens que les English (là, je vais les défendre) ont inventé un mot pour la distinguer et éviter la confusion. D'ailleurs, tiens, le moment culture/confiture du matin : les 3 mots utilisés chez les anglo-saxons pour parler de politique, qui sont quand même plus signifiants que notre vocabulaire frenchy bien confus pour l'occasion :
- Politics (invariable): ça, c'est le jeu des partis, des élections, la course à l'échalote, les promesses débiles jamais tenues, la manipulation de l'électorat, la dictature de la majorité (qui en plus n'est jamais strictement majoritaire ; c'est juste la minorité la plus large), la reproduction des élites politiques et la confiscation du débat public. Chez nous, on dirait "la" politique. Formellement ouverts à tous, ces politics sont préemptés par une classe de professionnels, issus des meilleurs milieux bourgeois, portant tous peu ou prou la même vision du monde. Sauf quand il s'agit de se taper le boulot ingrat de maire dans des patelins trop petits pour servir de base arrière pour une carrière nationale.
- Policy (pluriel, policies) : ça, c'est la politique en action. La manière dont on prend les décisions, dont on définit les dispositifs, les actions, leurs objectifs, leurs adaptations, etc. Chez nous, on dirait politique "publique". Ça fait tellement longtemps (depuis l'origine, en fait...) que l'administration et les spécialistes les cornaquent qu'on a oublié qu'on faisait des politiques publiques pour les citoyens. Si si, pour le vivre de l'intérieur : le grand défi de l'administration aujourd'hui, c'est de se rappeler qu'elle bosse pour XXX (insérer ici, le citoyen/usager/bénéficiaire/contribuable/habitant, selon son parti pris idéologique latent).
- Enfin : Polity. Celui-là désigne, en gros, la communauté d'individus qui partagent un destin commun, la Cité des philosophes grecs. Paraît que "polité" existe en Français ; mais selon les uns c'est un vieux mot tombé en désuétude ; et selon les autres c'est une francisation du mot anglais. En fait, nos analystes de plateau se contente souvent de dire "le" politique.
Et celui-là, non seulement le pékin de base n'y est de fait pas associé (c'est quand, la dernière fois qu'on a vraiment réfléchi à ce qu'on voulait comme destin commun : en 44, avec le programme du CNR ?), mais en plus nos chères élites conservatrices se gardent bien de mettre la question sur la table. Elles organisent même la carence d'imagination et la discréditation systématique des alternatives pour éviter qu'on s'y arrête.
Je pense que les gilets jaunes, à leur manière confuse, réclament qu'on sorte le polity de son tombeau, qu'on les associent aux policies et qu'on leur rendent la possibilité réelle de participer aux politics.